Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Les chasseurs de miel du Népal perpétuent l’une des récoltes les plus spectaculaires et les plus dangereuses du monde. Suspendus à des échelles de bambou au-dessus du vide, enveloppés de fumée, ils découpent à la perche les immenses rayons que l’abeille géante de l’Himalaya accroche aux falaises. Cette pratique ancestrale des Gurung du centre du pays et des Kulung de l’est attire aujourd’hui des visiteurs, au risque d’en changer la nature. Voici qui sont ces chasseurs, comment se déroule la récolte, ce qu’est le fameux miel « fou », et comment y assister de façon respectueuse et sûre. Informations vérifiées le 4 novembre 2026.
Le miel de falaise est produit par Apis laboriosa, l’abeille géante de l’Himalaya, la plus grande abeille à miel du monde. Elle construit ses rayons à découvert sur des parois rocheuses inaccessibles et ne peut pas être élevée en ruche. Selon The Himalayan Times (2018), ses colonies s’installent sur des falaises situées entre 1 500 et 2 500 m d’altitude ; Nepal Traveller (mai 2026) parle de rayons souvent placés au-dessus de 2 500 m. National Geographic décrit un rayon de près de 1,80 m de long.
Ces abeilles produisent plusieurs miels selon la saison et l’altitude des fleurs butinées. Au printemps, quand les rhododendrons fleurissent en mars et en avril sur les versants nord, leur nectar donne au miel des propriétés psychotropes, rapporte National Geographic : c’est le miel « fou ». Pour découvrir ces forêts en fleurs, voyez notre page sur les rhododendrons du Népal.
Au centre du Népal, les Gurung récoltent ce miel depuis des générations. Nepal Traveller (mai 2026) cite les villages isolés de Bhujung, Ghanpokhara et Nayagaun, dans le district de Lamjung, parmi les rares endroits où l’on peut encore voir la récolte traditionnelle. The Himalayan Times mentionne aussi la falaise de Chopli, dans la municipalité rurale de Marshyangdi, et d’autres sites à abeilles comme Siurung, Pasgaun, Khudi, Bhulbhule ou Naiche. Pour connaître ce peuple, lisez notre page sur le peuple gurung ; pour un séjour dans un village de la région, celle sur Ghalegaon.
Avant la descente, les chasseurs font des offrandes aux esprits locaux et aux divinités de la falaise pour se protéger des accidents. Un feu allumé au pied de la paroi enfume et calme les abeilles. Le chasseur descend sur une échelle tressée de bambou et de lianes, le long de falaises de plus de 60 m, tandis que ses compagnons tiennent les cordes au sommet ; il découpe les rayons à l’aide d’une longue perche de bambou munie d’une lame, sans harnais ni matériel d’escalade moderne (Nepal Traveller). Tout le village participe souvent aux préparatifs et à la collecte.
Autrefois, rapportait en 2018 le chasseur Dil Bahadur Gurung au Himalayan Times, la chasse avait lieu deux fois par an, au moment des fêtes d’Udhauli et d’Ubhauli ; elle n’a plus lieu qu’une fois par an, et sa date varie depuis qu’elle est liée au tourisme. Ce jour-là, deux visiteurs indiens avaient offert 70 000 roupies aux chasseurs. Sur ces fêtes de la transhumance, voyez notre page sur Sakela, Ubhauli et Udhauli.
Dans l’est du Népal, la tradition survit chez les Kulung, un peuple kiranti de la gorge profonde creusée par la Hongu. National Geographic leur a consacré un grand reportage en juillet 2017, autour de Mauli Dhan, du village de Saddi, seul habilité dans son village à récolter le miel sauvage, une vocation reçue en rêve. La récolte, au printemps et à l’automne, commence par une cérémonie à l’aube menée par un chamane, avec des autels dédiés aux esprits Rangkemi et Baneskandi et des offrandes de nourriture, d’alcool et d’un poulet sacrifié. Le magazine rapporte que les abeilles s’installent de plus en plus haut, obligeant les chasseurs à marcher toujours plus loin.
