Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
En voyage au Népal, vous croiserez tôt ou tard un rite de passage : un cortège de mariage avec fanfare dans une ruelle de Katmandou, des garçons au crâne rasé, une rangée de fillettes en rouge devant un temple de Bhaktapur, un vieillard promené sur un char décoré, ou une crémation sur les ghats de Pashupatinath. Ces cérémonies, appelées samskara dans la tradition hindoue, marquent chaque étape de la vie. Voici comment les reconnaître, ce qu’elles signifient et comment se comporter si vous en êtes témoin ou si vous y êtes invité. Les pratiques varient selon les castes, les peuples et les familles : ce guide décrit les grandes lignes. Informations vérifiées le 4 novembre 2026.
| Rite | Moment de la vie | Ce que vous pouvez voir |
|---|---|---|
| Nwaran | Quelques jours après la naissance | Puja à la maison, choix du nom |
| Pasni (annaprashan) | 6 mois pour un garçon, 5 mois pour une fille | Familles endimanchées au temple, bébé nourri de riz |
| Bratabandha | Garçons hindous, enfance ou adolescence | Garçons au crâne rasé, remise du cordon sacré |
| Ihi (bel bibaha) | Fillettes newars, avant la puberté | Groupes de fillettes en rouge, souvent devant un temple |
| Barha | Filles newars, vers 11 à 13 ans | Rien de visible : retraite d’environ 12 jours à la maison |
| Mariage | Aux dates propices fixées par les astrologues | Cortèges, fanfares, voitures fleuries |
| Janku | Newars, à partir de 77 ans, 7 mois et 7 jours | Ancien promené sur un char par sa famille |
| Funérailles | Décès | Cortège vers la rivière, crémation, hommes rasés en blanc |
Quelques jours après la naissance, une puja accompagne le choix du nom, le nwaran. Traditionnellement, c’est l’astrologue de la famille, le jyotish, qui proposait le nom à partir du thème de naissance, rappelle le magazine ECS Nepal, même si beaucoup de parents le choisissent désormais à l’avance. Nous expliquons cette place de l’astrologie sur notre page sur l’astrologie népalaise.
Le pasni, ou annaprashan, est le premier repas de riz de l’enfant : à six mois pour un garçon, à cinq mois pour une fille, souvent au temple, où le bébé reçoit ses premières bouchées de riz. Chez les Newars, qui l’appellent aussi jankoo, on dispose devant lui quelques objets, une pièce d’argent, un fruit, un stylo, et celui qu’il saisit annoncerait son avenir. Le jour est choisi par l’astrologue. En visitant les temples de la vallée de Katmandou, vous verrez souvent ces familles en habits de fête autour d’un bébé : un sourire suffit, et demandez avant de photographier.
Le bratabandha est le rite d’entrée dans l’âge adulte des garçons hindous, en particulier chez les Brahmanes et les Chhetri ; ECS Nepal le présente comme obligatoire avant le mariage. Le garçon a la tête rasée et reçoit le janai, le cordon sacré porté en bandoulière, qui lui rappelle les vœux et les règles auxquels il s’engage ; les gestes du rite varient d’une famille et d’une région à l’autre. Ceux qui ont reçu le cordon le changent ensuite chaque année à Janai Purnima. Le quotidien Republica relève que la valeur du rite a évolué chez les jeunes, mais les cérémonies restent fréquentes.
Chez les Newars bouddhistes, le garçon vit plutôt quelques jours comme un moine : le barha chhuyegu. Selon ECS Nepal, il a la tête rasée, ne mange pas de sel et va recueillir des aumônes pendant quatre ou cinq jours selon les récits, avant de revenir à la vie laïque, ou de rester moine s’il le souhaite. À Katmandou, ces rites se font parfois en groupe : ECS Nepal a ainsi décrit des cortèges de jeunes novices en robe de moine partis de la place de Basantapur, au pied de l’ancien palais royal, avant d’aller faire leurs offrandes à Hanuman Dhoka.
Les Newars célèbrent pour leurs fillettes deux rites que l’on présente souvent comme des « mariages ». Le premier, l’ihi ou bel bibaha, unit une fillette, avant la puberté, au fruit du bel (le cognassier du Bengale), symbole d’un dieu ; le Kathmandu Post le décrit comme l’une des plus importantes cérémonies newars. Comme la fillette est ainsi « mariée » à un dieu immortel, elle ne serait jamais considérée comme veuve. Les cérémonies se font souvent en groupe : des dizaines de fillettes en rouge, maquillées, assises devant des prêtres, offrent un spectacle très photogénique, mais c’est un moment familial, gardez vos distances.
Le second, le barha ou « gufa », réunit les filles vers 11 à 13 ans : elles passent environ douze jours dans une pièce obscure, sans voir le soleil ni les hommes de la famille, puis sortent pour un « mariage » avec le soleil, décrit ECS Nepal. Seules les parentes et les amies leur rendent visite. Vous n’en verrez rien de l’extérieur.
Dans de nombreuses familles hindoues des collines, la fillette reçoit aussi sa première tenue de femme, le gunyu cholo, sari et blouse, lors d’une cérémonie dont l’âge varie selon les familles et les communautés. Nous décrivons ces tenues sur notre page des vêtements traditionnels népalais.
