Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Gai Jatra, littéralement la « procession des vaches », est l’une des fêtes les plus étonnantes du Népal : une fête de deuil qui devient, en fin de journée, une fête du rire. Dans la vallée de Katmandou, chaque famille qui a perdu un proche dans l’année défile avec une vache, ou un enfant déguisé en vache, pour aider l’âme du défunt dans son voyage ; puis la ville s’offre une journée de déguisements, de sketches et de satire politique. En 2026, Gai Jatra est tombée le samedi 29 août. Voici les dates, l’origine, le déroulement à Katmandou, Patan et Bhaktapur, et nos conseils pour y assister. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.
Gai Jatra tombe le premier jour de la quinzaine sombre du mois de Bhadra (Bhadra Krishna Pratipada), le lendemain de la pleine lune de Janai Purnima, entre août et septembre. Les dates officielles sont fixées dans la liste des jours fériés du ministère de l’Intérieur pour chaque année du calendrier Bikram Sambat.
| Année | Date | Statut |
|---|---|---|
| 2025 | Dimanche 10 août 2025 (Shrawan 25, 2082) | Passée ; férié pour la vallée de Katmandou et la communauté newar |
| 2026 | Samedi 29 août 2026 (Bhadra 13, 2083) | Passée ; férié pour la vallée de Katmandou et la communauté newar |
| 2027 | Non publiée au 14 octobre 2026 | Dépend de la liste officielle de l’année 2084 |
Gai Jatra n’est pas un jour férié national : seules les administrations de la vallée de Katmandou et les membres de la communauté newar sont concernés. En 2026, la fête tombait le lendemain de Rakshya Bandhan (Janai Purnima, 28 août) ; en 2025, elle avait eu lieu près de trois semaines plus tôt, le 10 août, au lendemain de Janai Purnima (9 août) : vérifiez toujours l’année en cours.
Gai Jatra est d’abord un rite funéraire. Dans la croyance hindoue, la vache est sacrée, et les défunts peuvent traverser la rivière mythique Vaitarani en se tenant à sa queue. Selon les textes hindous, libérer un taureau le onzième jour des rites funéraires apporte la paix au défunt ; ce geste étant coûteux, la procession de Gai Jatra en serait devenue l’alternative accessible à tous, explique Onlinekhabar.
Concrètement, le matin, chaque famille endeuillée :
Le déguisement disait autrefois qui était le défunt, selon Onlinekhabar : une vache en panier de bambou (doko) pour un enfant, des vêtements rouges et bleus pour une femme, un veau pour une femme enceinte. Les familles paysannes fabriquaient des vaches en bambou, les familles aisées habillaient un enfant en vache ; aujourd’hui, on place souvent la photo du disparu sur la vache symbolique. Les femmes de la maison suivaient traditionnellement la procession en pleurant, un bâton d’encens à la main.
Les spectateurs offrent aux participants des fruits, des sucreries et d’autres vivres, un geste de solidarité envers les familles en deuil. En newari, la langue des Newars, la fête s’appelle « sāpāru » ou « sāyāta ».
La tradition attribue la fête au roi Pratap Malla, souverain de Katmandou au XVIIe siècle, qui l’aurait encouragée pour consoler la reine après la mort de leur jeune fils : en voyant défiler les familles endeuillées, la reine devait comprendre que la mort touche tout le monde. Comme elle restait inconsolable, le roi aurait ajouté l’humour et les farces à la procession, d’où la satire d’aujourd’hui.
Les historiens nuancent ce récit. Selon les sources encyclopédiques, le professeur Purushottam Lochan Shrestha estime que la fête pourrait être antérieure de plus de trois siècles à Pratap Malla et remonter à Jayasthiti Malla, souverain de Bhaktapur au XIVe siècle ; Onlinekhabar rapporte qu’un manuscrit ancien la nomme déjà « gai yatra », le « voyage de la vache », et que des chercheurs lui donnent au moins 600 ans. Pour les historiens Gautama Vajra Vajracharya et Dinesh Raj Panta, aucun écrit ne prouve que Pratap Malla l’a fondée, et la satire serait née du peuple plutôt que d’un décret royal. L’origine exacte n’est donc pas établie.
En fin de journée, Gai Jatra change de visage : après les processions d’enfants du matin, le soir appartient aux caricatures et à la comédie. Les rues se remplissent de déguisements, de sketches et de caricatures ; depuis le XXe siècle, la satire est devenue de plus en plus mordante et vise volontiers les responsables politiques, les travers sociaux et la vie quotidienne. Des humoristes masculins se produisent souvent déguisés en femmes. La fête a aussi essaimé hors de la vallée, à Banepa, Panauti ou Pokhara : selon Onlinekhabar, elle s’y est répandue quand, sous le règne de Rana Bahadur Shah, des enfants furent éloignés de la vallée pour les protéger du kala-azar.
