Danses masquées du Népal : Lakhe, Cham et danses sacrées, où et quand les voir

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • Deux grandes familles : les danses newars de la vallée de Katmandou (Lakhe, Pulu Kisi, danses de Bhairav, Kartik Naach) et les cham des monastères bouddhistes de tradition tibétaine (Mani Rimdu, Tiji).
  • Le Lakhe, démon au masque de papier mâché et à la crinière en queue de yak, danse surtout pendant Indra Jatra à Katmandou, en septembre ; en 2026, la fête s’est achevée le 29 septembre.
  • Le Kartik Naach, danse-théâtre sacrée jouée sur le Durbar Square de Patan depuis 1641, se tient en octobre ou en novembre sur une dizaine de soirs (du 27 octobre au 5 novembre en 2025) ; dates 2026 non annoncées au 14 octobre.
  • Les cham du Mani Rimdu animent Tengboche, Chiwong et Thame en octobre ou novembre ; le Tiji de Lo Manthang a lieu au printemps, le plus souvent en mai (du 1er au 3 juin en 2027 selon un voyagiste).
  • Règles d’or : pas de flash, ne pas entrer dans l’espace des danseurs, ne pas pointer les pieds vers les moines ou l’autel.
Un danseur de lakhe, le démon masqué des fêtes newar
Un danseur de lakhe, le démon masqué des fêtes newar. Photo : Less than 3, Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

Les danses masquées du Népal comptent parmi les spectacles les plus saisissants qu’un voyageur puisse voir : un démon à crinière rouge qui bondit dans les ruelles de Katmandou au son des tambours, des moines en brocart qui tournoient dans la cour d’un monastère face à l’Himalaya. Ce ne sont pas des spectacles pour touristes, mais des rituels religieux, liés à des fêtes et à des calendriers précis. Pour les voir, il faut donc être au bon endroit au bon moment. Voici les principales danses, où et quand les voir, et comment y assister avec respect. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.

Les danses masquées du Népal en un coup d’œil

DanseTraditionOùQuandDates connues au 14 octobre 2026
Majipa Lakhe et danses d’Indra JatraNewar (hindouisme et bouddhisme de la vallée)Katmandou, autour de Durbar Square8 jours en septembre2026 : achevée le 29 septembre ; 2027 : non publiée
Gunla LakheNewarRues de KatmandouMois de Gunla, vers aoûtSelon le calendrier lunaire
Kartik NaachNewar (danse-théâtre)Durbar Square de PatanUne dizaine de soirs en octobre ou en novembre2025 : du 27 octobre au 5 novembre ; 2026 : non annoncée
Cham du Mani RimduBouddhisme tibétain (Sherpas)Tengboche, Chiwong, ThameOctobre ou novembre2026 : aucun calendrier officiel trouvé
Cham du TijiBouddhisme tibétain (Mustang)Lo Manthang, Haut-MustangPrintemps, le plus souvent en mai2026 : 14 au 16 mai ; 2027 : 1er au 3 juin, selon un voyagiste (non officiel)

Le Lakhe, démon protecteur des villes newars

Le Lakhe (ou Lakhey) est le personnage le plus célèbre des danses masquées népalaises. Dans le folklore newar, c’est un démon au visage féroce, aux crocs saillants et à la crinière rouge, blanche ou noire. Selon la tradition, les Lakhe étaient des démons de la forêt devenus protecteurs des habitants des villes ; la Lakhe femelle s’appelle Lasin. Le masque est en papier mâché, et la crinière est faite de queues de yak. La danse est faite de mouvements sauvages, sur une musique martelée.

