Littérature népalaise : les grands auteurs et ce que vous pouvez lire en français

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • Trois noms à connaître : Bhanubhakta Acharya, né en 1814, traducteur du Ramayana en népali ; Laxmi Prasad Devkota (1909-1959), le « Mahakavi » ; Parijat (1937-1993), romancière.
  • En français, deux traductions directes du népali repérées dans le catalogue de la BnF : La Fleur bleue du jacaranda de Parijat (Stock, 1998) et Le Chanteur ambulant de Devkota (Caractères, 2021).
  • En anglais, l’offre est plus large : Blue Mimosa (Parijat, 1972), Palpasa Café (Narayan Wagle, 2008), Mountains Painted with Turmeric (Lil Bahadur Chettri, 2008).
  • Sur place : la statue de Bhanubhakta à Rani Pokhari, la bibliothèque Madan Puraskar de Patan (plus de 22 000 documents) et le festival de littérature de Pokhara.
  • Dates : Bhanu Jayanti le 29 Asar (13 juillet en 2026) ; anniversaire de Devkota le jour de Laxmi Puja, le 8 novembre 2026.
Statue du poète Bhanubhakta Acharya à Chundi Ramgha (Tanahun), son village natal
Statue du poète Bhanubhakta Acharya à Chundi Ramgha (Tanahun), son village natal. Photo : Nabin K. Sapkota, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

La littérature népalaise reste presque inconnue des lecteurs francophones, alors qu’elle éclaire mieux que n’importe quel guide ce que vous verrez au Népal : l’exil des hommes partis gagner leur vie loin des collines, la guerre civile, la vie des femmes, la place des dieux dans le quotidien. Cette page présente les auteurs que tout Népalais connaît, les livres que vous pouvez réellement lire en français ou en anglais, avec leurs références vérifiées, et les lieux où la littérature se vit pendant un voyage. Informations vérifiées le 4 novembre 2026.

Une littérature jeune dans une langue partagée

La littérature dont il est question ici est surtout celle écrite en népali, la langue officielle du pays, écrite en devanagari. Elle n’est pas la seule : le Népal compte de nombreuses langues, et le newari, la langue des Newars de la vallée de Katmandou, possède une tradition écrite ancienne, présente dans les documents officiels dès l’époque des rois Malla. Pour situer ces langues, voyez notre page sur les langues du Népal, et pour la langue elle-même, notre page sur le népali.

La littérature en népali a aussi une particularité : elle se lit bien au-delà des frontières du pays, à Darjeeling, au Sikkim ou en Assam, où vivent d’importantes communautés de langue népalie. Plusieurs de ses grands auteurs y sont nés ou y ont vécu.

Les grands auteurs à connaître

AuteurDatesŒuvre phareLisible en
Bhanubhakta AcharyaNé en 1814 (29 Asar 1871 du calendrier népalais)Le Ramayana en népaliNépali
Laxmi Prasad Devkota1909-1959Muna Madan, poème narratifFrançais (anthologie bilingue), népali
Parijat1937-1993Shirish ko Phool, romanFrançais, anglais, népali
Lil Bahadur Chettri1933-2025Basain, romanAnglais, népali
Narayan WagleJournalistePalpasa Café (prix Madan Puraskar 2005)Anglais, népali

Bhanubhakta Acharya, le « premier poète »

Né le 29 Asar 1871 du calendrier népalais, en juillet 1814, à Chundi Ramgha, dans le district de Tanahun, Bhanubhakta Acharya est honoré du titre d’« Adikavi », le premier poète. Il a traduit le Ramayana du sanskrit dans un népali simple, pour que le peuple puisse le lire, rappelle Ratopati. Son anniversaire, la Bhanu Jayanti, est célébré chaque 29 Asar, au Népal comme à Darjeeling et au Sikkim : le 13 juillet 2026, des fleurs ont été déposées au pied de sa statue en pied de Rani Pokhari, à Katmandou, et écoles et associations littéraires ont organisé lectures et conférences. La date de 2027 relève de l’année népalaise 2084, dont le calendrier officiel n’est pas encore publié.

