Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Kirtipur est la ville newar la plus proche de Katmandou que la plupart des voyageurs ne voient jamais : une petite cité perchée sur une double colline, à quelques kilomètres du centre, avec des ruelles pentues, des temples anciens et une histoire dramatique. C’est ici que les habitants ont tenu tête pendant des années aux armées de Gorkha, avant de payer cette résistance au prix fort. Voici ce qu’il faut savoir sur son histoire, ses temples, la manière d’y aller et de la visiter. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.
Kirtipur est une municipalité de la vallée de Katmandou, située à environ 5 km au sud-ouest de la capitale. Le vieux bourg occupe le sommet d’une colline à deux bosses, dont le point culminant, où se dresse le temple d’Uma Maheshwar, est à 1 414 m. Autour, la ville moderne s’est beaucoup étendue : la municipalité comptait 81 578 habitants au recensement de 2021. Elle abrite aussi le campus principal de l’université Tribhuvan, la plus ancienne et la plus grande du pays.
Le nom de Kirtipur est généralement rattaché au sanskrit et traduit par « la cité de la gloire » ou « la cité des bonnes actions ». Les Newars, le peuple bâtisseur de la vallée, en sont les fondateurs et y restent très présents ; la ville est réputée pour sa culture et sa cuisine newar. Pour en savoir plus sur ce peuple, lisez notre page sur le peuple newar.
Au milieu du XVIIIe siècle, Prithvi Narayan Shah, roi de la petite principauté de Gorkha, entreprend de conquérir la vallée de Katmandou, alors partagée entre les royaumes newar de Katmandou, Patan et Bhaktapur. Kirtipur, qui dépend de Patan, occupe une position stratégique : de sa colline, on contrôle le sud-ouest de la vallée.
| Date | Événement |
|---|---|
| 1757 | Première attaque des Gorkhalis, repoussée ; le général Kalu Pande, l’un des proches du roi, y est tué |
| 1764 ou 1765 selon les sources | Deuxième attaque, de nouveau repoussée |
| 1767 | Après environ six mois de résistance, Kirtipur se rend à la troisième tentative |
| 1768-1769 | Prithvi Narayan Shah s’empare de Katmandou en 1768, puis de Patan ; Bhaktapur tombe en 1769 |
Les sources ne concordent pas toujours sur le détail des dates : la plupart, dont le magazine Nepal Traveller et le Nepali Times, retiennent 1767 pour la chute de la ville, mais la date de la deuxième attaque varie. Toutes s’accordent sur un long siège ; un manuscrit népalais de 1842, cité par le Kathmandu Post, évoque même un blocus de l’eau dès 1765.
La suite est restée dans les mémoires. Selon des témoins de l’époque, notamment le père Giuseppe, missionnaire capucin présent dans la vallée dont le récit fut publié en 1799, puis selon Kirkpatrick en 1811, le vainqueur fit couper le nez des habitants pour punir la ville de sa résistance ; Kirtipur aurait alors été surnommée Nakkatipur, « la ville des nez coupés », rapporte le Nepali Times. L’ampleur exacte varie selon les récits : tous les habitants de plus de 12 ou 13 ans pour certains, 865 personnes selon le chroniqueur Daniel Wright, cité par le Kathmandu Post. L’épisode reste sensible au Népal, où une partie de l’opinion le met en doute, même si des sources népalaises le corroborent. Ce passé explique la réputation de Kirtipur comme ville frondeuse : ses habitants ont d’ailleurs participé au mouvement populaire de 2006 qui a précédé la fin de la monarchie.
Pour replacer ces événements dans leur contexte, lisez nos pages sur Prithvi Narayan Shah et l’unification du Népal et sur l’histoire du Népal.
C’est le grand sanctuaire de la ville. Bhairab, forme redoutable de Shiva, y est vénéré sous l’aspect d’un tigre. Le temple actuel, à trois toits (deux en tuiles, le dernier en cuivre doré), date probablement du XVIe siècle. Regardez la façade : on y expose des épées que la tradition rattache à la bataille de Kirtipur, et des peintures murales anciennes, aujourd’hui délavées, illustrent le Ramayana et le Mahabharata. La grande fête du temple, la Bagh Bhairab Jatra, a lieu le premier jour du mois népalais de Bhadra (mi-août) : les fidèles tournent alors autour du sanctuaire, et la tradition veut que 108 tours apportent succès et santé. C’est un bon moment pour voir le temple vivant, à condition de rester discret.
