Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
La période Licchavi est le moment où l’histoire de la vallée de Katmandou commence à s’écrire. Pendant plusieurs siècles, entre la fin du IVe siècle et le VIIIe siècle environ, des rois qui se disent Licchavi gravent dans la pierre leurs donations, leurs décisions et leurs titres. Ces inscriptions, et les sculptures qui les accompagnent, sont aujourd’hui dispersées dans la vallée : dans la cour d’un temple, au bord d’une fontaine, au fond d’un musée. Cette page explique ce que l’on sait des Licchavi, ce qui reste hypothétique, et surtout où voir leurs traces pendant votre voyage, à quel prix et comment. Informations vérifiées le 4 novembre 2026.
Selon l’étude sur le Népal de la Bibliothèque du Congrès américain, les Licchavi sont une dynastie locale, installée dans la vallée de Katmandou, dont le nom était prestigieux parce qu’il évoquait un clan célèbre des légendes bouddhiques de l’Inde. Leur plus ancien document connu est une inscription du roi Manadeva datée de 464 ; comme elle cite trois souverains antérieurs, la dynastie remonte probablement à la fin du IVe siècle. Les inscriptions sont rédigées en sanskrit et presque toutes enregistrent des donations, surtout à des temples hindous.
Le pouvoir ressemble à celui des royaumes de l’Inde du Nord : un « grand roi » (maharaja) en principe tout-puissant, un premier ministre qui commande aussi l’armée, et des seigneurs (samanta) assez riches pour entretenir leurs propres troupes et peser sur la cour. Au VIIe siècle, l’un d’eux, Amshuverma, finit par diriger le royaume : le plus ancien acte connu de son gouvernement, découvert à Bungamati, est daté de 605, rapporte Onlinekhabar.
La vallée vit alors de l’agriculture, riz et céréales, cultivés par des paysans dans des villages qui appartiennent à la famille royale, à des nobles, à des communautés bouddhistes ou à des groupes de brahmanes. Elle vit aussi du commerce : selon la même étude, des marchands, des pèlerins et des missionnaires partis de la vallée contribuent à transmettre la culture bouddhique au Tibet et à l’Asie centrale, et le royaume tire des revenus de douane des échanges dans les deux directions.
| Repère | Ce que disent les sources |
|---|---|
| Début probable | Fin du IVe siècle (trois rois cités avant Manadeva) |
| Plus ancienne inscription datée | 464, roi Manadeva, pilier de Changu Narayan |
| Langue des inscriptions | Sanskrit |
| Contenu | Surtout des donations à des temples |
| Figure marquante du VIIe siècle | Amshuverma, acte de Bungamati daté de 605 |
| Grands lieux saints déjà actifs | Swayambhunath, Boudhanath, Chabahil, Deopatan (Shiva), Hadigaon (Vishnu) |
| Après les Licchavi | Une nouvelle ère, le Nepal Sambat, commence en 879 |
Ce que nous savons des Licchavi vient d’abord de leurs inscriptions. Elles sont gravées sur des piliers, des stèles et des socles de statues, et l’on en trouve à Changu Narayan, à Pashupatinath, à Patan, à Hadigaon, à Bungamati et dans bien d’autres villages de la vallée. Pour le voyageur, c’est une expérience étonnante : on croise souvent une stèle de plus de mille ans au coin d’une cour, sans vitrine ni panneau, parfois encore couverte de poudre rouge et de pétales par les fidèles.
Le document le plus célèbre est le pilier du roi Manadeva, dressé devant le temple de Changu Narayan. Son inscription de 464 est la plus ancienne inscription datée de la vallée, et Nepal Traveller, en janvier 2026, la présente comme une source de premier ordre sur la vie politique, l’administration et la dévotion religieuse du Népal ancien. Nous en parlons en détail sur notre page consacrée au temple de Changu Narayan.