Le plus célèbre est le Majipa Lakhe de Katmandou, qui sort pendant Indra Jatra (Yenya en newar), en septembre, et qui est vénéré comme une divinité : les habitants lui présentent nourriture et offrandes rituelles lorsqu’il traverse la ville avec ses musiciens. Il s’arrête aux grands carrefours et sur les places pour danser, tandis qu’un petit garçon, le Jhyalincha, le provoque puis s’échappe dans la foule. Un autre Lakhe, le Gunla Lakhe, parcourt la ville pendant Gunla, le dixième mois du calendrier newar, vers août. On trouve aussi des Lakhe dans d’autres cités newars, comme à Patan. Pour mieux connaître la culture qui porte ces traditions, lisez notre page sur le peuple newar.

Indra Jatra : la grande saison des masques à Katmandou

Indra Jatra, qui dure huit jours en septembre, est la meilleure occasion de voir plusieurs danses masquées en peu de temps. Selon le Nepal Tourism Board, les danseurs masqués Lakhe se produisent dans les rues presque tous les soirs, au son des tambours. D’autres danses accompagnent la fête :

  • Pulu Kisi : la figure de l’éléphant, qui évoque Airavata, la monture d’Indra ; à Katmandou, elle se produit avant la procession des chars, et Bhaktapur a sa propre version, plus turbulente.
  • Sawa Bhakku : la danse à trois masques d’Akash Bhairav, venue de Halchok, qui se produit elle aussi avant la procession des chars.
  • Danses de Mahakali et Khya Pyakhan : jouées à Hanuman Dhoka, l’ancien palais royal de Katmandou.
  • Dasa Avatar : chaque soir, vers 21 h selon Onlinekhabar, les dix incarnations de Vishnu sont représentées sur les marches du temple de Laxmi Narayan, à côté de la maison de la Kumari.

Comme chaque année, Indra Jatra a commencé par l’érection du mât d’Indra à Basantapur ; en 2026, la fête s’est achevée le mardi 29 septembre par la dernière procession des chars de Ganesh, de Bhairav et de la Kumari, puis la descente du mât, selon le Kathmandu Post. La date de 2027 n’est pas encore publiée : la liste officielle des jours fériés de l’année népalaise 2084 n’est pas sortie au 14 octobre 2026. Tout le programme est détaillé sur notre page Indra Jatra à Katmandou ; pour la déesse vivante, voyez notre page Kumari, et pour le décor, notre guide de Durbar Square.

Le Kartik Naach de Patan, une danse-théâtre depuis 1641

Le Kartik Naach (ou Kartik Nach) n’est pas un défilé de rue, mais une danse-théâtre sacrée jouée chaque année sur le Durbar Square de Patan, autour de la plateforme de Kartik Dabali, délimitée par quatre torches. Selon le Kathmandu Post, elle a été lancée en 1641 par Siddhi Narsingh Malla et se tient pendant le mois de Kartik. Son point culminant oppose Narasimha, l’avatar à tête de lion de Vishnu, au démon Hiranyakashipu ; les danseurs s’inclinent devant les images de Narasimha et de Kali.

La durée a beaucoup varié au fil des siècles : un mois lunaire entier autrefois, puis une semaine, puis deux jours seulement ; en 2018, la représentation s’étendait sur 12 jours, et en 2025 sur dix soirs. Le spectacle fait vivre une équipe d’une centaine de personnes, et environ 80 % des artistes avaient de 13 à 25 ans en 2018 ; son financement reste fragile : cette année-là, la ville de Lalitpur lui accordait 200 000 NPR, pour un coût total supérieur à 500 000 NPR.

Les dates changent d’une année à l’autre et ne coïncident pas toujours avec le mois de Kartik du calendrier officiel : en 2018, les représentations se poursuivaient jusqu’au 23 novembre ; en 2025, elles ont eu lieu du 27 octobre au 5 novembre, chaque soir à 19 h, sur la plateforme de Kartik Dabali, à Mangal Bazar, et l’épisode de Narasimha a été joué le 3 novembre, selon Onlinekhabar. Au 14 octobre 2026, aucune date n’était annoncée pour 2026 : renseignez-vous à Patan dès votre arrivée ou auprès de votre agence, et visez si possible le soir de Narasimha, le temps fort du spectacle. Le spectacle se combine avec la visite de la ville, décrite sur notre page visiter Patan.

