Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Une crue de lac glaciaire au Népal, ou GLOF (de l’anglais glacial lake outburst flood), est l’un des dangers les plus spectaculaires de l’Himalaya. Avec le recul des glaciers, des lacs se forment derrière des moraines fragiles ou sous des pentes de glace instables. Qu’un pan de roche ou de glace s’y effondre, ou que la digue naturelle cède, et des centaines de milliers de mètres cubes d’eau dévalent la vallée. Le risque reste rare pour un voyageur, mais les événements de 2024, 2025 et surtout d’août 2026 ont montré qu’il touche aussi des vallées touristiques. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.
La plupart des lacs glaciaires népalais sont retenus par des moraines, ces amas de débris laissés par le glacier. Ces barrages naturels peuvent céder pour plusieurs raisons : une avalanche de glace ou un éboulement qui tombe dans le lac et crée une vague, la fonte de glace enfouie dans la moraine, un séisme ou des pluies exceptionnelles. La vague emporte alors tout sur son passage et se charge de boue et de blocs, au point de devenir une lave torrentielle capable de parcourir des dizaines de kilomètres. Le danger vient de sa soudaineté : en aval, les habitants n’ont parfois que quelques minutes pour réagir.
Le phénomène n’est pas nouveau. Selon l’ICIMOD et le PNUD, le Népal a connu 26 GLOF de 1977 à 2020, dont 14 nés sur son territoire ; les autres sont venus de l’extérieur du pays, par les rivières qui traversent l’Himalaya. Et depuis 2020, la liste s’est allongée, comme le montrent les crues de Thame en 2024 et de Rasuwagadhi en 2025, décrites plus bas.
En 2020, le Centre international pour le développement intégré des montagnes (ICIMOD) et le PNUD ont publié un inventaire des lacs glaciaires des bassins de la Koshi, de la Gandaki et de la Karnali. Ils ont identifié 47 lacs potentiellement dangereux : 25 au Tibet, 21 au Népal et 1 en Inde. Le bassin de la Koshi, qui comprend la région de l’Everest, concentre à lui seul 42 de ces lacs, contre 3 pour la Gandaki et 2 pour la Karnali.
| Lac ou vallée | Région | Altitude | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|---|
| Imja Tsho | Khumbu, près du Island Peak | 5 010 m | Niveau abaissé de 3,4 m en 2016 par un canal de vidange creusé avec l’armée népalaise |
| Tsho Rolpa | Rolwaling (Dolakha) | 4 560 m selon l’ICIMOD | Abaissé de 3 m en 2000 ; en 2019, l’ICIMOD jugeait que la menace persistait, avec quelque 6 000 foyers exposés en aval |
| Lacs du Thame | Région de l’Everest | 4 900 m | Vidange en chaîne de deux lacs le 16 août 2024 |
| Lhende Khola | Frontière Népal–Tibet, Rasuwa | Haute montagne | Crues destructrices le 8 juillet 2025 et le 26 août 2026 |
Le 16 août 2024, un torrent de boue et d’eau glacée a dévasté le village de Thame, dans la région de l’Everest, à l’ouest de Namche Bazaar. L’étude publiée en 2025 par l’ICIMOD a reconstitué l’enchaînement : un éboulement rocheux est tombé dans un lac glaciaire situé à 4 900 mètres, créant une vague qui a rompu sa rive et libéré 156 000 m³ d’eau. Ce flot, après une chute de 120 mètres, a percuté un second lac, dont la moraine a cédé à son tour, libérant 303 000 m³ supplémentaires. Les débris, y compris de gros blocs, ont été transportés sur quelque 80 km en aval. Bilan : 25 maisons détruites et 135 personnes déplacées, sans victime. Selon l’ICIMOD, personne n’est mort notamment parce que la crue s’est produite en plein jour et par vagues successives. L’ICIMOD qualifie la région de l’Everest de point chaud des risques liés à la cryosphère, rappelle qu’elle a connu cinq GLOF importants en moins de cinquante ans et souligne que même de petits lacs peuvent être dangereux.
