Orphelinats du Népal : ce que tout voyageur devrait savoir avant d’aider

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • La plupart des enfants des « orphelinats » népalais ne sont pas orphelins : jusqu’à 85 % ont au moins un parent vivant selon l’UNICEF, et le gouvernement estime qu’un tiers environ seulement sont orphelins.
  • Pour l’exercice 2021-2022, le National Child Rights Council recensait 417 foyers enregistrés dans 43 districts, accueillant 10 905 enfants, surtout dans la province de Bagmati.
  • La loi de 2018 sur les enfants fait du foyer le dernier recours, après la famille élargie et l’accueil familial ; un enfant n’y est placé que sur recommandation officielle.
  • Le visa touristique interdit tout travail, rémunéré ou non : le bénévolat en orphelinat n’est pas une option légale pour un voyageur.
  • Pour aider : soutenez des organismes qui maintiennent les enfants dans leur famille ; en cas de soupçon de maltraitance, appelez le 1098, la ligne nationale d’aide à l’enfance.

Une annonce de « bénévolat dans un orphelinat » à Katmandou ou à Pokhara, un chauffeur ou un guide qui propose d’aller « voir les enfants » : au Népal, les orphelinats font partie du paysage touristique. La réalité est pourtant à l’opposé de ce que l’on imagine. La majorité des enfants qui y vivent ont au moins un parent, et le système a été en partie alimenté par l’argent et la bonne volonté des visiteurs étrangers. Cette page fait le point, sources à l’appui, sur ce que sont vraiment les orphelinats du Népal, sur ce que dit la loi népalaise, sur les raisons pour lesquelles le « volontourisme » en orphelinat fait plus de mal que de bien et sur les moyens d’aider autrement. Informations vérifiées le 16 octobre 2026.

Des « orphelins » qui ont souvent des parents

Le premier malentendu tient au mot lui-même. Selon l’UNICEF, jusqu’à 85 % des enfants des orphelinats du Népal ont au moins un parent vivant ; avant le séisme de 2015, environ 16 000 enfants y vivaient. Les autres estimations vont dans le même sens, même si leurs chiffres varient selon les années et les définitions :

SourceAnnéeCe qu’elle établit
Étude de Terre des hommes et de l’UNICEF, citée par le Better Care Network200885 % des enfants des « orphelinats » ont des parents
Central Child Welfare Board (statistiques officielles 2010-2011)2012759 foyers enregistrés, 15 095 enfants, dont 58 % ont au moins un parent vivant
Next Generation Nepal2014Environ 15 000 enfants en foyer enregistré ; deux sur trois ont au moins un parent vivant
ONU Info, d’après l’UNICEF2015Environ 15 000 enfants en foyer avant le séisme, dont plus de 85 % avec au moins un parent vivant
Gouvernement du Népal, rapport au Comité des droits de l’enfantRemis en 2022, publié en 2025Environ un tiers des enfants en foyer sont orphelins et un quart sont abandonnés (estimation)

Concrètement, beaucoup de ces enfants ont été confiés à un foyer par des familles pauvres, souvent de régions reculées, à qui l’on promettait une bonne éducation. Une étude citée par le Better Care Network en 2014 relevait que l’éducation était, de loin, la première raison invoquée par les parents qui avaient placé leur enfant dans un foyer de la vallée de Katmandou. Le même document reconnaissait qu’une minorité de foyers s’efforcent d’offrir les meilleurs soins possibles, au-delà des normes minimales. Mais, pour l’UNICEF, la meilleure façon d’aider reste de reconstruire les communautés rurales et de garder les familles unies.

Combien de foyers et où ?

Les chiffres officiels ont baissé en dix ans, mais ils ne couvrent que les foyers enregistrés :

  • en 2014, le Kathmandu Post comptait 325 foyers dans la seule vallée de Katmandou, avec 8 442 enfants, dont environ 80 % avaient au moins un parent en vie ;
  • pour l’exercice 2020-2021, le National Child Rights Council (NCRC) recensait 489 foyers en activité et 11 350 enfants, selon le rapport du Népal au Comité des droits de l’enfant des Nations unies ;
  • pour l’exercice 2021-2022, le NCRC dénombrait 417 foyers enregistrés dans 43 districts, accueillant 10 905 enfants, la plupart dans la province de Bagmati, rapporte The Annapurna Express, qui rappelle que de nombreux foyers fonctionnent sans enregistrement.