Gardez en tête que ces textes ont des limites. Ils parlent surtout de dons pieux et de privilèges, très peu de la vie quotidienne, et beaucoup de lieux qu’ils citent ne sont pas identifiés avec certitude. Les historiens népalais débattent d’ailleurs encore de la nature des liens avec le Tibet, puissance militaire montante au VIIe siècle : selon la Bibliothèque du Congrès, le Népal lui était peut-être subordonné, mais cette thèse est contestée.
Si vous ne deviez voir qu’un site licchavi, ce serait celui-ci. Perché sur une colline au nord de Bhaktapur, le temple de Vishnu fait partie du site UNESCO de la vallée de Katmandou. Le bâtiment actuel est bien plus récent que la dynastie, mais la cour conserve, autour du pilier de Manadeva, des sculptures de pierre que Nepal Traveller rattache à l’art des périodes licchavi et malla : le Vishnu Vikranta, qui franchit l’univers en trois pas, et le Garuda agenouillé devant le sanctuaire, l’une des plus anciennes représentations de ce type au Népal.
Hadigaon, aujourd’hui un quartier dense au nord de Katmandou, s’appelait Andigrama dans l’Antiquité : une conduite d’eau offerte par un certain Priyavarman en 749 porte encore ce nom, rapporte le Nepali Times (mars 2024). Le Département de l’archéologie et l’institut italien IsMEO y ont mené des fouilles de 1984 à 1989 ; celles du temple de Satya Narayan ont fait remonter la plus ancienne occupation connue de Katmandou au Ier siècle avant notre ère. La Bibliothèque du Congrès cite aussi un sanctuaire de Vishnu à Hadigaon parmi les grands lieux saints de l’époque.
Hadigaon est surtout associé au palais Kailashkut d’Amshuverma. Une inscription du roi Narendradeva le célèbre, et un voyageur chinois venu à Katmandou sous son règne décrit un palais à plusieurs étages orné de tours, selon Onlinekhabar (décembre 2020). Des briques au nom d’Amshuverma trouvées à Hadigaon ont fait pencher certains historiens pour ce quartier, d’autres proposent Jaisidewal, Kapan ou Naxal. Une étude géophysique a bien trouvé des traces d’habitat licchavi à Hadigaon, mais aucune trace du palais, et l’urbanisation rend les fouilles très difficiles. Le palais Managriha, attribué à Manadeva, n’est pas localisé non plus.
Pour le voyageur, Hadigaon se découvre donc à pied, en curieux : ruelles, petits sanctuaires, stèles anciennes au détour d’une cour. N’attendez pas un site aménagé. Une statue majeure trouvée en 1992 dans le quartier voisin de Maligaon, celle du roi Jayavarma, antérieure aux grandes inscriptions licchavi, est exposée au Musée national de Chhauni, selon le Nepali Times.
Les Licchavi ont légué aux Newars une tradition que vous croiserez partout : les hiti, ou fontaines de pierre en contrebas des rues. Le Manga Hiti, à Mangal Bazar, face au temple de Bhimsen sur la place Durbar de Patan, a été construit en 570 et compte parmi les plus anciennes fontaines encore en service, selon Nepal Traveller : son bassin en forme de croix porte trois becs sculptés en makara, ces créatures mythiques mi-crocodiles. Les habitants y puisent toujours l’eau : regardez sans gêner.
Les grands lieux saints actuels existaient déjà sous les Licchavi. La Bibliothèque du Congrès cite les stupas de Swayambhunath, de Boudhanath et de Chabahil, et le sanctuaire de Shiva de Deopatan, où se trouve Pashupatinath. Les bâtiments que vous verrez ont été reconstruits bien plus tard, mais les lieux, eux, sont sacrés depuis cette époque. Les inscriptions d’Amshuverma retrouvées à Pashupati en témoignent.