Laxmi Prasad Devkota, le « Mahakavi »

Né à Dillibazar, à Katmandou, en Kartik 1966 du calendrier népalais (1909), et mort en 1959, Laxmi Prasad Devkota est appelé le « Mahakavi », le grand poète. Il a laissé une demi-douzaine d’épopées, des dizaines de longs poèmes narratifs, des pièces, des essais et des nouvelles, selon Republica ; on raconte qu’il aurait écrit l’épopée Sulochana en dix jours. Son œuvre la plus populaire, Muna Madan, suit Madan, un jeune marié qui part faire fortune à Lhassa, au Tibet, malgré les supplications de sa femme : un récit qui fait écho au commerce himalayen que nous racontons sur notre page sur la route du sel.

Son anniversaire tombe le jour de Laxmi Puja, pendant Tihar, comme le rappelait le Kathmandu Post en 2014 : le 8 novembre 2026 selon Hamro Patro. Voyez notre page sur Tihar, la fête des lumières.

Parijat, la grande romancière

Parijat (1937-1993) est l’autrice du roman le plus traduit de la littérature népalaise, Shirish ko Phool, couronné par le prix Madan Puraskar en 1965. Sa traduction anglaise, Blue Mimosa, paraît en 1972 et a été réimprimée depuis, selon Republica. C’est aussi le seul roman népali que nous ayons trouvé traduit directement en français (voir plus bas).

Les voix d’aujourd’hui

Basain, de Lil Bahadur Chettri (1933-2025), écrivain népali de l’Assam, parle de l’endettement, de la pauvreté et des discriminations qui ont poussé tant de familles des collines de l’est du Népal à émigrer, selon le Nepali Times ; Michael Hutt, professeur à la SOAS de Londres, l’a traduit en anglais sous le titre Mountains Painted with Turmeric (Columbia University Press, 2008). Palpasa Café, premier roman du journaliste Narayan Wagle, lauréat du Madan Puraskar en 2005, se déroule pendant la guerre civile ; sa traduction anglaise, par Bikash Sangraula, est parue en 2008 chez l’éditeur népalais Nepa~laya, selon The Himalayan Times.

Que lire en français ?

L’offre est mince, mais elle existe. Voici ce que nous avons trouvé dans le catalogue de la Bibliothèque nationale de France, le 4 novembre 2026 :

LivreAuteurÉditeur et annéeTraduction
La Fleur bleue du jacarandaParijatStock, 1998Du népali, par Corinne Atlan
Le Chanteur ambulant, une anthologie poétiqueLaxmi Prasad DevkotaÉditions Caractères, 2021, édition bilingueDu népali, par Rémi Bordes
Dieu en prison à KatmandouSamrat UpadhyayMercure de France, 2003De l’anglais, par Anne-Cécile Padoux
Le Maître de l’amourSamrat UpadhyayMercure de France, 2005De l’anglais, par Jean-Pierre Aoustin

La Fleur bleue du jacaranda est le titre français de Shirish ko Phool. Le Chanteur ambulant, présenté et annoté par Rémi Bordes, offre le texte népali et sa traduction en regard : un bon moyen de voir à quoi ressemble la poésie népalie, même sans lire le devanagari. Samrat Upadhyay, né à Katmandou, écrit, lui, en anglais. Notre page sur les livres sur le Népal présente d’autres romans et récits en français, d’auteurs népalais écrivant en anglais comme d’écrivains étrangers.

Ces titres ne sont pas tous vendus neufs : cherchez-les en bibliothèque ou d’occasion, et ne comptez pas les trouver au Népal.

Et en anglais ?

Si vous lisez l’anglais, les portes s’ouvrent. Le meilleur point de départ reste Himalayan Voices, de Michael Hutt (University of California Press, 1991) : une introduction à la littérature népalaise moderne avec plus de quatre-vingts poèmes de onze grands poètes, écrits entre 1916 et 1986, et vingt nouvelles traduites pour la première fois. Ajoutez Blue Mimosa, Palpasa Café et Mountains Painted with Turmeric, et vous aurez un beau panorama du XXe siècle népalais. Les librairies de Thamel, qui visent surtout les voyageurs, proposent en général des auteurs népalais traduits en anglais.

