Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
La fête de Gadhimai (Gadhimai Mela) est l’un des plus grands rassemblements religieux du Népal, et l’un des plus controversés. Tous les cinq ans, des foules venues du Népal et surtout de l’Inde voisine convergent vers le temple de la déesse Gadhimai, à Bariyarpur, dans le district de Bara. La fête est connue dans le monde entier pour ses sacrifices d’animaux, en particulier de buffles, que des organisations de protection animale et des tribunaux cherchent à faire reculer. Cette page présente les faits datés et sourcés : où et quand se tient la fête, ce qui s’est passé en 2024, les décisions de justice, la position du temple, et ce qu’un voyageur doit savoir s’il se trouve dans le Teraï à ce moment-là. Informations vérifiées le 4 novembre 2026.
| Élément | À retenir au 4 novembre 2026 |
|---|---|
| Lieu | Temple de Gadhimai, Bariyarpur, municipalité de Mahagadhimai, district de Bara (province de Madhesh) |
| Divinité | Gadhimai, déesse de la puissance (shakti) |
| Fréquence | Tous les cinq ans |
| Durée | Une foire d’environ un mois, qui commence le 1er Mangsir du calendrier népalais (The Himalayan Times, 2019) |
| Dernière édition | 2024 : foire ouverte le 16 novembre, sacrifices de buffles à partir du 8 décembre |
| Prochaine édition | 2029 selon le rythme quinquennal ; aucune date publiée |
| Cadre légal | Décision de la Cour suprême du Népal du 4 août 2016 : sensibilisation et mesures pour décourager les sacrifices, sans interdiction totale |
Le temple de Gadhimai se trouve à Bariyarpur, dans la municipalité de Mahagadhimai, au sud du district de Bara, dans la plaine du Teraï. La déesse y est vénérée comme une divinité de la puissance. The Himalayan Times décrivait en 2019 la fête comme le « Kumbha Mela du Teraï » : une foire qui commence le 1er Mangsir et dure environ un mois, avec un temps fort rituel au milieu. Selon ce quotidien, cinq sacrifices sont d’abord offerts au temple lors d’une puja spéciale, le 17 Mangsir, avant que le public n’offre des chèvres, des buffles et d’autres animaux le 18 Mangsir.
La fête attire surtout des pèlerins des États indiens voisins. En 2024, le prêtre du temple, Shiva Chaudhary, citait auprès de Republica des fidèles du Bihar, de l’Uttar Pradesh, du Jharkhand et du Bengale-Occidental, venus formuler des vœux à la déesse. La région, ses peuples et ses autres sites sont présentés sur notre page consacrée à la province de Madhesh et sur celle des peuples du Teraï.
En 2024, la foire a ouvert le 16 novembre, selon Republica, et les sacrifices de buffles ont commencé le dimanche 8 décembre, date confirmée par les reportages photographiques de The Himalayan Times et du Kathmandu Post. Ce dernier décrivait des fidèles venus « du Népal et de l’Inde », installés pendant des jours en plein air autour du temple fleuri, et évoquait l’abattage de centaines de milliers d’animaux, surtout des buffles et des chèvres, en notant que des actions en justice cherchent à réduire les sacrifices mais que la tradition se maintient.
Les chiffres précis varient fortement selon qui les donne :
| Donnée de 2024 | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Fidèles | Plus de 8 millions au 23e jour de la foire (dont plus de 5 millions d’Indiens) | Secrétaire général du comité d’organisation, cité par Republica |
| Buffles sacrifiés | Plus de 10 000, comptage alors en cours | Comité d’organisation, cité par Republica |
| Buffles sacrifiés dans l’enclos le 8 décembre | 4 200, d’après les reçus d’entrée | Humane Society International (ONG opposée aux sacrifices) |
| Animaux saisis à la frontière | Plus de 750 (74 buffles, 347 chèvres, 328 pigeons, 2 poulets) | Humane Society International, avec la police des frontières |
Aucun bilan officiel indépendant n’a été trouvé : ces chiffres émanent soit des organisateurs, soit d’organisations militantes, et doivent être lus comme tels. Pour comparaison, Republica rappelait en 2015 qu’environ un demi-million d’animaux avaient été sacrifiés lors de l’édition de 2009, et que leur nombre avait ensuite baissé sous la pression des militants.
Côté sécurité, le chef de district de Bara assurait en 2024 que la foire se déroulait dans le calme ; la police népalaise, la police armée et le service national de renseignement étaient déployés, avec des caméras de surveillance, et un point d’accueil de la police touristique servait les fidèles indiens.
Une grande partie des animaux sacrifiés vient d’Inde. Selon Humane Society International, la Cour suprême de l’Inde a ordonné en 2014 au gouvernement indien d’empêcher le transport illégal d’animaux à travers la frontière vers Gadhimai, et a demandé aux associations de protection animale de proposer un plan d’action. C’est dans ce cadre que des saisies ont lieu chaque édition aux postes frontières.
