Les éléphants au Népal : voir les éléphants de Chitwan de façon éthique

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • Le Népal compte quelque 200 éléphants sauvages selon un spécialiste cité par Onlinekhabar (2025) ; le parc national de Bardia en abriterait à lui seul environ 120 selon le Kathmandu Post (2026).
  • Les promenades à dos d’éléphant ne sont plus autorisées dans le parc national de Chitwan depuis près de 15 ans : elles se font dans les forêts communautaires autour de Sauraha, avec 38 à 40 éléphants privés par jour.
  • Dans un arrêt du 17 décembre 2025, publié en juillet 2026, la Cour suprême demande de reconsidérer ces promenades pour le bien-être des animaux et propose des « marches avec les éléphants ».
  • Le centre d’élevage des éléphants de Khorsor, à Sauraha, est gratuit depuis le 20 juillet 2026, pour l’instant ; quatre éléphanteaux y sont nés pendant l’exercice 2025-2026.
  • Notre conseil : préférez la jeep, la pirogue, la marche guidée et l’observation à distance ; évitez promenades, bains et spectacles.
Un éléphant sauvage mâle venu au centre d'élevage d'éléphants du parc de Chitwan
Un éléphant sauvage mâle venu au centre d'élevage d'éléphants du parc de Chitwan. Photo : Shadow Ayush, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Voir des éléphants au Népal est l’un des moments forts d’un séjour dans le Teraï, la plaine du sud du pays. Mais entre les éléphants sauvages du parc national de Chitwan, les éléphants de travail du parc et les éléphants privés qui promènent encore des touristes autour de Sauraha, le voyageur a du mal à savoir ce qui est éthique. La question a pris un tour nouveau en 2026, avec la publication d’un arrêt de la Cour suprême qui remet en cause les promenades à dos d’éléphant. Voici les chiffres, les règles, les enjeux et nos conseils concrets pour observer les éléphants sans contribuer à leur souffrance. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.

Pour organiser le reste de votre séjour, consultez notre page pilier voyage au Népal et notre présentation du parc national de Chitwan.

Combien d’éléphants au Népal ?

Il faut distinguer les éléphants sauvages, qui vivent librement dans les forêts du Teraï, et les éléphants domestiques, qui appartiennent à l’État, à des organismes de conservation ou à des particuliers. L’éléphant d’Asie est classé « en danger » par l’UICN, et l’éléphant sauvage figure sur la liste des mammifères protégés du Département des parcs nationaux et de la conservation de la faune (DNPWC).

CatégorieEffectifSource
Éléphants sauvages au NépalQuelque 200 (estimation d’un spécialiste)Onlinekhabar, août 2025
Éléphants sauvages du parc national de BardiaEnviron 120 (estimation)Kathmandu Post, juillet 2026
Éléphants du parc national de Chitwan58, éléphanteaux comprisOnlinekhabar, août 2025
Éléphants privés de Sauraha45 en 2025 ; 30 pour la coopérative locale et 14 exploités indépendamment en 2026Onlinekhabar, Kathmandu Post
Éléphants du NTNC5Onlinekhabar, août 2025
Centre d’élevage de Khorsor9 adultes, 1 jeune dressé et 6 éléphanteauxOnlinekhabar, mai 2026

Avant la pandémie de Covid-19, la coopérative de Sauraha comptait quelque 63 éléphants ; une partie des bêtes louées a été rendue et d’autres ont été vendues en Inde après l’effondrement du tourisme, selon le Kathmandu Post. Le DNPWC a par ailleurs publié un plan d’action pour la conservation de l’éléphant couvrant 2025 à 2035.

Où voir des éléphants sauvages au Népal ?

Les éléphants sauvages vivent dans les forêts du Teraï, de l’est à l’ouest du pays. Pour un voyageur, deux parcs se prêtent à l’observation :

  • Le parc national de Chitwan, qui accueille quelque 300 000 visiteurs par an selon le Kathmandu Post. On y circule en jeep, en pirogue ou à pied avec des guides. Des mâles sauvages viennent même rendre visite aux femelles du centre d’élevage de Khorsor pendant la saison des amours. Voyez notre page safari à Chitwan.
  • Le parc national de Bardia, dans l’ouest, qui abriterait environ 120 éléphants. Les activités les plus prisées y sont le safari en jeep, la marche guidée en forêt et le rafting. Voyez notre page parc national de Bardia.

Dans l’est, des hardes venues d’Inde traversent la frontière : en juin 2026, le Himalayan Times décrivait un troupeau de 40 à 50 éléphants, petits compris, franchissant chaque jour la frontière vers Bahundangi, dans le district de Jhapa, le long d’un corridor ancestral qui relie l’Assam et le Bengale-Occidental à la réserve de Koshi Tappu. Ces zones ne se prêtent pas à l’observation : les hardes y détruisent des maisons et des cultures, et les habitants vivent dans la crainte, selon le même journal.

