Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Une annonce de « bénévolat dans un orphelinat » à Katmandou ou à Pokhara, un chauffeur ou un guide qui propose d’aller « voir les enfants » : au Népal, les orphelinats font partie du paysage touristique. La réalité est pourtant à l’opposé de ce que l’on imagine. La majorité des enfants qui y vivent ont au moins un parent, et le système a été en partie alimenté par l’argent et la bonne volonté des visiteurs étrangers. Cette page fait le point, sources à l’appui, sur ce que sont vraiment les orphelinats du Népal, sur ce que dit la loi népalaise, sur les raisons pour lesquelles le « volontourisme » en orphelinat fait plus de mal que de bien et sur les moyens d’aider autrement. Informations vérifiées le 16 octobre 2026.
Le premier malentendu tient au mot lui-même. Selon l’UNICEF, jusqu’à 85 % des enfants des orphelinats du Népal ont au moins un parent vivant ; avant le séisme de 2015, environ 16 000 enfants y vivaient. Les autres estimations vont dans le même sens, même si leurs chiffres varient selon les années et les définitions :
| Source | Année | Ce qu’elle établit |
|---|---|---|
| Étude de Terre des hommes et de l’UNICEF, citée par le Better Care Network | 2008 | 85 % des enfants des « orphelinats » ont des parents |
| Central Child Welfare Board (statistiques officielles 2010-2011) | 2012 | 759 foyers enregistrés, 15 095 enfants, dont 58 % ont au moins un parent vivant |
| Next Generation Nepal | 2014 | Environ 15 000 enfants en foyer enregistré ; deux sur trois ont au moins un parent vivant |
| ONU Info, d’après l’UNICEF | 2015 | Environ 15 000 enfants en foyer avant le séisme, dont plus de 85 % avec au moins un parent vivant |
| Gouvernement du Népal, rapport au Comité des droits de l’enfant | Remis en 2022, publié en 2025 | Environ un tiers des enfants en foyer sont orphelins et un quart sont abandonnés (estimation) |
Concrètement, beaucoup de ces enfants ont été confiés à un foyer par des familles pauvres, souvent de régions reculées, à qui l’on promettait une bonne éducation. Une étude citée par le Better Care Network en 2014 relevait que l’éducation était, de loin, la première raison invoquée par les parents qui avaient placé leur enfant dans un foyer de la vallée de Katmandou. Le même document reconnaissait qu’une minorité de foyers s’efforcent d’offrir les meilleurs soins possibles, au-delà des normes minimales. Mais, pour l’UNICEF, la meilleure façon d’aider reste de reconstruire les communautés rurales et de garder les familles unies.
Les chiffres officiels ont baissé en dix ans, mais ils ne couvrent que les foyers enregistrés :
Leur géographie est révélatrice : la plupart se trouvent dans la vallée de Katmandou, selon The Himalayan Times (2022). En 2014, le Central Child Welfare Board, cité par le Kathmandu Post, situait jusqu’à 82 % des foyers enregistrés dans cinq districts touristiques : Katmandou, Bhaktapur, Lalitpur, Chitwan et Kaski, celui de Pokhara ; La Libre Belgique avançait en 2016 le chiffre de près de 90 %. Next Generation Nepal faisait le même constat en 2014 : la plupart des orphelinats sont implantés dans les zones touristiques, là où passent les visiteurs et leurs dons.
Le phénomène a pris de l’ampleur pendant la guerre civile (1996-2006). Selon Next Generation Nepal, des trafiquants se faisaient passer pour des représentants d’internats et convainquaient les parents de leur confier leurs enfants, en promettant sécurité et instruction ; La Libre Belgique rapportait en 2016 que des familles rurales payaient encore pour cela des intermédiaires, de 200 à 500 USD. La pratique a survécu au conflit. En 2022, The Annapurna Express décrivait encore des enfants recrutés dans les zones rurales, en particulier dans la province de Karnali, par des agents payés par les familles, certains touchant aussi une commission pour chaque enfant amené.
Une fois en foyer, l’enfant peut devenir une source de revenus. Next Generation Nepal a recueilli des témoignages de directeurs qui demandaient des enfants à l’air particulièrement « pauvre » ou maintenaient les enfants dans des conditions insalubres pour émouvoir donateurs et bénévoles. En 2014, un responsable de la protection de l’enfance décrivait au Kathmandu Post des foyers gérés « comme des zoos » pour attirer les étrangers et leur argent. Dans un éditorial de 2023, le Kathmandu Post estimait qu’environ 90 % des orphelinats du pays étaient financés uniquement depuis l’étranger.
Après le séisme du 25 avril 2015, l’UNICEF a redouté une hausse du trafic d’enfants. Le gouvernement a suspendu l’adoption internationale aussitôt après la catastrophe, et l’UNICEF a identifié 40 organismes qui recrutaient des bénévoles pour des orphelinats en leur demandant d’arrêter ; huit avaient déjà suspendu leurs programmes, selon ONU Info. Gouvernement et organisations internationales s’accordaient pourtant à dire que le séisme avait fait moins de 200 orphelins, rapporte La Libre Belgique : les autorités ont suspendu l’ouverture de nouveaux orphelinats et les transferts d’enfants, et le Central Child Welfare Board a renvoyé dans leur famille 45 « faux orphelins » du district de Dhading. Pour le contexte, voyez notre page sur le séisme de 2015 au Népal.