Le mariage reste la cérémonie la plus visible. Sa date ne doit rien au hasard : les astrologues l’établissent d’après la position du soleil, de la lune et des planètes, surtout Jupiter et Vénus, et seules 11 des 27 constellations lunaires conviennent, expliquait à Onlinekhabar un responsable du comité gouvernemental du calendrier. La plupart des mariages ont lieu entre mi-janvier et mi-juillet, avec une grande exception d’automne, le mois de Mangsir (mi-novembre à mi-décembre) ; le mois de Chaitra est évité.
Pour la saison qui s’ouvre, le calendrier Hamro Patro donne huit dates propices en Mangsir 2083 : les 25 et 26 novembre, les 2, 3, 5, 10, 11 et 12 décembre 2026 ; puis six en Magh et douze en Phalgun 2083, c’est-à-dire entre janvier et mars 2027, et aucune en Poush (mi-décembre à mi-janvier). Ces dates restent celles d’un calendrier privé : si votre voyage en dépend, recoupez-les avec une autre source népalaise. Ces jours-là, salles des fêtes et rues de Katmandou se remplissent de cortèges, de fanfares et de voitures fleuries, et la circulation ralentit.
Si vous êtes invité, notre page assister à un mariage népalais vous explique le déroulement, la tenue et le cadeau. Les mariages de masse de Janakpur, lors de Bibaha Panchami, célèbrent quant à eux le mariage de Rama et de Sita.
Les Newars fêtent la longévité par le janku. Le premier a lieu quand un aîné atteint 77 ans, 7 mois et 7 jours : on le promène alors dans les rues sur un char tiré par ses enfants, et il est en quelque sorte « divinisé » par la communauté, explique le Rubin Museum of Art de New York. Le Kathmandu Post précise que le janku peut être célébré jusqu’à cinq fois dans une vie, du premier, à 77 ans, 7 mois et 7 jours, jusqu’au dernier, à 105 ans, 8 mois et 8 jours. Croiser un de ces chars fleuris, entouré de toute une famille, est l’un des beaux moments d’une promenade dans Bhaktapur ou Patan.
Chez les hindous, le corps est incinéré au bord d’une rivière sacrée, le plus souvent dans les heures qui suivent le décès. Le magazine Hinduism Today estimait que jusqu’à 95 % des personnes qui meurent à Katmandou sont incinérées sur les ghats de Pashupatinath, au bord de la Bagmati. Les hommes de la famille se rasent la tête, entre autres pour que leurs cheveux ne souillent pas les offrandes.
Commence ensuite un deuil de treize jours, le kriya. Les endeuillés portent un vêtement blanc non cousu, dorment à même le sol, la tête vers le nord, s’abstiennent de sel, d’huile et d’épices et font chaque jour des offrandes de boulettes de riz ; les plus stricts honorent ensuite le défunt à chaque anniversaire de sa mort. Chez les Newars, ce sont les guthi, associations communautaires, qui organisent les funérailles. Si vous voyez un homme vêtu de blanc, le crâne rasé, c’est très probablement qu’il est en deuil : évitez de lui serrer la main ou de lui proposer à manger.
Les crémations de Pashupatinath sont visibles depuis la rive opposée. Avant d’y aller, lisez notre page sur l’étiquette aux crémations de Pashupatinath : on y observe en silence, à distance, sans photographier les familles.
Pour l’ensemble des règles de conduite, voyez notre page sur les usages et l’étiquette au Népal.
Ces rites ne se réservent pas : on les croise. Les meilleures chances se trouvent dans les temples de la vallée de Katmandou le matin, à Bhaktapur et à Patan pour les cérémonies newars, à Pashupatinath pour les funérailles, et partout pendant la saison des mariages de Mangsir. Un voyage en novembre ou en décembre vous fera presque sûrement croiser des noces ; pensez seulement que les jours de grandes dates, routes et salles de Katmandou sont saturées. Pour situer ces traditions dans la culture du pays, lisez notre page sur l’hindouisme au Népal, et préparez l’ensemble de votre séjour à partir de notre page pilier voyage au Népal.
C’est le premier repas de riz de l’enfant, l’annaprashan : à six mois pour un garçon, à cinq mois pour une fille, souvent dans un temple, à une date fixée par l’astrologue. La famille en habits de fête donne au bébé ses premières bouchées de riz.
C’est le rite d’entrée dans l’âge adulte des garçons hindous : tête rasée et remise du janai, le cordon sacré. Les Newars bouddhistes pratiquent plutôt une courte vie de moine de quelques jours.
Lors de l’ihi, la fillette est unie au fruit du bel, symbole d’un dieu immortel ; selon la tradition, elle ne sera donc jamais considérée comme veuve. Un second rite, le barha, l’unit au soleil après environ douze jours de retraite.
Surtout en Mangsir (mi-novembre à mi-décembre) et entre Magh et Phalgun. Hamro Patro donne huit dates propices du 25 novembre au 12 décembre 2026, puis d’autres entre janvier et mars 2027.
C’est la fête du grand âge : à 77 ans, 7 mois et 7 jours, l’aîné est promené sur un char par ses enfants et honoré comme un dieu. Elle peut être célébrée jusqu’à cinq fois, la dernière à 105 ans, 8 mois et 8 jours.
Oui, depuis la rive opposée de la Bagmati, en silence et à distance. Ne photographiez ni les familles ni le corps, et respectez les endeuillés, souvent vêtus de blanc et le crâne rasé.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
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