Les promenades à dos d’éléphant : ce qui a changé

Les promenades à dos d’éléphant ne sont plus autorisées à l’intérieur du parc national de Chitwan depuis près de 15 ans, selon le Kathmandu Post. Elles se déroulent dans les forêts communautaires de la zone tampon, surtout autour de Sauraha, avec des éléphants privés : 38 à 40 bêtes y travaillent chaque jour. Les éléphants de l’État ne sont pas utilisés pour promener les touristes. Ces safaris restent une source de revenus importante : la forêt communautaire de Baghmara, 215 hectares en bordure de Sauraha, gagnait à son apogée environ 30 millions de roupies par an, dont près d’un tiers grâce aux éléphants, et sept ou huit forêts communautaires en dépendent fortement.

L’arrêt de la Cour suprême

En septembre 2021, l’organisation Pro Public a saisi la Cour suprême pour demander la fin des pratiques cruelles envers les éléphants captifs, la limitation des longues périodes d’enchaînement et une transition vers l’observation plutôt que la monte. Le 17 décembre 2025, deux juges ont rendu un arrêt de 62 points, publié en juillet 2026 :

  • le point 48 estime que l’autorisation de monter sur les éléphants doit être reconsidérée sous l’angle du bien-être animal, le corps de l’éléphant n’étant pas fait pour porter des humains ;
  • le point 51 propose de remplacer les safaris par des « marches avec les éléphants » et de mettre fin aux entraves cruelles, et demande un cadre légal et politique pour cette transition.

La Cour reconnaît aussi l’importance de ces safaris pour l’économie de Sauraha. Le DNPWC a indiqué qu’il appliquerait ces directives en tenant compte des contraintes des propriétaires. Lors de la publication de l’arrêt, en juillet 2026, les promenades continuaient hors du parc, et elles se poursuivaient encore en octobre 2026 dans les forêts communautaires de la zone tampon, selon Onlinekhabar ; leur avenir reste en discussion.

Une demande qui change

Selon le président de la forêt communautaire de Baghmara, cité par le Kathmandu Post, les touristes européens ne montent généralement plus sur les éléphants, les visiteurs népalais renouvellent rarement l’expérience et la clientèle est désormais surtout chinoise. Des défenseurs de la conservation plaident pour miser sur la jeep, la marche guidée, la pirogue et l’observation des oiseaux.

Le centre d’élevage de Khorsor : y aller ou pas ?

Créé dans les années 1980 par le parc national de Chitwan, le centre d’élevage des éléphants de Khorsor, à Sauraha, a vu naître 68 éléphanteaux, dont quatre pendant l’exercice 2025-2026. Les jeunes y sont dressés puis affectés aux postes du parc. La gestation dure de 22 à 24 mois. Le centre attire des mâles sauvages, comme ceux baptisés Ronaldo, Bheemgaj ou Shergaj, qui viennent courtiser les femelles pendant la saison des amours ; leurs combats inquiètent parfois le personnel.

Depuis le 20 juillet 2026 (4 Shrawan 2083 du calendrier népalais), l’entrée est gratuite pour les visiteurs népalais comme étrangers (elle coûtait jusque-là 100 roupies aux étrangers), comme celle du centre d’élevage des gavials de Kasara : le NTNC, qui percevait ces droits, a cessé de le faire pour l’instant, selon Ekantipur. Près de 400 personnes visitent chaque jour le centre des éléphants. La visite permet de voir des éléphanteaux de près, mais elle a ses limites : les éléphants captifs du Népal passent souvent de longues heures enchaînés, selon les défenseurs du bien-être animal, une pratique que la Cour suprême demande de faire cesser lorsqu’elle est cruelle. Si vous y allez :

  • restez derrière les barrières et suivez les consignes du personnel ;
  • ne nourrissez pas et ne touchez pas les éléphants ;
  • évitez les heures d’affluence et gardez vos distances avec les mâles sauvages qui rôdent autour du centre.

Le parc national de Bardia possède aussi un centre d’élevage des éléphants, cité parmi les visites proposées autour du parc.

Bains, festivals et spectacles : ce qu’il faut savoir

Dans une tribune publiée en décembre 2025 par Onlinekhabar, la responsable du Jane Goodall Institute au Népal dénonce le « festival des éléphants » annuel, où les animaux sont paradés et forcés de se produire sous le crochet et le bâton du cornac, ainsi que le dressage brutal des jeunes, les chaînes et les lourdes nacelles. Elle appelle les visiteurs à refuser les promenades, les bains, les festivals et les spectacles de mariage avec des éléphants, et à privilégier les refuges qui accueillent des animaux sauvés.

Notre avis rejoint le sien : une activité qui impose à l’éléphant de porter des humains, de se baigner sur commande ou de jouer devant un public ne fait pas partie d’un voyage responsable. Pour les principes généraux, voyez notre page tourisme responsable au Népal.