Les cham, danses masquées des monastères bouddhistes

Dans les régions de culture tibétaine, les danses masquées s’appellent cham (ou chham). Elles sont exécutées par des moines, en robes de brocart et masques de papier mâché peints, au son grave des trompes de cuivre et des cymbales. Selon Nepal Traveller, les danseurs sont censés incarner les divinités qu’ils représentent, et les danses sont des actes rituels destinés à soumettre les forces négatives et les démons. Il ne s’agit donc pas d’un spectacle au sens occidental, mais d’un rituel auquel le public est admis.

Le Mani Rimdu du Khumbu et du Solu

Le Mani Rimdu, grande fête sherpa, dure 19 jours, dont seuls les trois derniers sont ouverts au public : la bénédiction (Wong), avec la distribution de pilules bénies ; la journée des danses masquées (Chham), dans la cour du monastère ; et le rituel du feu (Jinsak), offrande à Agni. Il a lieu en octobre ou en novembre, selon le calendrier lunaire tibétain, dans trois monastères :

  • Tengboche, vers 3 867 m, sur la route du camp de base de l’Everest, le plus célèbre et le plus accessible ;
  • Chiwong, dans la région de Phaplu, dont l’aérodrome se trouve vers 2 415 m : une alternative plus calme, sur un itinéraire globalement moins haut ;
  • Thame, dans une vallée plus tranquille au-delà de Namche Bazaar, le plus isolé et le plus traditionnel des trois.

Au 14 octobre 2026, nous n’avons trouvé aucun calendrier officiel du Mani Rimdu 2026 publié par les monastères, et Nepal Traveller signale que la fête peut changer de monastère selon les années : faites confirmer le lieu et les dates par votre agence. Toutes les informations pratiques sont sur notre page Mani Rimdu à Tengboche.

Le Tiji de Lo Manthang

Au Haut-Mustang, le Tiji (ou Tenchi) est la grande fête de Lo Manthang. D’après un voyagiste spécialisé, elle dure trois jours et célèbre la victoire du bien sur les forces du mal à travers l’histoire du dieu Dorje Jono, qui affronte son père démon ; les moines du monastère de Chode dansent en costume et en masque dans la cour du palais royal. Elle suit le calendrier tibétain et tombe le plus souvent en mai ; en 2026, elle s’est tenue du 14 au 16 mai selon ce voyagiste, qui annonce pour 2027 les 1er, 2 et 3 juin : aucune date officielle n’est publiée, faites-la confirmer avant de réserver. Le Haut-Mustang est une zone réglementée : permis spécial de 50 USD par jour depuis novembre 2025, guide licencié et agence obligatoires. Vérifiez aussi l’état des routes avant de partir : la route Beni–Jomsom–Korala, coupée par des crues et des glissements de terrain, n’a rouvert que le 9 octobre 2026 au soir et restait difficile le 14 octobre, selon The Annapurna Express ; renseignez-vous auprès de votre agence et de la police de district. Voyez notre page trek du Haut-Mustang.

Organiser son voyage autour d’une danse

  • Choisir la saison : septembre pour Indra Jatra à Katmandou ; octobre-novembre pour le Kartik Naach de Patan et le Mani Rimdu dans la région de l’Everest ; mai ou début juin pour le Tiji au Mustang.
  • Garder de la marge : les fêtes suivent des calendriers lunaires, et les dates exactes sont parfois annoncées tard. Prévoyez un ou deux jours de battement, surtout si un vol vers Lukla ou une route de montagne vous sépare du lieu de la fête.
  • Réserver tôt : selon Nepal Traveller, les maisons de thé de Tengboche se remplissent des mois à l’avance pour le Mani Rimdu.
  • Prévoir le froid : à Tengboche, les nuits descendent vers 0 à 5 °C pendant la fête ; un bon sac de couchage et des couches chaudes sont indispensables pour attendre assis dans la cour.
  • Penser aux permis : pour Tengboche et Thame, permis du parc national de Sagarmatha (3 000 NPR) et permis local du Khumbu (3 000 NPR) au 14 octobre 2026.
  • Vérifier les jours fériés : bureaux et banques ferment pendant les grandes fêtes ; consultez notre page jours fériés au Népal 2026-2027.

