Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Les dieux hindous du Népal sont partout : dans les sanctuaires, sur les jambes de force sculptées des temples, dans les fontaines de pierre et au centre des grandes fêtes. Pour le voyageur, les reconnaître change tout : une place Durbar cesse d’être une forêt de toits pour devenir un récit, où chaque divinité a sa monture, ses attributs et ses jours. Ce guide présente les dieux que vous croiserez le plus souvent, les temples où les voir et la manière de s’y comporter. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.
Selon le recensement national de 2021, publié par le National Statistics Office, 81,19 % des Népalais se déclarent hindous, devant les bouddhistes (8,21 %), les musulmans (5,09 %), les fidèles de la religion kirat (3,17 %) et les chrétiens (1,76 %). Dans la vallée de Katmandou, les deux grandes religions ne vivent pas côte à côte mais ensemble : l’UNESCO considère la coexistence de l’hindouisme et du bouddhisme, mêlés de rituels animistes et tantriques, comme une caractéristique unique de la vallée. À Swayambhu, par exemple, temples et divinités hindous sont intégrés à ce site bouddhiste, que le Nepal Tourism Board présente comme peut-être le meilleur endroit pour observer l’harmonie religieuse au Népal. Pour une présentation générale de la religion, voyez notre page sur l’hindouisme.
Trois grands dieux forment la trimurti : Brahma, le créateur, Vishnu, celui qui préserve, et Shiva, le destructeur, selon l’Encyclopædia Britannica. Pour les fidèles de Shiva, il est même le dieu suprême qui remplit les trois rôles. Autour d’eux gravitent leurs épouses, leurs enfants, leurs avatars et une multitude de divinités locales.
Shiva occupe une place centrale au Népal. La Britannica le décrit comme l’ascète par excellence, qui demeure sur le mont Kailash et vit dans les lieux de crémation, le corps couvert de cendres. On le représente avec un troisième œil, un serpent autour du cou et un trident, mais il est souvent vénéré sous la forme d’un lingam, une pierre dressée, objet central du culte dans les temples et les sanctuaires privés. Sa monture est le taureau Nandi, dont une statue fait souvent face au sanctuaire.
Au Népal, Shiva est d’abord Pashupati, le « seigneur des animaux ». Le temple de Pashupatinath, au bord de la Bagmati, est présenté par le Nepal Tourism Board comme le temple hindou le plus vénéré du pays. Le temple principal est réservé aux hindous ; les autres visiteurs l’observent depuis les terrasses de la rive est. Les objets en cuir doivent rester à l’extérieur de l’enceinte, et la photographie y est interdite. La grande fête de Shiva est Maha Shivaratri, la « nuit de Shiva », qui tombe en février ou en mars selon le calendrier lunaire et attire pèlerins et sadhus à Pashupatinath.
Shiva a aussi une forme terrible : Bhairav, associé à la mort et aux lieux de crémation. Sur la place Durbar de Katmandou, la grande statue de pierre de Kal Bhairav représente cet aspect terrifiant de Shiva ; le Nepal Tourism Board la compte parmi les plus grandes statues de pierre du XVIIe siècle de Katmandou, et les fidèles continuent d’y faire leurs dévotions : observez-la sans gêner ceux qui prient.
Vishnu est le dieu qui préserve l’ordre du monde. Il s’incarne chaque fois que le mal menace : on lui compte souvent dix avatars, dont Rama, Krishna et même le Bouddha. Il porte dans ses mains la conque, le disque, la massue ou le lotus, et sa monture est l’aigle Garuda. Ses épouses sont Lakshmi et Bhumidevi, la Terre. Au Népal, on l’appelle souvent Narayan, l’un de ses mille noms.
Deux temples de la vallée lui sont consacrés et méritent le déplacement :
La Britannica rappelle que Vishnu est souvent représenté couché sur les anneaux du serpent Shesha, endormi sur l’océan cosmique : c’est exactement la scène de Budhanilkantha. Les deux Ekadashi qui encadrent son « sommeil » de quatre mois, Harishayani (en juin-juillet) et Haribodhini (en octobre-novembre), y attirent une foule importante, selon le Nepal Tourism Board.
Krishna, l’un des deux grands avatars de Vishnu avec Rama, a son chef-d’œuvre à Patan : le Krishna Mandir, temple de pierre de style shikhara construit en 1637 par le roi Siddhi Narsingh Malla. Endommagé par le séisme de 2015 puis restauré, il a rouvert ses portes aux fidèles en 2018, à l’occasion de Krishna Janmashtami, l’anniversaire du dieu.
Facile à reconnaître avec sa tête d’éléphant et son ventre rond, Ganesh est le dieu des commencements et celui qui écarte les obstacles. Selon la Britannica, on le vénère avant toute entreprise importante, et il est considéré comme le fils de Shiva et de Parvati. Sa monture est un rat, et il tient souvent des douceurs, dont il est friand.
À Katmandou, ne manquez pas Ashok Binayak, dit Maru Ganesh, sur la place Durbar. Le Nepal Traveller le décrit comme l’un des quatre sanctuaires de Ganesh originels de la vallée et l’un des plus vénérés, et rapporte qu’on y fait une offrande avant un long voyage pour qu’il se passe bien. Le lundi et le mardi sont considérés comme des jours particulièrement favorables. Avant de partir en trek, c’est l’occasion d’y faire un détour.