Au pied de la colline de Shivapuri, au nord de la vallée, Budhanilkantha abrite un Vishnu couché d’environ 5 m, taillé dans un seul bloc de basalte noir et allongé dans un bassin de 13 m. Nepal Traveller (avril 2026) lui donne plus de 1 400 ans et rattache souvent son origine à la période licchavi, sans date précise. La grande fête du lieu, Haribodhini Ekadashi, qui marque le réveil de Vishnu, tombe le 20 novembre 2026 selon le calendrier Hamro Patro. Voyez notre page sur Budhanilkantha.
| Lieu | Ce que vous y verrez | Billet étranger (dernier tarif connu) |
|---|---|---|
| Changu Narayan | Pilier de Manadeva (464), sculptures anciennes | 400 NPR (Ratopati, juillet 2025) ; 300 NPR selon le NTB |
| Budhanilkantha | Vishnu couché de 5 m dans son bassin | Aucun tarif officiel trouvé |
| Patan, Mangal Bazar | Manga Hiti (570), toujours utilisé | Rue publique ; la place Durbar coûte 1 000 NPR, musée compris (NTB) |
| Pashupatinath (Deopatan) | Lieu saint de Shiva depuis l’époque licchavi | 1 000 NPR (NTB) |
| Swayambhunath | Stupa déjà cité à l’époque licchavi | 200 NPR (NTB) |
| Boudhanath | Stupa déjà cité à l’époque licchavi | 400 NPR (NTB) |
| Musée national, Chhauni | Statue de Jayavarma et sculptures anciennes | 150 NPR, plus droits photo (NTB) |
| Hadigaon | Quartier ancien, stèles, site de fouilles | Quartier habité, sans billet |
Le Nepal Tourism Board publie ces tarifs sans date d’entrée en vigueur et précise qu’ils sont mis à jour après vérification : prévoyez toujours de petites coupures en roupies. Pour les autres musées de la capitale, consultez notre page musées de Katmandou.
Un parcours logique tient en deux journées : Changu Narayan et Bhaktapur le premier jour ; le lendemain, Budhanilkantha le matin, Hadigaon et le Musée national, puis Patan et le Manga Hiti en fin de journée. Les stupas de Swayambhunath et de Boudhanath trouvent leur place dans n’importe quel séjour.
La période qui suit est, selon la Bibliothèque du Congrès, la moins bien connue de l’histoire népalaise. Un repère est sûr : les donations commencent à être datées dans une nouvelle ère, le Nepal Sambat, qui débute en 879, et le newari ancien remplace peu à peu le sanskrit dans les actes. Ce calendrier vit toujours : l’année 1147 du Nepal Sambat commence le 10 novembre 2026, pendant Tihar, selon Hamro Patro. Vers 1200 s’ouvre l’époque des rois Malla, bâtisseurs des places Durbar, que nous racontons sur notre page sur la période Malla.
Pour replacer les Licchavi dans l’ensemble des grandes périodes, lisez notre page sur l’histoire du Népal, et pour préparer le reste de votre séjour, notre page pilier voyage au Népal.
Une dynastie locale de la vallée de Katmandou, la première connue par des documents écrits. Leur plus ancienne inscription, celle du roi Manadeva, date de 464, et la dynastie remonte probablement à la fin du IVe siècle.
Celle du roi licchavi Manadeva, datée de 464, sur un pilier dressé devant le temple de Changu Narayan, au nord de Bhaktapur. Elle est rédigée en sanskrit.
À Changu Narayan (pilier de Manadeva et sculptures), à Budhanilkantha (Vishnu couché), au Manga Hiti de Patan, construit en 570, au Musée national de Chhauni et dans le quartier ancien de Hadigaon.
Non. Des briques au nom d’Amshuverma ont été trouvées à Hadigaon, mais une étude géophysique n’y a relevé que des traces d’habitat licchavi, sans le palais, et d’autres quartiers sont proposés par les historiens.
Au dernier tarif connu, 400 NPR pour un étranger hors ASACR selon Ratopati (30 juillet 2025) ; le Nepal Tourism Board affiche encore 300 NPR. Vérifiez au guichet.
Haribodhini Ekadashi, la fête du réveil de Vishnu, tombe le 20 novembre 2026 selon le calendrier Hamro Patro. Attendez-vous à une très forte affluence.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
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