Cette dimension comique n’est pas un ajout récent : la tradition la fait remonter au XVIIe siècle. Même sans comprendre les jeux de mots, l’ambiance se lit sur les visages : rires, applaudissements, attroupements autour des troupes les plus inventives. C’est aussi une belle leçon sur le rapport au deuil dans la culture newar, où le chagrin se partage en public au lieu de rester caché.
Pour un visiteur, c’est un moment rare : on comprend sans parler népali l’esprit de dérision d’une société qui transforme le deuil en fête collective.
| Ville | Ce qu’on y voit |
|---|---|
| Katmandou | Processions dans toute la ville et ses faubourgs ; enfants déguisés en vache, en Krishna et Radha ou en Shiva et Parvati ; spectateurs qui offrent fruits et sucreries aux participants |
| Patan (Lalitpur) | Vache symbolique faite de quatre perches de bambou, promenée dans la ville ; la fête locale de Matya y attire davantage de participants que Gai Jatra selon les sources encyclopédiques |
| Bhaktapur | La version la plus spectaculaire : chars de bambou habillés de tissu (taha-macha) portant la photo du défunt, grands chars de Bhairab et de Bhadrakali en tête, danse du bâton ghintang ghisi |
À Bhaktapur, les festivités se prolongent de Gai Jatra jusqu’à Krishna Janmashtami, soit près d’une semaine (en 2026, du 29 août au 4 septembre), avec chants, pièces et sketches (khyal) dans les places et les quartiers ; selon Onlinekhabar, c’est le roi Jagat Prakash Malla qui y aurait ajouté danses et chants. C’est la meilleure ville pour qui veut voir la fête dans sa forme la plus traditionnelle. Pour visiter aussi Patan, prévoyez une autre journée.
Gai Jatra ouvre une période très riche en fêtes. Voici les jours fériés officiels qui l’entouraient en 2026, d’après la liste du ministère de l’Intérieur :
| Date | Fête | Pour qui |
|---|---|---|
| 28 août 2026 | Rakshya Bandhan (Janai Purnima) | Tout le pays |
| 29 août 2026 | Gai Jatra | Vallée de Katmandou et communauté newar |
| 4 septembre 2026 | Krishna Janmashtami et Gaura Parwa | Tout le pays |
| 14 septembre 2026 | Teej (Haritalika) | Femmes |
| 19 septembre 2026 | Fête de la Constitution | Tout le pays |
| 25 septembre 2026 | Indra Jatra | Vallée de Katmandou |
Pour 2027, ces dates ne seront connues qu’avec la liste officielle de l’année 2084, mais l’enchaînement reste le même : Janai Purnima, Gai Jatra le lendemain, puis Krishna Janmashtami environ une semaine plus tard.
Gai Jatra tombe en pleine mousson, période peu favorable aux treks en altitude mais riche en fêtes dans la vallée de Katmandou : Janai Purnima, Gai Jatra, Krishna Janmashtami puis Teej se succèdent en quelques semaines. Notre page le Népal en août détaille la météo et les autres fêtes, et notre page sur Teej, la fête des femmes présente la fête suivante. Pour organiser votre séjour, partez de notre page pilier voyage au Népal.
Gai Jatra 2026 est tombée le samedi 29 août 2026 (Bhadra 13, 2083), jour férié pour la vallée de Katmandou et la communauté newar.
Elle n’est pas encore publiée au 14 octobre 2026 : elle figurera dans la liste officielle des jours fériés de l’année 2084. La fête tombe le lendemain de Janai Purnima, entre août et septembre.
Les personnes décédées dans l’année : chaque famille endeuillée envoie dans la procession une vache, réelle ou symbolique, ou un enfant déguisé, pour aider l’âme du défunt. La fin de journée est consacrée à l’humour et à la satire.
Dans la vallée de Katmandou : à Katmandou, où les processions parcourent toute la ville, à Patan et surtout à Bhaktapur, où les chars de bambou et la danse du ghintang ghisi animent la ville près d’une semaine.
La tradition l’attribue au roi Pratap Malla au XVIIe siècle, mais l’historien Purushottam Lochan Shrestha la fait remonter à l’époque de Jayasthiti Malla, au XIVe siècle, et d’autres historiens soulignent qu’aucun écrit ne prouve le rôle de Pratap Malla ; l’origine exacte n’est pas établie.
Non, c’est un jour férié réservé à la vallée de Katmandou et à la communauté newar.
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