Cette vallée reculée n’a rien d’une destination touristique : il n’existe pas de « visite » de la récolte kulung. Pour situer ces peuples de l’est, lisez notre page sur les peuples rai et limbu.
| Repère | Gurung du Lamjung | Kulung de la Hongu |
|---|---|---|
| Région | Lamjung, centre du Népal (Bhujung, Ghanpokhara, Nayagaun, Chopli) | Vallée de la Hongu, est du Népal (Saddi) |
| Saison | Autrefois deux fois par an (Udhauli et Ubhauli) ; souvent une fois par an aujourd’hui | Printemps et automne |
| Rituel | Offrandes aux esprits et aux divinités de la falaise | Cérémonie chamanique à l’aube, esprits Rangkemi et Baneskandi |
| Accès pour le voyageur | Possible, en lien avec la communauté | Région très isolée, pas de visite organisée |
Le miel de printemps contient des grayanotoxines, issues du nectar des rhododendrons. Localement, on lui prête des vertus contre la fatigue ou pour la digestion, en petite quantité ; mais l’excès provoque vertiges, nausées, ralentissement du cœur et hallucinations (Nepal Traveller). National Geographic rapportait en 2017 qu’il se vendait de 60 à 80 dollars la livre sur les marchés noirs d’Asie, environ six fois le prix d’un miel népalais ordinaire.
Les médecins népalais décrivent bien l’intoxication. Une série de cinq patients traités dans un centre hospitalier, publiée en 2024 dans les Annals of Medicine and Surgery, a relevé vomissements, vertiges, et chez tous une chute de la tension artérielle et un ralentissement du cœur ; les symptômes apparaissent de 30 minutes à 4 heures après l’ingestion selon les études citées. Tous sont sortis après 24 à 48 heures de soins. Fin 2025, un cas a été décrit à Ghalegaon, au Lamjung, chez un adulte qui avait consommé du miel sauvage local à des fins récréatives : vertiges, vomissements, salivation excessive, tension basse et cœur lent dans les deux heures, résolus en 48 heures à l’hôpital.
Les autorités sanitaires étrangères donnent la même alerte. Le Centre for Health Protection de Hong Kong a signalé en octobre 2025 un homme hospitalisé pour un cœur trop lent environ deux heures après avoir mangé du miel produit au Népal ; il rappelle que l’intoxication peut aussi provoquer diarrhée, sueurs, salivation et fourmillements, et, dans les cas graves, une chute de tension ou un choc. Son Centre for Food Safety conseille d’acheter le miel auprès d’une source fiable, de jeter tout miel au goût amer ou astringent, qui peut brûler la gorge, et d’être particulièrement prudent avec les miels du Népal, de l’Inde et de la région turque de la mer Noire (décembre 2024). Sur un marché ou dans un village, un pot sans étiquette vendu comme « miel sauvage » ou « miel de falaise » peut donc être du miel fou.
Les chasseurs du Lamjung constatent moins d’abeilles, moins de ruches et des récoltes plus maigres, qu’ils attribuent au changement climatique, à la déforestation, au décalage des floraisons et à la dégradation de l’environnement (Nepal Traveller, 2026). Les jeunes partent vers les villes ou travailler à l’étranger, et ce sont surtout les anciens qui perpétuent la chasse, notait déjà The Himalayan Times en 2018. Chez les Kulung, Mauli Dhan confiait à National Geographic ne pas vouloir que ses fils grimpent : ils vont à l’école pour ne pas avoir à le faire.
Des agences proposent des « circuits de chasse au miel » au Lamjung. La demande touristique a déjà changé le calendrier de la récolte. Avant de réserver, posez-vous les bonnes questions :
L’accès se fait le plus souvent par Besisahar, chef-lieu du Lamjung, puis par la route et les sentiers vers les villages gurung. Les dates de récolte ne sont pas fixes : faites-les confirmer par la communauté ou votre agence, et prévoyez de la marge. Pour situer le Lamjung dans votre itinéraire, consultez notre page pilier voyage au Népal.
Ce sont surtout des Gurung du Lamjung, au centre du pays, et des Kulung de la vallée de la Hongu, dans l’est. Ils descendent des falaises sur des échelles de bambou pour récolter les rayons de l’abeille géante de l’Himalaya, Apis laboriosa.
Traditionnellement deux fois par an, au printemps et à l’automne. Au Lamjung, elle n’a souvent plus lieu qu’une fois par an et sa date varie avec le tourisme : faites-la confirmer localement.
C’est le miel de printemps de l’abeille géante, chargé de grayanotoxines venues du nectar des rhododendrons. Il peut provoquer vertiges, vomissements, chute de tension et ralentissement du cœur.
Oui. Des médecins népalais ont décrit en 2024 et 2025 des intoxications avec tension basse et cœur lent, apparues dans les heures suivant l’ingestion et soignées à l’hôpital. N’en consommez pas, et en cas de symptômes consultez sans attendre un professionnel de santé.
Au Lamjung, dans des villages gurung comme Bhujung, Ghanpokhara ou Nayagaun, accessibles par Besisahar. La vallée kulung de la Hongu est trop isolée pour une visite organisée.
Passez par un arrangement qui rémunère directement la communauté, préférez une récolte faite à la bonne saison plutôt qu’une démonstration, gardez vos distances avec la falaise, et n’utilisez pas de drone.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
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