Le Népal a nettement renforcé son cadre, selon son rapport au Comité des droits de l’enfant des Nations unies (remis en 2022, publié en 2025) et la presse népalaise :
Le gouvernement indique avoir engagé la « désinstitutionnalisation », c’est-à-dire le passage progressif des foyers à la prise en charge familiale. Ces règles s’appliquent aussi après les catastrophes : à la suite de la crue de la Bhote Koshi du 26 août 2026, le NCRC a rappelé, dans un avis du 30 août, qu’aucun enfant touché ne peut être placé en foyer ni déplacé sans décision du comité local des droits de l’enfant, recommandation du responsable de la protection de l’enfance et accord du conseil, la priorité allant à la famille élargie. Le cadre institutionnel pourrait toutefois évoluer : le budget 2026-2027 annonce la dissolution du NCRC, un projet que contestaient en juin 2026 des associations de défense des droits de l’enfant et des parlementaires, rapporte le Kathmandu Post. Pour le voyageur, retenez ceci : la loi népalaise considère que la place d’un enfant est d’abord dans sa famille.
Le visa touristique interdit de travailler au Népal, avec ou sans rémunération, rappelle l’ambassade du Népal en Chine. Le Social Welfare Council, l’organisme public qui encadre les ONG, le disait déjà en 2014 au Nepali Times : les bénévoles venus avec un visa touristique sont dans l’illégalité. La pratique était pourtant massive : plus de 30 000 étrangers faisaient alors chaque année du bénévolat dans des foyers pour enfants, selon le même organisme cité par le Kathmandu Post.
Au-delà de la loi, l’UNICEF explique pourquoi ce bénévolat nuit aux enfants : des volontaires de passage, sans compétence ni formation, peuvent entretenir chez des enfants déjà vulnérables un sentiment d’abandon répété ; les vérifications d’antécédents sont souvent absentes, ce qui accroît le risque d’exploitation sexuelle ; et grandir en institution expose aux violences physiques, psychologiques et sexuelles ainsi qu’à des troubles de l’attachement. L’UNICEF demande aux personnes qui ne sont pas des professionnels qualifiés de reconsidérer tout projet de bénévolat auprès d’enfants.
Le groupe de travail sur la prise en charge alternative, mené par le gouvernement népalais, ne conseillait aux étrangers de faire du bénévolat dans un foyer ou de le financer qu’à trois conditions, selon le Better Care Network (2014) : avoir les compétences professionnelles requises, que le foyer respecte les normes gouvernementales, et qu’il soit prouvé que les enfants sont réellement orphelins ou en cours de retour dans leur famille. Si vous êtes un professionnel de la santé, du travail social ou de l’éducation et souhaitez vous engager, passez par un organisme qui obtient le visa adapté : voyez nos pages travailler au Népal, stages et études au Népal et volontourisme au Népal.
Un orphelinat qui accueille les visiteurs à bras ouverts devrait vous mettre la puce à l’oreille. Méfiez-vous en particulier si :
Si vous aidez déjà un foyer, posez des questions précises : le foyer est-il enregistré et contrôlé par les autorités ? Les enfants ont-ils encore de la famille, et que fait-on pour les y ramener ? Qui a recommandé leur placement, comme l’exige la loi népalaise ? Les visiteurs et les bénévoles sont-ils soumis à une vérification d’antécédents ? Une structure sérieuse répondra sans difficulté ; un refus ou des réponses floues sont un signal d’alerte. Si les réponses ne vous satisfont pas, orientez progressivement votre soutien vers des organismes qui travaillent au maintien des enfants dans leur famille et dans leur village.
Le Népal accueille chaque année des voyageurs généreux, et cette générosité peut faire beaucoup de bien quand elle va aux familles plutôt qu’aux institutions. Pour préparer le reste de votre séjour de façon responsable, partez de notre page pilier voyage au Népal.
Le plus souvent, non : selon l’UNICEF, jusqu’à 85 % ont au moins un parent vivant, et le gouvernement estime qu’environ un tiers seulement sont orphelins. Beaucoup ont été placés par des familles pauvres à qui l’on promettait une bonne éducation.
Pas avec un visa touristique, qui interdit tout travail, rémunéré ou non. L’UNICEF demande en outre aux personnes qui ne sont pas des professionnels qualifiés de reconsidérer tout bénévolat auprès d’enfants, pour ne pas leur nuire.
Pour l’exercice 2021-2022, le National Child Rights Council recensait 417 foyers enregistrés dans 43 districts, accueillant 10 905 enfants, sans compter les foyers non enregistrés. La plupart sont dans la vallée de Katmandou et dans les zones touristiques.
C’est à éviter : les visites et les dons de passage entretiennent un système où des enfants sont séparés de leur famille pour attirer l’argent des étrangers. Refusez poliment si un chauffeur, un guide ou une agence vous le propose.
Soutenez des organismes reconnus qui aident les familles à garder leurs enfants et travaillent à la réintégration familiale, dépensez votre argent localement et ne donnez ni argent ni bonbons aux enfants dans la rue.
Appelez le 1098, numéro gratuit de la ligne nationale d’aide à l’enfance, ou la police au 100. Notez les lieux et les faits, sans vous mettre en danger.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
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