Les ours du Népal : où ils vivent, quels risques en marche et comment réagir

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • Trois espèces d’ours vivent au Népal : l’ours lippu dans les forêts du Teraï et des Siwaliks, l’ours noir de l’Himalaya dans les forêts des moyennes montagnes, et l’ours brun, très rare, dans les hautes vallées du nord (Haut-Mustang, vallée de Limi dans le Humla).
  • Le parc national de Chitwan est réputé abriter la plus forte densité d’ours lippus du pays ; l’espèce est classée vulnérable par l’UICN.
  • Les attaques touchent surtout des villageois qui travaillent en forêt ou gardent leurs champs : une étude de 2025 a recensé 56 attaques d’ours lippus en 32 ans autour de la forêt de Triyuga, presque toujours sur des personnes seules.
  • Les voyageurs sont rarement concernés, mais les attaques d’ours noirs se sont multipliées en montagne à la fin de 2025 (vallée de Nubri dans la région du Manaslu, Humla, Rasuwa, selon la presse népalaise).
  • Règles d’or : marcher en groupe et avec un guide en forêt, faire du bruit, ne jamais courir, reculer lentement, et suivre à la lettre les consignes du guide.
Ours noir d’Asie, l’ours des forêts de l’Himalaya
Ours noir d’Asie, l’ours des forêts de l’Himalaya. Photo : Ganesh Mohan T, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Les ours du Népal font rarement parler d’eux dans les récits de voyage, et pourtant ils vivent dans beaucoup de régions que traversent les voyageurs : les forêts de Chitwan et de Bardia, les forêts de rhododendrons et de chênes des treks de moyenne montagne, et même certaines hautes vallées sèches du nord. Le risque pour un visiteur reste faible, mais il n’est pas nul, et il se réduit beaucoup avec quelques réflexes. Cette page explique quelles espèces vivent où, ce que disent les données récentes sur les attaques et comment se comporter. Informations vérifiées le 4 novembre 2026.

Trois espèces d’ours au Népal

EspèceOù elle vitOù le voyageur peut la croiser
Ours lippu (Melursus ursinus)Forêts et prairies du Teraï et des collines des Siwaliks (Churia)Marches dans la jungle à Chitwan et à Bardia, forêts du Teraï
Ours noir de l’Himalaya (Ursus thibetanus)Forêts des moyennes montagnesTreks en forêt : Langtang, Manaslu et Tsum, Annapurnas, ouest du Népal
Ours brun (Ursus arctos)Hautes vallées sèches proches du TibetExceptionnel : Haut-Mustang, vallée de Limi (Humla)

L’ours lippu, l’ours de la jungle

L’ours lippu se nourrit surtout de termites et de fruits. Une étude publiée en mars 2022 dans Ecology and Evolution rappelle que la plus forte densité d’ours lippus du Népal est signalée dans le parc national de Chitwan, où ses relevés de traces de 2020 indiquent la présence de l’ours sur environ 69 % de l’habitat étudié, surtout dans les zones sèches, ouvertes et peu dérangées, riches en termitières et en fruits. L’espèce est classée vulnérable sur la liste rouge de l’UICN. On le rencontre aussi dans les forêts non protégées des Siwaliks. C’est l’ours que les habitants du Teraï rencontrent le plus souvent en allant chercher du bois ou du fourrage en forêt.

L’ours noir de l’Himalaya

Reconnaissable à son croissant blanc sur la poitrine, l’ours noir de l’Himalaya fréquente les forêts de montagne. Le Nepal Tourism Board le cite parmi la faune du parc national de Langtang, et une étude de 2007 (revue Ursus) l’a documenté dans les cinq aires protégées enquêtées, où il pille le maïs en été et au début de l’automne. Ses conflits avec les habitants portent surtout sur les cultures, le bétail et, plus rarement, les personnes.

L’ours brun, l’ours du nord

L’ours brun de l’Himalaya est extrêmement rare au Népal, où il est surtout connu dans le Haut-Mustang. Une étude publiée en ligne en octobre 2024 dans la revue Oryx présente de nouvelles preuves de sa présence dans la vallée de Limi, au nord du Humla : une image en 2021, puis 23 images indépendantes en 2022-2023, prises par pièges photographiques sur 336 km². Ces relevés étendent vers le sud-ouest son aire connue dans le pays. Le croiser en trek relève de l’exception.