Nos conseils pour un safari éthique

ActivitéStatut au 14 octobre 2026Notre avis
Promenade à dos d’éléphantInterdite dans le parc, pratiquée dans les forêts communautaires ; remise en cause par la Cour suprêmeÀ éviter
Bain avec les éléphants, festival, spectaclePratiques dénoncées par les défenseurs du bien-être animalÀ éviter
Visite du centre de KhorsorGratuite depuis le 20 juillet 2026, pour l’instantPossible, en spectateur discret
Safari en jeepRepris dans le parc le 9 octobre 2026 après la pause de la mousson ; droit d’entrée du parc : 2 000 NPR par jour pour les étrangersRecommandé
Marche guidée en forêtAvec des guides naturalistesRecommandé, en respectant les consignes
Pirogue sur la RaptiActivité classique du parcRecommandé

Pour préparer ces sorties, lisez nos pages marche dans la jungle à Chitwan, pirogue sur la Rapti et Sauraha.

Sécurité : l’éléphant sauvage est dangereux

Un éléphant sauvage n’a rien d’un animal paisible. Dans le district de Jhapa, 72 personnes ont été tuées et 92 blessées par des éléphants en 15 ans, selon le bureau forestier de division de Jhapa cité par Onlinekhabar ; les familles des victimes décédées reçoivent une indemnité d’un million de roupies. À Chitwan, un mâle sauvage nommé Makuna a été abattu par l’armée népalaise le 6 février 2025, après avoir attaqué du personnel, selon les responsables du parc ; en octobre 2024, un autre mâle, Govinde, avait tué un employé du parc, qui lui a ensuite posé un collier émetteur et raccourci les défenses (Onlinekhabar). Les éléphants paient aussi un lourd tribut : 58 ont été tués par des causes humaines en 15 ans, selon le responsable de la conservation du parc de Bardia.

  • Ne vous approchez jamais d’un éléphant sauvage, même pour une photo.
  • Ne marchez dans le parc qu’avec des guides, et suivez leurs consignes à la lettre.
  • Restez dans le véhicule pendant un safari en jeep et ne demandez pas au chauffeur de s’approcher.
  • Évitez les lisières de forêt à la tombée de la nuit, y compris autour de Sauraha.

Ce que dit la loi, et ce qu’il ne faut pas acheter

L’éléphant sauvage est une espèce protégée au Népal, et l’éléphant d’Asie est inscrit à l’annexe I de la CITES, qui interdit, sauf exception, son commerce international. N’achetez jamais d’ivoire ni d’objet présenté comme issu d’un éléphant : c’est la demande qui fait vivre le braconnage.

Ce qu’il faut retenir

Les éléphants du Népal se regardent, ils ne se montent pas. À notre avis, un safari en jeep à l’aube, une marche guidée ou une descente de la Rapti en pirogue offrent des rencontres plus fortes qu’une promenade sur une nacelle, tout en faisant travailler les guides locaux. Ces sorties sont aussi l’occasion de croiser le rhinocéros unicorne ou, au bord de l’eau, le gavial. Si vous préférez découvrir le Népal accompagné, notre voyage guidé francophone de 21 jours, du 3 au 23 novembre 2027, accompagné par Louis-Simon Roy, vous fait découvrir le pays en groupe.

Questions fréquentes

Peut-on encore monter à dos d’éléphant au Népal ?

Plus dans le parc national de Chitwan, où ce n’est plus autorisé depuis près de 15 ans. En octobre 2026, les promenades continuaient dans les forêts communautaires de la zone tampon, autour de Sauraha, mais la Cour suprême a demandé qu’elles soient reconsidérées pour le bien-être des animaux.

Combien y a-t-il d’éléphants sauvages au Népal ?

Quelque 200 selon un spécialiste cité par Onlinekhabar en 2025 ; le parc national de Bardia en abriterait environ 120 selon le Kathmandu Post (2026). Des hardes venues d’Inde traversent aussi la frontière dans l’est.

Le centre d’élevage des éléphants de Chitwan est-il payant ?

Non, pour l’instant. Selon Ekantipur, l’entrée du centre de Khorsor, à Sauraha, est gratuite depuis le 20 juillet 2026 pour les Népalais comme pour les étrangers, comme celle du centre d’élevage des gavials de Kasara.

Où voir des éléphants sauvages au Népal ?

Dans les parcs nationaux de Chitwan et de Bardia, en safari en jeep ou lors d’une marche guidée. Gardez toujours vos distances : un éléphant sauvage peut charger.

Que dit la Cour suprême du Népal sur les safaris à dos d’éléphant ?

Dans son arrêt du 17 décembre 2025, publié en juillet 2026, elle estime que la monte doit être reconsidérée et propose des « marches avec les éléphants », avec un cadre légal pour la transition.

Faut-il éviter le bain avec les éléphants ?

Oui. Comme les promenades et les spectacles, il est dénoncé par les défenseurs du bien-être animal ; préférez l’observation à distance.

Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.

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Sources consultées