Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Le juju dhau est la douceur la plus célèbre de Bhaktapur, la cité royale newar de la vallée de Katmandou. Ce yaourt épais, crémeux et sucré, fait de lait de bufflonne et servi dans de petits pots de terre cuite, se déguste au coin d’une ruelle, entre deux temples, et accompagne tous les grands moments de la vie newar. Voici ce qu’il faut savoir sur le juju dhau de Bhaktapur : son nom et sa légende, sa fabrication, sa place dans les rites, les prix relevés, les bons endroits pour l’acheter et les précautions à prendre. Informations vérifiées le 4 novembre 2026.
En newari, la langue des Newars, juju signifie « roi » et dhau « yaourt » : le juju dhau est littéralement le « roi des yaourts », explique le magazine Nepal Traveller. Il se distingue d’un yaourt ordinaire par trois traits : le lait de bufflonne, plus gras et plus épais que le lait de vache, sa douceur, et le pot de terre cuite (kataaro), qui compte pour sa texture et son goût selon le reportage de l’agence ANI. Sur l’origine de cette douceur, les sources divergent : le Kathmandu Post, qui a suivi une fabrication en 2019, décrit du sucre ajouté pendant la cuisson, alors que Nepal Traveller (août 2022) affirme qu’on n’y met pas de sucre et que la douceur vient d’épices comme la noix de coco et la cardamome. Nous retenons le témoignage de l’atelier observé par le Kathmandu Post ; si vous évitez le sucre, posez la question au vendeur.
| Repère | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|
| Nom | Juju dhau, « roi des yaourts » en newari |
| Origine | Bhaktapur, vallée de Katmandou |
| Lait | Bufflonne, parfois coupé d’un peu de lait de vache |
| Goût et texture | Épais, crémeux, sucré |
| Contenant traditionnel | Pot de terre cuite (kataaro), posé sur un lit de balle de riz |
| Producteurs | Environ soixante à Bhaktapur (Khabarhub, 2025) |
| Petit pot individuel | 50 roupies selon Nepal Traveller (août 2022) |
Le récit le plus souvent raconté remonte à l’époque des rois Malla, qui régnaient sur les royaumes de la vallée. Selon Nepal Traveller (janvier 2025), ces rois organisèrent un concours de yaourts ouvert aux fabricants de Katmandou, de Bhaktapur et de Lalitpur ; celui de Bhaktapur l’emporta par sa texture crémeuse et sa richesse, et reçut alors le titre de « roi des yaourts ». Le même magazine rattache le juju dhau à l’époque Malla, quand le yaourt était offert aux dieux et servi aux banquets royaux. Un reportage de l’agence indienne ANI (juillet 2025) fait remonter ses racines au XIIIe siècle, sans citer de document : nous n’avons trouvé aucune source historique qui confirme cette date, à prendre comme une tradition locale.
Le commerce, lui, est plus récent. Pendant longtemps, le juju dhau se mangeait surtout pendant les fêtes, rappelle le Kathmandu Post (2019). Une productrice octogénaire interrogée par Nepal Traveller en 2022, aujourd’hui à la tête de plusieurs boutiques familiales, situait l’ouverture de sa première échoppe « il y a 40 ou 50 ans ». Selon le Kathmandu Post, Bhaktapur comptait une dizaine de fabricants à leurs débuts et une soixantaine en 2019 ; Khabarhub donnait encore « environ cinq douzaines » de producteurs en juin 2025. Les fabricants sont réunis dans une association, la Bhaktapur Juju Dhau Byabashai Sangh, qui veille à la qualité selon le quotidien.
Le Kathmandu Post a suivi en 2019 une journée de fabrication dans un atelier familial de Bhaktapur. Les étapes :
Un atelier de ce type produisait en temps normal une quarantaine de litres par jour, et 200 à 300 litres pour les fêtes ou les grosses commandes. Les ateliers plus récents ont modernisé la méthode. Selon le reportage d’ANI de 2025, une productrice contrôle la teneur en matières grasses du lait (5 % au minimum), le chauffe jusqu’à 85 °C dans une cuve, le fait cuire encore une heure, puis laisse prendre le yaourt au réfrigérateur. Elle raconte qu’à ses débuts, il y a environ vingt-cinq ans, on n’utilisait que des pots de terre ; environ cinq ans plus tard sont arrivés les contenants en plastique, plus légers, plus solides et plus faciles à transporter à moto, qui remplacent peu à peu le pot de terre. Les fabricants attachés à la tradition s’en inquiètent, car le pot de terre (kataaro) compte pour la texture et le goût. Pour le voyageur, le conseil est simple : si vous voulez le goût traditionnel, demandez un pot de terre.
Chez les Newars, le juju dhau n’est pas qu’un dessert. Selon Nepal Traveller (2025), il est offert aux divinités et sert aux rituels religieux et aux fêtes, et un mariage newar « n’est pas complet » sans lui ; le même magazine (2022) le cite parmi les éléments des rituels de bain. Quand un proche part pour un long voyage ou en revient, on pose des pots de juju dhau de part et d’autre de la porte pour lui porter chance. Selon Khabarhub (2025), le yaourt accompagne aussi les anniversaires, les réussites et même le retour d’une personne après un grave accident.