Leur géographie est révélatrice : la plupart se trouvent dans la vallée de Katmandou, selon The Himalayan Times (2022). En 2014, le Central Child Welfare Board, cité par le Kathmandu Post, situait jusqu’à 82 % des foyers enregistrés dans cinq districts touristiques : Katmandou, Bhaktapur, Lalitpur, Chitwan et Kaski, celui de Pokhara ; La Libre Belgique avançait en 2016 le chiffre de près de 90 %. Next Generation Nepal faisait le même constat en 2014 : la plupart des orphelinats sont implantés dans les zones touristiques, là où passent les visiteurs et leurs dons.

Comment des enfants se retrouvent en foyer : pauvreté, promesses et trafic

Le phénomène a pris de l’ampleur pendant la guerre civile (1996-2006). Selon Next Generation Nepal, des trafiquants se faisaient passer pour des représentants d’internats et convainquaient les parents de leur confier leurs enfants, en promettant sécurité et instruction ; La Libre Belgique rapportait en 2016 que des familles rurales payaient encore pour cela des intermédiaires, de 200 à 500 USD. La pratique a survécu au conflit. En 2022, The Annapurna Express décrivait encore des enfants recrutés dans les zones rurales, en particulier dans la province de Karnali, par des agents payés par les familles, certains touchant aussi une commission pour chaque enfant amené.

Une fois en foyer, l’enfant peut devenir une source de revenus. Next Generation Nepal a recueilli des témoignages de directeurs qui demandaient des enfants à l’air particulièrement « pauvre » ou maintenaient les enfants dans des conditions insalubres pour émouvoir donateurs et bénévoles. En 2014, un responsable de la protection de l’enfance décrivait au Kathmandu Post des foyers gérés « comme des zoos » pour attirer les étrangers et leur argent. Dans un éditorial de 2023, le Kathmandu Post estimait qu’environ 90 % des orphelinats du pays étaient financés uniquement depuis l’étranger.

Le séisme de 2015 et la crainte d’une vague de faux orphelins

Après le séisme du 25 avril 2015, l’UNICEF a redouté une hausse du trafic d’enfants. Le gouvernement a suspendu l’adoption internationale aussitôt après la catastrophe, et l’UNICEF a identifié 40 organismes qui recrutaient des bénévoles pour des orphelinats en leur demandant d’arrêter ; huit avaient déjà suspendu leurs programmes, selon ONU Info. Gouvernement et organisations internationales s’accordaient pourtant à dire que le séisme avait fait moins de 200 orphelins, rapporte La Libre Belgique : les autorités ont suspendu l’ouverture de nouveaux orphelinats et les transferts d’enfants, et le Central Child Welfare Board a renvoyé dans leur famille 45 « faux orphelins » du district de Dhading. Pour le contexte, voyez notre page sur le séisme de 2015 au Népal.

Ce que dit la loi népalaise

Le Népal a nettement renforcé son cadre, selon son rapport au Comité des droits de l’enfant des Nations unies (remis en 2022, publié en 2025) et la presse népalaise :

  • Le foyer en dernier recours : l’article 49 de la loi de 2018 sur les enfants fixe un ordre de priorité pour un enfant privé de parents : d’abord un proche du côté du père ou de la mère, puis une famille ou une personne volontaire, puis un organisme d’accueil de type familial, et seulement en dernier lieu un foyer.
  • Un placement encadré : un enfant ne peut être accueilli en foyer que sur recommandation d’un responsable de la protection de l’enfance, d’un tribunal, de la police ou du NCRC, et la loi interdit d’enregistrer de force un enfant comme orphelin ou de le garder en foyer hors du cadre légal.
  • La pauvreté ne suffit pas : la Cour suprême a jugé qu’un enfant ne doit pas être placé en institution au seul motif de la pauvreté de ses parents.
  • Des normes et des contrôles : le règlement de 2022 sur les enfants fixe des critères minimaux pour les foyers et impose de réintégrer l’enfant dans sa famille dès que ses parents ou tuteurs sont retrouvés, selon The Himalayan Times. En 2020-2021, le NCRC a contrôlé 163 foyers sur place et retiré 73 enfants de huit foyers hors normes, tandis que 27 foyers fermaient d’eux-mêmes, permettant à plus de 400 enfants de rentrer dans leur famille.