Assister aux danses avec respect

Qu’il s’agisse d’un Lakhe dans la rue ou d’un cham dans un monastère, vous assistez à un rituel. Quelques règles simples :

  • Pas de flash, surtout à l’intérieur des monastères, comme le recommande Nepal Traveller ;
  • ne pointez jamais les pieds vers les moines, l’autel ou le lama lorsque vous êtes assis ;
  • n’entrez pas dans l’espace des danseurs pour une photo, et gardez vos distances avec le Lakhe, dont la danse est imprévisible ;
  • habillez-vous correctement et restez silencieux pendant les prières ;
  • surveillez vos affaires dans la foule des fêtes de rue ;
  • demandez avant de photographier les personnes de près ; notre page photographier au Népal détaille les usages.

Rapporter un masque en souvenir

Les masques font de beaux souvenirs. À Thimi, entre Katmandou et Bhaktapur, les potiers fabriquent des masques peints en terre cuite représentant la Kumari, Bhairav ou Ganesh, selon Nepal Traveller : nous en parlons sur notre page poterie de Bhaktapur et de Thimi. Le Lakhe, lui, porte un masque de papier mâché, plus léger à transporter. Achetez des masques récents, avec facture, et méfiez-vous des pièces présentées comme anciennes.

Ce que ça change pour votre voyage

Une danse masquée peut devenir le temps fort d’un séjour, à condition de construire l’itinéraire autour d’elle. Si vous voyagez en septembre, restez quelques soirs à Katmandou pendant Indra Jatra ; en octobre et novembre, combinez Patan et son Kartik Naach avec un trek dans la région de l’Everest pour le Mani Rimdu ; au printemps, le Tiji justifie à lui seul un voyage au Mustang. Pour replacer ces danses parmi les autres fêtes du pays, consultez notre panorama des festivals du Népal et notre page pilier voyage au Népal.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le Lakhe ?

Le Lakhe est un démon du folklore newar, devenu protecteur des villes, au masque de papier mâché et à la crinière en queue de yak. Le plus célèbre, le Majipa Lakhe, danse dans les rues de Katmandou pendant Indra Jatra, en septembre.

Où voir des danses masquées à Katmandou ?

Pendant Indra Jatra, en septembre, autour de Durbar Square et dans la vieille ville : Lakhe presque tous les soirs, Pulu Kisi, danse d’Akash Bhairav et représentation des dix incarnations de Vishnu près de la maison de la Kumari.

Quand a lieu le Kartik Naach de Patan ?

Chaque année en octobre ou en novembre, pendant une dizaine de soirs, sur le Durbar Square de Patan : du 27 octobre au 5 novembre en 2025, à 19 h. Les dates de 2026 n’étaient pas annoncées au 14 octobre : renseignez-vous sur place.

Qu’est-ce qu’une danse cham ?

C’est une danse masquée rituelle des monastères bouddhistes de tradition tibétaine, exécutée par des moines en brocart, au son des trompes de cuivre et des cymbales. Au Népal, on la voit au Mani Rimdu et au Tiji.

Quand voir le Mani Rimdu en 2026 ?

Le Mani Rimdu a lieu en octobre ou en novembre selon le calendrier lunaire tibétain, à Tengboche, Chiwong et Thame. Au 14 octobre 2026, nous n’avons trouvé aucun calendrier officiel : faites confirmer le lieu et les dates par votre agence.

Peut-on photographier les danses masquées ?

Oui en général, mais sans flash, sans entrer dans l’espace des danseurs et en restant discret pendant les rituels ; demandez avant de photographier les personnes de près.

Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.

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Sources consultées