Le 8 juillet 2025, une crue soudaine de la Lhende Khola, à la frontière chinoise, a emporté le pont de Rasuwagadhi, l’un des principaux points de passage commerciaux entre le Népal et la Chine. Au moins 18 personnes, dont six ressortissants chinois, ont été portées disparues. Aucune pluie n’était tombée sur le bassin dans les 24 heures précédentes, et le Département d’hydrologie et de météorologie a attribué cette crue à la vidange d’un lac glaciaire. Le passage n’a rouvert, d’abord aux seuls habitants de Rasuwa, que fin décembre 2025, grâce à un pont Bailey provisoire.
Le 26 août 2026, une catastrophe d’une tout autre ampleur a suivi. Selon l’Autorité nationale de réduction et de gestion des risques de catastrophe (NDRRMA), une avalanche de glace et de roches partie du versant nord du Langtang Lirung a provoqué une crue de la Lhende Khola, qui s’est propagée dans la Bhote Koshi puis la Trishuli, à travers huit districts jusqu’au Teraï. Au 10 octobre 2026, la police népalaise comptait 1 457 morts et 4 720 disparus ; début septembre, les disparus comprenaient 589 touristes étrangers selon la NDRRMA. Le mécanisme exact, entre effondrement glaciaire, barrage temporaire et rupture, fait encore l’objet d’études. Le poste-frontière de Rasuwagadhi était toujours fermé fin septembre 2026, et au 14 octobre 2026 le Canada déconseille tout voyage non essentiel dans les districts de Rasuwa et Nuwakot.
Le risque concerne surtout les vallées qui descendent de grands glaciers, et en particulier le bassin de la Koshi. Pour le voyageur, cela touche notamment :
Les crues d’origine glaciaire récentes se sont produites en plein été : 16 août 2024, 8 juillet 2025, 26 août 2026. C’est la période où la fonte glaciaire est maximale et où la mousson gorge les lacs et fragilise les pentes. La mousson arrive en moyenne vers le 13 juin et se retire vers le 2 octobre. Les grandes saisons de trek, l’automne et le printemps, sont donc moins exposées, sans que le risque y soit nul, car un éboulement ou un séisme peut déclencher une vidange à tout moment.
Les barrages naturels formés par des glissements de terrain présentent un danger voisin, y compris en automne. Le 11 octobre 2026, un glissement a barré la Budhi Gandaki, dans le district de Gorkha ; selon Reuters, la crue qui a suivi, probablement due à la rupture de ce barrage temporaire, a emporté sentiers et ponts sur le circuit du Manaslu et bloqué plus de 100 trekkeurs étrangers.
Les glaciers de l’Himalaya reculent et les lacs glaciaires s’agrandissent, ce qui explique l’attention croissante des chercheurs. Le Népal a déjà mené des travaux d’abaissement sur l’Imja Tsho et le Tsho Rolpa, et l’ICIMOD recommande une surveillance étroite des lacs identifiés. Pour le voyageur, l’enjeu n’est pas de renoncer à l’Himalaya, mais de choisir sa saison, ses étapes et ses informations avec soin. Pour compléter, lisez nos pages sur la mousson, les glissements de terrain et les inondations, sur les avalanches au Népal et notre guide complet du voyage au Népal. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.
Un GLOF (glacial lake outburst flood) est la vidange brutale d’un lac glaciaire, souvent retenu par une moraine fragile. La vague d’eau, de boue et de blocs peut parcourir des dizaines de kilomètres en aval.
L’inventaire ICIMOD-PNUD de 2020 recense 47 lacs potentiellement dangereux dans les bassins de la Koshi, de la Gandaki et de la Karnali : 21 au Népal, 25 au Tibet et 1 en Inde. 42 se trouvent dans le bassin de la Koshi.
Le 16 août 2024, un éboulement est tombé dans un lac glaciaire à 4 900 m, provoquant la vidange en chaîne de deux lacs. La crue a détruit 25 maisons et déplacé 135 personnes, sans victime signalée.
Selon la NDRRMA, elle a été déclenchée par une avalanche de glace et de roches du Langtang Lirung dans la Lhende Khola ; le mécanisme exact est encore étudié. Au 10 octobre 2026, la police népalaise comptait 1 457 morts et 4 720 disparus.
Le risque est faible mais réel dans les vallées glaciaires, surtout en été. Évitez de dormir au bord des rivières, repérez les hauteurs et suivez les alertes et les avis officiels.
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