Le gouvernement indique avoir engagé la « désinstitutionnalisation », c’est-à-dire le passage progressif des foyers à la prise en charge familiale. Ces règles s’appliquent aussi après les catastrophes : à la suite de la crue de la Bhote Koshi du 26 août 2026, le NCRC a rappelé, dans un avis du 30 août, qu’aucun enfant touché ne peut être placé en foyer ni déplacé sans décision du comité local des droits de l’enfant, recommandation du responsable de la protection de l’enfance et accord du conseil, la priorité allant à la famille élargie. Le cadre institutionnel pourrait toutefois évoluer : le budget 2026-2027 annonce la dissolution du NCRC, un projet que contestaient en juin 2026 des associations de défense des droits de l’enfant et des parlementaires, rapporte le Kathmandu Post. Pour le voyageur, retenez ceci : la loi népalaise considère que la place d’un enfant est d’abord dans sa famille.

Le bénévolat en orphelinat : illégal avec un visa touristique, et nuisible

Le visa touristique interdit de travailler au Népal, avec ou sans rémunération, rappelle l’ambassade du Népal en Chine. Le Social Welfare Council, l’organisme public qui encadre les ONG, le disait déjà en 2014 au Nepali Times : les bénévoles venus avec un visa touristique sont dans l’illégalité. La pratique était pourtant massive : plus de 30 000 étrangers faisaient alors chaque année du bénévolat dans des foyers pour enfants, selon le même organisme cité par le Kathmandu Post.

Au-delà de la loi, l’UNICEF explique pourquoi ce bénévolat nuit aux enfants : des volontaires de passage, sans compétence ni formation, peuvent entretenir chez des enfants déjà vulnérables un sentiment d’abandon répété ; les vérifications d’antécédents sont souvent absentes, ce qui accroît le risque d’exploitation sexuelle ; et grandir en institution expose aux violences physiques, psychologiques et sexuelles ainsi qu’à des troubles de l’attachement. L’UNICEF demande aux personnes qui ne sont pas des professionnels qualifiés de reconsidérer tout projet de bénévolat auprès d’enfants.

Le groupe de travail sur la prise en charge alternative, mené par le gouvernement népalais, ne conseillait aux étrangers de faire du bénévolat dans un foyer ou de le financer qu’à trois conditions, selon le Better Care Network (2014) : avoir les compétences professionnelles requises, que le foyer respecte les normes gouvernementales, et qu’il soit prouvé que les enfants sont réellement orphelins ou en cours de retour dans leur famille. Si vous êtes un professionnel de la santé, du travail social ou de l’éducation et souhaitez vous engager, passez par un organisme qui obtient le visa adapté : voyez nos pages travailler au Népal, stages et études au Népal et volontourisme au Népal.

Les signaux d’alerte

Un orphelinat qui accueille les visiteurs à bras ouverts devrait vous mettre la puce à l’oreille. Méfiez-vous en particulier si :

  • un chauffeur, un guide, un hôtel ou une agence vous propose une visite ;
  • on vous laisse entrer, jouer avec les enfants ou les photographier sans aucune vérification de votre identité ;
  • on vous demande un don en espèces à la fin de la visite, ou des frais imprévus à votre arrivée comme bénévole ;
  • un programme de « volontariat » de quelques jours ou de quelques semaines vous est vendu sans visa adapté ni examen de vos antécédents ;
  • les enfants semblent maintenus dans la précarité alors que les dons affluent.

