Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Les Tharu de Chitwan sont les premiers habitants de cette vallée du Teraï, bien avant que le parc national et les safaris n’attirent les voyageurs. Agriculteurs, éleveurs et pêcheurs, ils ont façonné un mode de vie adapté aux forêts, aux rivières et au climat chaud des plaines. Aujourd’hui, on découvre leur culture à travers un musée, des spectacles de danse et des séjours chez l’habitant. Cette page présente leur histoire, leurs maisons, leurs fêtes et la manière de les rencontrer avec respect. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.
Pour replacer Chitwan dans votre voyage, consultez notre page pilier voyage au Népal.
Les Tharu comptent parmi les plus anciens habitants d’une grande partie du Teraï, la bande de plaines qui longe la frontière indienne. Selon le recensement national de 2021, ils sont 1 807 124, soit 6,2 % de la population, ce qui en fait le quatrième groupe du pays après les Chhetri, les Brahmanes des collines et les Magar. Ils sont aussi présents en Inde, où ils sont reconnus comme tribu répertoriée (scheduled tribe).
Ce sont des sociétés diverses : on parle des Tharu de Chitwan, des Dangaura de l’ouest, des Kochila de l’est ; les Rana Tharu sont même recensés comme un groupe distinct depuis 2021. Chaque groupe possède ses traditions, ses parlers et ses fêtes. Pour un panorama de la diversité du pays, voyez notre page ethnies du Népal.
Longtemps, les plaines de Chitwan étaient infestées de paludisme. Les Tharu y vivaient malgré tout : contrairement à une idée reçue, ils n’étaient pas immunisés, mais ils étaient moins souvent et moins gravement touchés que les populations des collines, grâce à une immunité partielle, génétique et acquise, explique l’historien Tom Robertson dans le Nepali Times. La mortalité infantile restait néanmoins élevée.
Tout bascule dans les années 1950 : une campagne de pulvérisation d’insecticide contre le paludisme, menée par les États-Unis, et un vaste programme de réinstallation ouvrent la vallée de Chitwan aux migrants venus des collines. Entre 1955 et 1970, 125 000 nouveaux habitants s’y installent, et la part des Tharu et des groupes apparentés (Bote, Darai) passe de près de 100 % à 14 % de la population, selon Tom Robertson, pour qui ces programmes ont souvent ignoré ou écarté les intérêts des Tharu. Dans l’ouest du Teraï, de nombreuses familles tharu ont par ailleurs été réduites au servage pour dettes du système kamaiya, aboli par le gouvernement en 2000.
La question de la terre reste sensible : en juillet 2026, le Himalayan Times rapportait que d’anciens kamaiyas de l’ouest du pays se heurtaient encore à des problèmes de propriété foncière, 26 ans après leur libération. Lors d’un atelier sur la société tharu en janvier 2026, Tom Robertson résumait ainsi le lien entre ce peuple et la nature du parc : sans les Tharu, il n’y aurait pas aujourd’hui de tigres ni de rhinocéros à Chitwan.
La maison traditionnelle tharu est l’une des plus belles expressions de cette culture. Faite de bois et de chaume, elle repose sur des poteaux de bois ; ses murs, montés avec des plantes séchées, sont enduits de boue et régulièrement entretenus par les femmes. Il faut de 17 à 25 jours pour en construire une, selon un reportage du Himalayan Times dans les villages tharu de Kanchanpur, dans l’extrême ouest, qui constatait aussi que ces maisons disparaissent au profit du béton.
Les murs étaient souvent ornés par les femmes de peintures d’animaux (paons, éléphants, chevaux, cerfs, tortues, tigres) et de divinités, réalisées avec des pigments naturels comme le curcuma, l’argile rouge ou la cendre, selon un reportage de Ratopati publié en avril 2026 dans cette même région. Là aussi, le béton et la peinture industrielle font reculer la tradition. Les maisons de terre que vous verrez encore, à Chitwan ou ailleurs, méritent d’autant plus d’attention ; demandez toujours avant de photographier une maison habitée.
La lathi nach, ou danse des bâtons, est la plus célèbre des danses tharu. Les danseurs frappent leurs bâtons les uns contre les autres en rythme, au son du madal, un tambour traditionnel, dans des chorégraphies rapides et spectaculaires. Elle est traditionnellement dansée lors des fêtes, en particulier pendant Dashain. À Sauraha, elle est présentée tous les jours aux visiteurs depuis plus de quarante ans, selon une étude de Prem Thapa publiée en 2024, qui y voit un art du spectacle à part entière plutôt qu’une culture dénaturée par le tourisme.