Au point le plus haut de la ville, ce temple de style pagode, dédié à Shiva et Parvati, date du XVIIe siècle. Son escalier est gardé par des éléphants de pierre. Endommagé par des séismes au cours de son histoire, il a été restauré à plusieurs reprises. Depuis son parvis, la vue embrasse la vallée de Katmandou et, par temps clair, une partie de la chaîne himalayenne.
Sur la colline sud, le stupa de Chilancho est un lieu de calme, fréquenté par les habitants plus que par les touristes. Le Nepali Times rapporte que la tradition attribue un stupa de Kirtipur à l’empereur indien Ashoka (IIIe siècle av. J.-C.), mais l’ensemble actuel de Chilancho date de l’époque médiévale. Comme pour tout stupa, faites-en le tour dans le sens des aiguilles d’une montre.
Entre ces trois sites, prenez le temps de flâner : maisons de brique à fenêtres de bois sculpté, petites places, puits et terrasses où sèchent le grain et les piments. La tradition locale reste très vivante, et la cuisine newar y est réputée : bara (galette de lentilles), choila (viande grillée et épicée) et soupe aloo tama (pomme de terre et pousses de bambou). Découvrez ces plats sur notre page sur la cuisine newar.
Kirtipur est l’une des escapades les plus faciles depuis Katmandou. La ville est à environ 5 km au sud-ouest du centre, juste au-delà du périphérique (Ring Road) ; en pratique, le temps de trajet dépend surtout de la circulation dans Katmandou, et mieux vaut éviter les heures de pointe.
Le vieux bourg se visite à pied : les rues sont étroites et en pente, prévoyez de bonnes chaussures. Une boucle classique part de la porte de la ville, passe par le stupa de Chilancho, monte vers Uma Maheshwar et se termine au temple de Bagh Bhairab.
Une demi-journée suffit pour voir l’essentiel ; ajoutez un repas newar pour en faire une belle journée tranquille. Kirtipur se visite toute l’année, mais les mois d’octobre à décembre offrent le ciel le plus dégagé et la meilleure vue depuis le sommet de la colline. Pendant la mousson, qui s’installe normalement vers le 13 juin et se retire vers le 2 octobre selon le service météorologique népalais, la ville reste visitable entre deux averses, mais la vue est souvent bouchée. Pour choisir votre période, consultez notre page sur les températures à Katmandou.
Kirtipur se combine facilement avec d’autres sites du sud de la vallée : la gorge de Chobhar, toute proche, ou les villages newar de Bungamati et Khokana, plus au sud, au-dessus de la rivière Bagmati.
Kirtipur est une ville universitaire et résidentielle, calme pour les visiteurs. Au 14 octobre 2026, le Canada recommande une grande prudence dans l’ensemble du Népal et la France une vigilance renforcée ; il est interdit aux étrangers de participer à des manifestations : tenez-vous à l’écart de tout rassemblement, y compris autour du campus universitaire. Notre page sécurité au Népal en 2026 fait le point.
Pour l’ensemble des règles, consultez notre page sur les usages et l’étiquette au Népal.
Kirtipur est idéale pour une demi-journée « hors des sentiers battus » entre deux grands sites classés, comme Patan ou le Durbar Square de Katmandou. Elle permet de voir une cité newar vivante, sans la foule des grands sites classés. Pour bâtir votre programme dans la capitale, consultez notre itinéraire Katmandou en 3 jours, et pour l’ensemble du pays, notre page pilier voyage au Népal.
Kirtipur se trouve dans la vallée de Katmandou, à environ 5 km au sud-ouest de la capitale, sur une colline dont le point le plus haut atteint 1 414 m au temple d’Uma Maheshwar.
Pour sa résistance à Prithvi Narayan Shah, qui ne la prit qu’à sa troisième tentative, en 1767, après un long siège. Des récits du XVIIIe siècle rapportent que des habitants eurent ensuite le nez coupé, un épisode dont l’ampleur reste débattue.
Le temple de Bagh Bhairab, grand sanctuaire de la ville, le temple d’Uma Maheshwar au sommet de la colline, le stupa de Chilancho et les ruelles du vieux bourg newar.
Non, mais son établissement médiéval figure depuis 2008 sur la liste indicative du Népal, c’est-à-dire parmi les candidats potentiels au patrimoine mondial.
Une demi-journée suffit pour l’essentiel. Ajoutez un repas newar ou une promenade vers la gorge de Chobhar pour en faire une journée complète.
En bus local, microbus ou taxi : la ville n’est qu’à environ 5 km au sud-ouest du centre, et le trajet dépend surtout de la circulation.
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