La littérature sur place : lieux et rendez-vous

  • La statue de Bhanubhakta à Rani Pokhari, au centre de Katmandou, où l’on dépose des fleurs chaque Bhanu Jayanti.
  • La bibliothèque Madan Puraskar (Madan Puraskar Pustakalaya), à Patan Dhoka, à Lalitpur : une bibliothèque et archive de plus de 22 000 documents, surtout de littérature népalie, fréquentée par les chercheurs, les journalistes et les étudiants, selon The Annapurna Express (janvier 2023). Elle décerne le prix Madan Puraskar, la grande récompense littéraire du pays. Les conditions d’accès des visiteurs ne sont pas publiées : renseignez-vous avant de venir. Elle se combine avec une visite de Patan.
  • La bibliothèque Kaiser, à Thamel, dont les collections remontent, selon le même article, jusqu’à des ouvrages vieux de 1 100 ans.
  • Le festival de littérature du Népal (Nepal Literature Festival), organisé à Lakeside, à Pokhara, par la Bookworm Foundation : la douzième édition s’est tenue du 27 février au 2 mars 2025, avec plus de cinquante débats et rencontres, selon le Kathmandu Post. Nous n’avons trouvé aucune date annoncée pour la prochaine édition au 4 novembre 2026.
  • Les librairies de Thamel : le meilleur endroit pour trouver des traductions anglaises d’auteurs népalais ; notre page Thamel présente le quartier.

Lire avant de partir : quel livre pour quel voyage ?

Votre voyageLecture conseilléePourquoi
Katmandou et la valléeDieu en prison à KatmandouLa vie quotidienne de la capitale
Treks dans les collinesMountains Painted with TurmericL’endettement et l’émigration des familles des collines
Comprendre la guerre civilePalpasa CaféUn roman de la décennie de conflit
Découvrir la poésieLe Chanteur ambulantDevkota en édition bilingue
Un grand roman népalaisLa Fleur bleue du jacarandaLe classique de Parijat

Le cinéma prend parfois le relais : Muna Madan a été adapté au cinéma en 2003. Voyez notre page sur les films et documentaires sur le Népal.

Ce que la littérature change pour votre voyage

  • Elle donne des sujets de conversation : citer Devkota ou Bhanubhakta à un Népalais, c’est presque toujours déclencher un sourire et une récitation.
  • Elle explique ce que vous verrez : villages vidés par l’émigration de travail, souvenirs de la guerre, poids des castes et des familles.
  • Elle se vit lors des fêtes : Bhanu Jayanti en juillet, Tihar en novembre, quand on rend hommage à Devkota.
  • Elle s’emporte légère : en trek, une liseuse vaut mieux qu’une pile de livres, mais prévoyez sa recharge.

Pour préparer le reste de votre séjour, partez de notre page pilier voyage au Népal.

Questions fréquentes

Qui sont les grands auteurs de la littérature népalaise ?

Bhanubhakta Acharya (né en 1814), qui a traduit le Ramayana en népali, Laxmi Prasad Devkota (1909-1959), appelé le « Mahakavi », et la romancière Parijat (1937-1993). Parmi les contemporains, Narayan Wagle a reçu le prix Madan Puraskar en 2005 pour Palpasa Café.

Existe-t-il des romans népalais traduits en français ?

Oui, mais très peu. Le catalogue de la BnF recense La Fleur bleue du jacaranda de Parijat, traduit du népali par Corinne Atlan (Stock, 1998), et une anthologie bilingue de poèmes de Devkota, Le Chanteur ambulant (Caractères, 2021).

Quel livre lire pour découvrir la littérature népalaise en anglais ?

Himalayan Voices de Michael Hutt (University of California Press, 1991), qui réunit plus de quatre-vingts poèmes et vingt nouvelles, puis Blue Mimosa de Parijat et Palpasa Café de Narayan Wagle.

Quand a lieu la Bhanu Jayanti ?

Chaque 29 Asar du calendrier népalais, en général vers le 13 juillet ; en 2026, elle a été célébrée le 13 juillet. La date de 2027 dépend du calendrier 2084, pas encore publié.

Où voir des lieux liés à la littérature au Népal ?

À Katmandou, la statue de Bhanubhakta à Rani Pokhari et la bibliothèque Kaiser à Thamel ; à Patan, la bibliothèque Madan Puraskar, à Patan Dhoka ; à Pokhara, le festival de littérature organisé à Lakeside.

Qu’est-ce que le prix Madan Puraskar ?

C’est la principale récompense littéraire en népali, décernée par la bibliothèque Madan Puraskar de Patan. Parijat l’a reçue en 1965 pour Shirish ko Phool, et Narayan Wagle en 2005 pour Palpasa Café.

Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.

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Sources consultées