Comment aider vraiment

  • Soutenez ceux qui gardent les familles unies : l’UNICEF recommande de donner à des organismes de secours et de développement reconnus, qui reconstruisent les communautés rurales et aident les familles à garder leurs enfants. Avant de donner, demandez à l’organisme ce qu’il fait pour la réintégration familiale et s’il est enregistré auprès des autorités népalaises.
  • Dépensez local : séjours chez l’habitant, guides licenciés, artisans ; l’argent qui reste dans les villages aide les familles à vivre de leur travail. Voyez nos pages tourisme responsable au Népal et séjour chez l’habitant.
  • Ne donnez ni argent ni bonbons aux enfants qui en demandent dans la rue ou sur les sentiers : passez plutôt par un organisme reconnu.
  • Respectez leur image : ne publiez pas de photos d’enfants vulnérables et demandez toujours l’accord des parents avant de photographier un enfant ; voyez notre page photographier au Népal.
  • Signalez : en cas de soupçon de maltraitance ou d’exploitation d’un enfant, appelez le 1098, numéro gratuit de la ligne nationale d’aide à l’enfance (Child Helpline Nepal), lancé en 2007 et relayé par 18 centres d’écoute selon l’ONG CWIN, qui en gère une partie, ou la police au 100. Les autres numéros utiles figurent sur notre page numéros d’urgence au Népal.

Vous soutenez déjà un orphelinat ?

Si vous aidez déjà un foyer, posez des questions précises : le foyer est-il enregistré et contrôlé par les autorités ? Les enfants ont-ils encore de la famille, et que fait-on pour les y ramener ? Qui a recommandé leur placement, comme l’exige la loi népalaise ? Les visiteurs et les bénévoles sont-ils soumis à une vérification d’antécédents ? Une structure sérieuse répondra sans difficulté ; un refus ou des réponses floues sont un signal d’alerte. Si les réponses ne vous satisfont pas, orientez progressivement votre soutien vers des organismes qui travaillent au maintien des enfants dans leur famille et dans leur village.

Le Népal accueille chaque année des voyageurs généreux, et cette générosité peut faire beaucoup de bien quand elle va aux familles plutôt qu’aux institutions. Pour préparer le reste de votre séjour de façon responsable, partez de notre page pilier voyage au Népal.

Questions fréquentes

Les enfants des orphelinats du Népal sont-ils vraiment orphelins ?

Le plus souvent, non : selon l’UNICEF, jusqu’à 85 % ont au moins un parent vivant, et le gouvernement estime qu’environ un tiers seulement sont orphelins. Beaucoup ont été placés par des familles pauvres à qui l’on promettait une bonne éducation.

Peut-on faire du bénévolat dans un orphelinat au Népal ?

Pas avec un visa touristique, qui interdit tout travail, rémunéré ou non. L’UNICEF demande en outre aux personnes qui ne sont pas des professionnels qualifiés de reconsidérer tout bénévolat auprès d’enfants, pour ne pas leur nuire.

Combien y a-t-il d’orphelinats au Népal ?

Pour l’exercice 2021-2022, le National Child Rights Council recensait 417 foyers enregistrés dans 43 districts, accueillant 10 905 enfants, sans compter les foyers non enregistrés. La plupart sont dans la vallée de Katmandou et dans les zones touristiques.

Peut-on visiter un orphelinat pendant son voyage ?

C’est à éviter : les visites et les dons de passage entretiennent un système où des enfants sont séparés de leur famille pour attirer l’argent des étrangers. Refusez poliment si un chauffeur, un guide ou une agence vous le propose.

Comment aider les enfants du Népal ?

Soutenez des organismes reconnus qui aident les familles à garder leurs enfants et travaillent à la réintégration familiale, dépensez votre argent localement et ne donnez ni argent ni bonbons aux enfants dans la rue.

Que faire si l’on soupçonne la maltraitance d’un enfant au Népal ?

Appelez le 1098, numéro gratuit de la ligne nationale d’aide à l’enfance, ou la police au 100. Notez les lieux et les faits, sans vous mettre en danger.

Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.

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Sources consultées