Les attaques d’ours : ce que disent les chiffres

Les données publiées concernent surtout les habitants. Une étude parue en septembre 2025 dans Environmental Challenges a analysé les rencontres avec l’ours lippu autour de la forêt de Triyuga, hors des aires protégées, de 1990 à 2021 : 66 rencontres impliquant 69 personnes, dont 56 attaques qui ont blessé 59 personnes, avec un taux de mortalité de 8,47 %. Les victimes étaient surtout des hommes de 25 à 55 ans, agriculteurs, entrés en forêt pour leurs besoins quotidiens ; la plupart des rencontres ont eu lieu entre 9 h et 15 h, en forêt, là où la visibilité est mauvaise. Surtout, les personnes seules étaient plus souvent blessées que celles qui marchaient à deux ou plus.

En montagne, la presse népalaise rapporte une hausse des attaques d’ours noirs. En octobre 2025, dans la vallée de Nubri (région du Manaslu), un homme de 71 ans qui dormait sur sa véranda, près du maïs récolté et stocké dans sa cour, a été gravement blessé au pied par un ours ; c’était sa troisième attaque en cinq ans. Selon cette chronique du Kathmandu Post de janvier 2026, l’exode des jeunes, qui gardaient autrefois les champs avec des feux et du bruit, laisse les villages âgés plus exposés ; la famille a affrété un hélicoptère vers Katmandou au bout de trois jours, pour environ 2 000 USD. Le 23 novembre 2025, trois personnes qui ramassaient de l’herbe vers 6 h du matin à Sim, près de Simkot (Humla), ont été blessées, dont deux grièvement, et les habitants se plaignaient d’une hausse des attaques depuis plusieurs mois (The Himalayan Times). En décembre 2025, deux blessés du Rasuwa ont été envoyés à Katmandou pour être soignés (ekantipur).

Ces attaques ont un point commun : elles se produisent près des champs, la nuit ou au crépuscule, ou en forêt quand une personne seule surprend un ours. Aucune des sources consultées ne fait état d’attaque récente sur un trekkeur étranger, ce qui ne veut pas dire que le risque est absent.

Où et quand le risque est le plus élevé pour un voyageur

  • Marches dans la jungle du Teraï (Chitwan, Bardia) : c’est là qu’une rencontre avec un ours lippu est la plus plausible, surtout dans les fourrés et les hautes herbes. Voir notre page sur la marche dans la jungle à Chitwan.
  • Forêts de montagne en fin d’été et en automne : quand le maïs mûrit et que les fruits abondent, les ours noirs descendent près des villages ; les attaques de 2025 se sont produites d’octobre à décembre.
  • Aube, crépuscule et nuit : évitez de marcher seul hors des villages à ces heures, et ne sortez pas seul la nuit dans un village isolé.
  • Visibilité réduite : virages en forêt dense, bords de rivière bruyants, brouillard de mousson.

Comment éviter une rencontre

Aucun organisme népalais (DNPWC, NTNC) ne publie à notre connaissance de consignes destinées aux visiteurs. Les conseils ci-dessous reprennent ceux des chercheurs qui ont étudié l’ours lippu en Asie du Sud : l’étude népalaise de la forêt de Triyuga et l’enquête de l’ONG indienne Wildlife SOS auprès de 362 villageois du Karnataka (2016), qui recommande de marcher au moins à deux, de faire du bruit et d’éviter les heures sombres. Ils rejoignent les principes de prévention de Parcs Canada pour les ours d’Amérique du Nord :

  • Marchez en groupe : les personnes seules sont les plus souvent blessées. En forêt du Teraï, ne partez jamais sans guide ; dans les parcs nationaux et les aires de conservation, le guide licencié est de toute façon obligatoire depuis le 1er avril 2023 (avec l’exception du Khumbu, à faire confirmer par écrit). Voir notre page sur le guide francophone de trek au Népal.
  • Faites du bruit : parlez fort, frappez des mains, surtout dans la végétation dense, près des torrents et quand la visibilité est faible.
  • Restez sur les sentiers et marchez de jour ; arrivez à l’étape avant la nuit.
  • Ne laissez aucune nourriture autour d’un camp ; en trek sous tente, gardez les vivres et les déchets à l’écart des tentes, selon les consignes de votre équipe.
  • Ne vous approchez jamais d’un ourson : la mère n’est jamais loin.