Durga est l’une des formes les plus importantes de la grande Déesse, et la Britannica souligne son importance au Népal. Selon le mythe, les dieux l’ont créée en unissant leurs pouvoirs pour vaincre le démon-buffle Mahishasura, invincible face à un adversaire masculin. Elle chevauche un lion ou un tigre et porte huit ou dix bras armés. C’est sa victoire que célèbre Dashain, la grande fête de l’automne : en 2026, la fête a commencé le 11 octobre et le jour de la tika tombe le 21 octobre.
Taleju Bhawani est la déesse protectrice des rois Malla depuis le XIVe siècle, adoptée ensuite par la dynastie Shah. Son temple de la place Durbar de Katmandou, construit au XVIe siècle, n’ouvre qu’aux hindous, et seulement le neuvième jour de Dashain. La Kumari, la « déesse vivante », est considérée comme une manifestation humaine de Taleju. Sa résidence, le Kumari Ghar, sur la place Durbar de Katmandou, se visite jusqu’à la cour : elle se montre parfois à une fenêtre sculptée de l’étage, sans horaire fixe. Rangez votre appareil photo si elle apparaît : c’est une divinité vivante que l’on vient saluer, pas une attraction.
Lakshmi, épouse de Vishnu, est la déesse de la richesse et de la bonne fortune. Elle est honorée pendant Tihar, la fête des lumières, dont les jours fériés officiels vont du 8 au 12 novembre 2026.
Saraswati, déesse du savoir, de la musique et des arts, est fêtée à Shree Panchami, qui marque l’arrivée du printemps dans le calendrier hindou : ce jour-là, les fidèles se rendent dans ses temples. À Swayambhu, derrière le sommet de la colline, un sanctuaire est dédié à Manjushri ou à Saraswati, selon le Nepal Tourism Board : les bouddhistes y honorent l’un, les hindous l’autre.
Hanuman, le dieu-singe du Ramayana, a mené l’armée des singes pour aider Rama à délivrer Sita. À Katmandou, sa statue de pierre datée de 1672, drapée de rouge et abritée sous un parasol, garde l’entrée de l’ancien palais royal, qui lui doit son nom : Hanuman Dhoka, la « porte de Hanuman ». Son visage est couvert de la pâte rouge déposée par les fidèles.
D’autres divinités sont propres à la vallée. Rato Machhindranath, le dieu de la pluie vénéré à Patan, aussi appelé Bunga Dyah ou Karunamaya, est fêté lors du Bunga Dyah Jatra, la plus longue fête des chars du pays, célébrée vers avril-mai, juste avant la mousson, pour appeler la pluie : son char, haut d’une vingtaine de mètres, est tiré par étapes dans les rues de Patan pendant environ un mois, puis la statue part pour six mois à Bungamati. Si vous êtes à Katmandou à cette période, renseignez-vous sur les dates de la procession.
| Divinité | Monture ou indice | Attributs fréquents | Où la voir |
|---|---|---|---|
| Shiva | Taureau Nandi | Lingam, trident, troisième œil, serpent | Pashupatinath |
| Vishnu (Narayan) | Aigle Garuda | Conque, disque, massue, lotus | Changu Narayan, Budhanilkantha |
| Krishna | Avatar de Vishnu | Peau sombre, comme plusieurs avatars de Vishnu | Krishna Mandir de Patan |
| Ganesh | Rat | Tête d’éléphant, douceurs, défense brisée | Ashok Binayak, Katmandou |
| Durga | Lion ou tigre | Huit ou dix bras armés, démon-buffle | Partout pendant Dashain |
| Hanuman | Dieu-singe | Drapé de rouge, couvert de pâte rouge | Hanuman Dhoka, Katmandou |
| Bhairav | Forme terrible de Shiva | Associé à la mort et aux lieux de crémation | Kal Bhairav, place Durbar de Katmandou |
Une astuce : regardez ce qui fait face au sanctuaire. Selon la Britannica, une sculpture de Nandi se trouve face au sanctuaire principal de nombreux temples de Shiva ; la monture du dieu est souvent le meilleur indice quand la statue elle-même est cachée ou réservée aux fidèles.
Si l’on vous propose une marque sur le front ou une offrande consacrée, notre page sur les rituels de la puja et de la tika explique comment réagir. Pour comparer avec l’autre grande religion du pays, lisez notre page sur le bouddhisme, et retrouvez tous nos dossiers sur notre page voyage au Népal.
Shiva, vénéré à Pashupatinath, Vishnu (Narayan) et ses avatars Krishna et Rama, Ganesh, et les déesses Durga, Taleju, Lakshmi et Saraswati. La Kumari est considérée comme une manifestation vivante de Taleju.
Selon le recensement de 2021, 81,19 % des Népalais se déclarent hindous, devant les bouddhistes (8,21 %), les musulmans (5,09 %) et les fidèles de la religion kirat (3,17 %).
Il peut visiter l’ensemble du site, ses berges et ses sanctuaires secondaires, mais le temple principal est réservé aux hindous. On l’observe depuis les terrasses de la rive est de la Bagmati.
Regardez la monture placée devant le sanctuaire : le taureau Nandi pour Shiva, l’aigle Garuda pour Vishnu, le rat pour Ganesh, le lion ou le tigre pour Durga.
À Budhanilkantha, à environ 9 km au nord du centre de Katmandou : une statue de granit de 5 m, taillée dans un seul bloc, montre Vishnu couché sur des serpents au milieu d’un bassin.
Mieux vaut vous en abstenir. Vous pouvez entrer dans la cour du Kumari Ghar, sur la place Durbar de Katmandou, et l’apercevoir parfois à une fenêtre, sans horaire fixe ; rangez alors votre appareil, car c’est une divinité vivante et non une attraction.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
Je découvre le voyage guidé Le guide complet du Népal