Le moment fort de l’année est Asar 15, la journée nationale du riz (Dhan Diwas), où l’on mange le dahi chiura, du yaourt sur du riz battu, au moment du repiquage. Le 15 Asar 2083 est tombé le lundi 29 juin 2026, selon le Kathmandu Post ; à cette occasion, les producteurs de Bhaktapur passaient de 15 à 20 ou 25 bidons de lait de 40 litres par jour, selon Khabarhub en 2025. La fête de 2026 est passée au 4 novembre 2026 ; elle revient chaque année à la fin juin, et la date de 2027 reste à confirmer tant que le calendrier officiel de l’année 2084 n’est pas publié. Notre page sur la fête du riz d’Asar 15 raconte cette journée.
Nous ne recommandons pas de boutique en particulier : il y en a partout dans la vieille ville, et les meilleures sont souvent tenues par la même famille depuis des générations. Quelques repères :
Pour la visite elle-même (billet d’entrée de la vieille ville, accès, monuments), lisez notre guide de Bhaktapur et notre programme de Bhaktapur en une journée, où la pause juju dhau trouve naturellement sa place l’après-midi.
Le juju dhau se mange à la petite cuillère, à même le pot, souvent en fin de repas ou en pause sucrée. Il se marie avec la cuisine newar salée et pimentée : après une galette de lentilles ou un plateau de riz battu, sa douceur calme le piment. Pour situer ce yaourt parmi les autres spécialités, lisez notre page sur la cuisine newar, et pour les autres douceurs du pays, notre page sel roti et desserts népalais.
Le pot de terre fait partie de l’expérience : une fois vide, ne le jetez pas dans les ruelles, demandez au vendeur où le déposer.
Le lait du juju dhau est longuement bouilli avant d’être ensemencé, ce qui le distingue d’un lait cru. Mais le gouvernement du Canada recommande aux voyageurs d’éviter le lait et les produits laitiers non pasteurisés, et la conservation d’un yaourt artisanal sans chaîne du froid reste une inconnue. Nous n’avons trouvé aucune source fiable donnant sa durée de conservation. En pratique :
L’INSPQ recommande à tous les voyageurs au Népal les vaccins contre l’hépatite A et la typhoïde ; consultez un professionnel de santé ou une clinique santé-voyage avant le départ. Nos conseils généraux sont réunis sur la page hygiène au Népal.
Pas en Europe : les voyageurs qui arrivent d’un pays hors de l’Union européenne, comme le Népal, ne peuvent transporter ni viande ni produits laitiers dans leurs bagages, selon le portail officiel L’Europe est à vous ; les seules exceptions concernent le lait en poudre pour nourrissons et certains aliments médicaux. Les produits non déclarés sont saisis et détruits, et une amende est possible. Si vous rentrez ailleurs, vérifiez les règles de votre pays avant le départ. Le meilleur souvenir reste donc un pot dégusté sur place, au pied des pagodes.
Bhaktapur se trouve à l’est de Katmandou et se visite en une journée ; c’est l’occasion idéale de goûter le juju dhau là où il est né. Si vous êtes dans la vallée à la fin juin, Asar 15 vous montrera le yaourt dans son rôle de fête, avec le dahi chiura des rizières. Pendant la fête du Nouvel An de Bhaktapur, décrite sur notre page sur la Bisket Jatra, la vieille ville déborde de monde : achetez vos pots tôt. Pour préparer l’ensemble de votre séjour, consultez notre page pilier voyage au Népal.
En newari, juju signifie « roi » et dhau « yaourt » : c’est le « roi des yaourts ». Une légende raconte que les rois Malla organisèrent un concours de yaourts et que celui de Bhaktapur l’emporta.
Avec du lait de bufflonne, parfois coupé d’un peu de lait de vache. Il contient environ deux fois plus de matières grasses que le lait de vache, ce qui donne au yaourt sa texture épaisse. L’atelier suivi par le Kathmandu Post en 2019 ajoutait du sucre pendant la cuisson, mais Nepal Traveller affirme que certains n’en mettent pas.
Nepal Traveller indiquait en août 2022 50 roupies pour un petit pot individuel, 200 et 500 roupies pour les grands pots. Ces prix ont pu augmenter : vérifiez le prix affiché sur place.
À Bhaktapur, dans les échoppes de la vieille ville, notamment autour de Durbar Square, souvent tenues par des familles depuis des générations. On en trouve aussi dans toute la vallée de Katmandou et en version emballée en supermarché.
Son lait est longuement bouilli, mais c’est un produit artisanal sans chaîne du froid garantie. Achetez-le dans une boutique fréquentée, mangez-le le jour même et, si votre estomac est fragile, goûtez-en d’abord un peu.
Non : les produits laitiers venant d’un pays hors de l’Union européenne sont interdits dans les bagages des voyageurs. Ils sont saisis à l’arrivée et une amende est possible.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
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