Que faire si vous voyez un ours

Au Népal, suivez d’abord les consignes de votre guide, qui connaît le terrain et l’animal. À défaut, voici les principes généraux, à prendre comme des repères et non comme un protocole officiel népalais :

  1. Arrêtez-vous et restez calme. Selon Wildlife SOS, un ours lippu qui n’est pas surpris de près préfère s’en aller : s’il ne vous a pas vu, éloignez-vous discrètement par où vous êtes venu, en restant groupés.
  2. Ne courez jamais : dans l’enquête de Wildlife SOS, la fuite s’est révélée la pire réaction, et Parcs Canada donne la même consigne.
  3. S’il vous a vu, parlez-lui d’une voix calme et ferme, et reculez lentement en lui laissant une issue (Parcs Canada).
  4. Restez groupés : les personnes seules sont les plus souvent blessées, selon l’étude de Triyuga.
  5. Si un ours lippu charge, Wildlife SOS a observé que se jeter au sol face contre terre en protégeant le visage et la nuque était la réaction la plus sûre parmi les victimes interrogées, sans décès enregistré ; ses auteurs rappellent qu’une victime qui fait tout bien peut quand même être blessée. Parcs Canada distingue de son côté l’attaque défensive, où l’on fait le mort, et l’attaque prédatrice, très rare, où il faut se défendre, mais ces consignes ont été établies pour les ours d’Amérique du Nord. Au Népal, c’est votre guide qui vous dira quoi faire.

Après une morsure ou une griffure, lavez la plaie, contrôlez le saignement et faites-vous soigner sans délai : les blessures d’ours sont souvent graves et exposent à l’infection. Consultez un professionnel de santé ; en montagne, l’évacuation peut prendre du temps, d’où l’importance d’une assurance qui couvre le sauvetage en hélicoptère. Voir nos pages sur l’assurance voyage et le sauvetage en hélicoptère et sur les numéros d’urgence au Népal.

Voir un ours au Népal : réaliste ou non ?

Voir un ours reste une chance rare. À Chitwan et à Bardia, les safaris en jeep et les marches dans la jungle offrent parfois la silhouette d’un ours lippu en lisière de prairie, surtout tôt le matin. En montagne, les ours noirs sont discrets et s’observent le plus souvent par leurs traces : arbres griffés, champs de maïs saccagés. Ne cherchez jamais à approcher un ours pour une photo, ne le nourrissez pas, et n’achetez aucun produit qui en provienne (vésicule biliaire, griffes, peaux) : le commerce des parties d’ours est encadré par la CITES.

Pour la vue d’ensemble, consultez notre page sur la faune du Népal, notre page sur la sécurité en trek dans l’Himalaya et, pour préparer l’ensemble de votre séjour, notre page pilier voyage au Népal.

Questions fréquentes

Quelles espèces d’ours vivent au Népal ?

Trois : l’ours lippu dans les forêts du Teraï et des Siwaliks, l’ours noir de l’Himalaya dans les forêts des moyennes montagnes, et l’ours brun, très rare, dans les hautes vallées du nord comme le Haut-Mustang et le Humla.

Peut-on voir un ours lippu à Chitwan ?

C’est possible mais rare : Chitwan est réputé abriter la plus forte densité d’ours lippus du Népal, rappelle une étude de 2022. Les meilleures chances sont tôt le matin, en safari ou lors d’une marche guidée dans la jungle.

Les ours sont-ils dangereux en trek au Népal ?

Le risque est faible pour les trekkeurs, mais la presse népalaise a signalé une hausse des attaques d’ours sur des villageois à la fin de 2025 dans plusieurs régions de montagne (Nubri, Humla, Rasuwa). Marchez en groupe, de jour, avec un guide, et faites du bruit en forêt dense.

Que faire si l’on rencontre un ours ?

Arrêtez-vous, restez calme et ne courez jamais. Si l’ours vous a vu, parlez d’une voix ferme et reculez lentement en lui laissant une issue ; au Népal, suivez avant tout les consignes de votre guide.

Quand le risque de rencontre est-il le plus élevé ?

À l’aube, au crépuscule et la nuit, en forêt dense ou près des champs, et en fin d’été et en automne, quand le maïs mûrit. Les personnes seules sont les plus souvent blessées.

Que faire après une blessure par un ours ?

Lavez la plaie, contrôlez le saignement et faites-vous soigner sans délai par un professionnel de santé, car ces blessures sont souvent graves. En montagne, une assurance couvrant l’évacuation en hélicoptère est indispensable.

Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.

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Sources consultées