Le 20 novembre 2014, l’avocat Arjun Kumar Aryal a déposé devant la Cour suprême du Népal une requête visant le cabinet du Premier ministre et le comité de gestion du temple. Le 4 août 2016, les juges Ishwori Prasad Khatiwada et Anil Kumar Sinha ont rendu leur décision, rapportée par The Himalayan Times : le gouvernement, notamment les ministères de la Santé et de l’Agriculture, doit mener des campagnes de sensibilisation, former un comité spécial et prendre des mesures pour réduire les sacrifices. La Cour a en revanche jugé qu’il n’était pas raisonnable d’ordonner leur arrêt complet. Le quotidien a d’ailleurs publié une correction : une première dépêche avait annoncé à tort une interdiction. Selon Humane Society International, une décision de septembre 2019 aurait ordonné la fin des sacrifices d’animaux vivants à Gadhimai et demandé un plan pour les faire disparaître progressivement dans tout le pays ; l’ONG estime que ces injonctions restent largement ignorées.
En juillet 2015, des médias internationaux ont annoncé que le trust du temple avait décidé de mettre fin aux sacrifices. Son président, Ram Chandra Sah, l’a démenti auprès de Republica : le trust n’avait fait aucune déclaration en ce sens, et il affirme se limiter à gérer la fête, sans jamais demander aux fidèles de sacrifier des animaux. Les sacrifices ont bien eu lieu en 2019, comme l’a rapporté le Kathmandu Post, puis de nouveau en 2024.
Gadhimai cristallise un débat qui dépasse ce seul temple. Pour une partie des fidèles, le sacrifice est un rite tantrique ancien, lié à la puissance de la déesse et à l’accomplissement d’un vœu. Pour ses opposants, népalais comme étrangers, c’est une souffrance animale de masse, incompatible avec la décision de 2016 qui rappelait que « tuer des animaux n’est pas une bonne action ». Entre les deux, beaucoup de Népalais pratiquent l’hindouisme sans sacrifice, et des campagnes réclament une « Gadhimai sans sang ». La fête est aussi un événement économique majeur pour une région rurale.
Le sacrifice animal n’est pas propre à Gadhimai : il existe aussi, à une autre échelle, dans certains temples de la déesse pendant Dashain. Pour comprendre les divinités et les pratiques, voyez nos pages sur l’hindouisme au Népal et les dieux hindous. Ce guide ne recommande pas d’assister aux sacrifices ; il donne les faits pour que chacun décide en connaissance de cause.
La prochaine édition n’est pas avant 2029, si le rythme quinquennal est respecté : au 4 novembre 2026, aucune date n’est publiée. En dehors de la fête, Bariyarpur est un temple de campagne, loin des circuits habituels, et peu de voyageurs font le détour. Pendant la foire, l’expérience est intense : foules immenses, campements en plein air, installations sanitaires sous pression et, les jours de sacrifice, des scènes très violentes, des odeurs et du sang à grande échelle. Si vous êtes sensible à la souffrance animale, évitez les jours de sacrifice et l’enclos.
Bariyarpur se trouve dans le sud du district de Bara, non loin de la frontière indienne. Le grand poste frontière de la région, ouvert aux voyageurs étrangers, est celui de Raxaul et Birgunj, décrit sur notre page frontière Birgunj-Raxaul. Le reste de l’année, si vous traversez le Teraï central, gardez plutôt du temps pour Janakpur, Chitwan ou les fêtes plus accessibles de notre calendrier des festivals du Népal.
Gadhimai est une fête quinquennale de très grande ampleur, dont l’édition de 2024 a encore donné lieu à des sacrifices massifs, malgré une décision de la Cour suprême de 2016 qui demandait à l’État de les décourager. Les chiffres disponibles émanent des organisateurs ou d’ONG, et divergent. La prochaine édition est attendue en 2029, sans date publiée. Pour préparer le reste de votre séjour, consultez notre page pilier voyage au Népal.
Au temple de la déesse Gadhimai, à Bariyarpur, dans la municipalité de Mahagadhimai du district de Bara, dans le Teraï central népalais, non loin de la frontière indienne.
La fête a lieu tous les cinq ans ; la dernière s’est tenue en 2024, avec des sacrifices à partir du 8 décembre. Le rythme place la suivante en 2029, mais aucune date n’est publiée au 4 novembre 2026.
Non. Le 4 août 2016, la Cour suprême du Népal a demandé au gouvernement de sensibiliser le public et de prendre des mesures pour décourager les sacrifices, sans ordonner leur arrêt complet. Ils ont eu lieu en 2019 et en 2024.
Aucun bilan officiel indépendant n’existe. Le comité d’organisation parlait de plus de 10 000 buffles, comptage en cours ; l’ONG Humane Society International en a compté 4 200 dans l’enclos le 8 décembre 2024.
En juillet 2015, des médias l’ont annoncé, mais le président du trust du temple, Ram Chandra Sah, l’a démenti auprès de Republica, en précisant que le trust gère la fête sans demander de sacrifices.
C’est un choix personnel. Les jours de sacrifice comportent des scènes très violentes et des foules immenses ; si vous y allez, restez discret, ne photographiez pas les fidèles sans accord et n’achetez aucun animal.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
Je découvre le voyage guidé Le guide complet du Népal