Maghi se célèbre le premier jour du mois népalais de Magh, à la mi-janvier. Les Tharu de Chitwan y mangent du pwakaa, du riz gluant enveloppé dans des feuilles de bananier et réchauffé sur les braises, selon Tom Robertson ; c’est aussi la saison de danses tharu comme le jhumra ou le damaura, selon le Kathmandu Post. C’est le moment le plus festif pour visiter un village tharu. Pour les autres grandes fêtes du calendrier, voyez notre page festivals du Népal et notre page sur le Dashain.
| Lieu | Ce qu’on y trouve | Pour qui |
|---|---|---|
| Musée tharu de Bachhauli (près de Sauraha) | Peintures murales, objets du quotidien, costumes, photos historiques | Tous les visiteurs de Sauraha |
| Spectacles de danse à Sauraha | Danse des bâtons et autres danses traditionnelles | En soirée, après les safaris |
| Séjour chez l’habitant à Amaltari | Programme communautaire créé en 2013, élu meilleur programme de séjour chez l’habitant par le ministère du Tourisme en 2017 | Voyageurs qui veulent dormir au village |
| Séjour chez l’habitant à Barauli | Programme lancé en 2015, cottages appartenant à des femmes tharu du village | Voyageurs étrangers, petits groupes |
Le Tharu Cultural Museum and Research Centre se trouve à Bachhauli, le village tharu le plus proche de Sauraha. On y voit des peintures murales colorées, des objets anciens, des costumes et des photos historiques, dont certaines des campagnes contre le paludisme et d’autres des chasses menées par des officiers britanniques et des dirigeants rana. La collection est modeste, reconnaissent ses responsables, mais c’est une bonne introduction à la culture tharu. Le musée recevait environ 15 000 visiteurs par an en 2018, surtout étrangers, selon le Kathmandu Post.
Ces deux villages à majorité tharu se trouvent en lisière ouest du parc national de Chitwan, dans sa zone tampon. Selon un reportage de Mongabay publié en 2019, le programme d’Amaltari a été créé en 2013 par des habitants avec l’appui du gouvernement et du WWF ; les revenus y sont partagés à parts égales entre les membres chaque mois. Celui de Barauli a été lancé en 2015 avec un réseau d’hébergement communautaire ; les cottages appartiennent à des femmes du village. Les deux modèles ont leurs forces et leurs limites : posez des questions sur la manière dont l’argent revient aux familles.
Combien de temps prévoir ? Une visite courte suffit pour le musée de Bachhauli, facile à rejoindre à pied ou à vélo depuis Sauraha. Pour un séjour chez l’habitant, comptez au moins une nuit : c’est le soir, autour du repas et des danses, que l’on partage vraiment le quotidien des familles. Dans ces villages vivent aussi d’autres communautés du Teraï, comme les Bote : à Amaltari, trois foyers bote participaient au programme d’hébergement en 2019, selon Mongabay.
Pour l’accès et l’hébergement dans la région, voyez notre page Sauraha.
Les Tharu et la faune de Chitwan sont indissociables : une demi-journée au musée et une soirée de danse s’intègrent facilement entre deux safaris. Voyez notre page safari à Chitwan pour organiser vos sorties, et notre page culture du Népal pour élargir la découverte.
Selon le recensement de 2021, les Tharu sont 1 807 124, soit 6,2 % de la population. C’est le quatrième groupe du pays.
Au musée tharu de Bachhauli, près de Sauraha, lors des spectacles de danse du soir, et dans les séjours chez l’habitant communautaires d’Amaltari et de Barauli, à l’ouest du parc.
La lathi nach est une danse où les participants frappent leurs bâtons en rythme. Traditionnellement dansée lors des fêtes, notamment Dashain, elle est présentée tous les jours aux visiteurs de Sauraha depuis plus de quarante ans.
Le premier jour du mois népalais de Magh, à la mi-janvier. Les Tharu de Chitwan y mangent du pwakaa, un riz gluant enveloppé dans des feuilles de bananier et réchauffé sur les braises.
Non, mais ils étaient moins souvent et moins gravement touchés que les autres populations, grâce à une immunité partielle génétique et acquise.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
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