La constitution du Népal de 2015 : fédéralisme, 7 provinces et capitales

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • La constitution du Népal a été adoptée le 16 septembre 2015 par 507 voix contre 25, puis promulguée le 20 septembre 2015 : elle organise la république proclamée en 2008 en État fédéral, démocratique et laïc.
  • Le territoire compte 7 provinces, 77 districts et 753 collectivités locales ; la population était de 29 164 578 habitants au recensement de 2021.
  • Provinces et capitales : Koshi (Biratnagar), Madhesh (Janakpur), Bagmati (Hetauda), Gandaki (Pokhara), Lumbini (Deukhuri, Dang), Karnali (Birendranagar), Sudurpashchim (Godawari, provisoirement Dhangadhi).
  • Le Parlement fédéral réunit la Chambre des représentants (275 sièges : 165 au scrutin majoritaire, 110 à la proportionnelle) et l’Assemblée nationale (59 membres).
  • Au 14 octobre 2026, une révision de la constitution est en débat sans consensus ; la fête de la Constitution a été fériée le 19 septembre 2026.
Le bâtiment de l'Assemblée constituante, à Katmandou
Le bâtiment de l'Assemblée constituante, à Katmandou. Photo : ผู้สร้างสรรค์ผลงาน/ส่งข้อมูลเก็บในคลังข้อมูลเสรีวิกิมีเดียคอมมอนส์ - เทวประภาส มากคล้าย, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

La constitution du Népal de 2015 a fait de l’ancien État centralisé, devenu république en 2008, une république fédérale de sept provinces. Pour le voyageur, ce n’est pas un simple texte juridique : c’est elle qui explique les nouveaux noms de provinces sur les cartes et les bus, le rôle de Pokhara ou de Janakpur comme capitales régionales, et certains épisodes de tension, comme le blocus de la frontière indienne en 2015-2016. Voici ce que contient la constitution, la liste des sept provinces et de leurs capitales, le débat en cours en 2026, et ce que tout cela change pour votre séjour. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.

Une constitution née après dix ans de transition

Après l’abolition de la monarchie, le 28 mai 2008, une première Assemblée constituante est chargée de rédiger une nouvelle loi fondamentale. Faute d’accord, elle est dissoute en mai 2012 ; une seconde Assemblée est élue en novembre 2013. Le texte n’est finalement adopté qu’en septembre 2015, cinq mois après le séisme du 25 avril 2015, qui a fait près de 9 000 morts selon le Kathmandu Post.

Le 16 septembre 2015, selon le Kathmandu Post, 507 membres de l’Assemblée votent pour et 25 contre, ceux du Rastriya Prajatantra Party-Nepal, sur 532 présents et 598 membres. Les partis madhesi des plaines du Teraï, qui comptent 58 élus, boycottent le vote. Le président Ram Baran Yadav promulgue la constitution le 20 septembre 2015. Pour le contexte, lisez notre page sur la fin de la monarchie.

Ce que dit la constitution de 2015

Le Kathmandu Post en résumait ainsi les traits essentiels : république, fédéralisme, laïcité, inclusion et représentation proportionnelle. Le texte compte 308 articles. Concrètement :

  • Une république fédérale démocratique : un président chef de l’État et un Premier ministre nommé en fonction de la majorité à la Chambre des représentants, comme Balendra Shah le 27 mars 2026.
  • Trois niveaux de gouvernement : fédéral, provincial et local, chacun avec ses élus.
  • Un Parlement à deux chambres : la Chambre des représentants compte 275 sièges, dont 165 élus au scrutin majoritaire et 110 à la proportionnelle ; l’Assemblée nationale compte 59 membres, dont 8 élus par chaque province et 3 nommés par le président sur recommandation du gouvernement.
  • Un État laïc : l’ancien royaume hindou n’a plus de religion officielle.

Au niveau local, le pays compte 753 collectivités selon le Bureau national de la statistique : 6 métropoles, 11 villes sous-métropolitaines, 276 municipalités et 460 municipalités rurales, réparties dans 77 districts.

Les 7 provinces du Népal et leurs capitales

La constitution a créé sept provinces numérotées ; chaque assemblée provinciale a ensuite choisi son nom et sa capitale, parfois après des années de débat.

ProvinceCapitaleDécisionIntérêt pour le voyageur
Koshi (ex-province 1)BiratnagarCapitale en mai 2019, nom le 1er mars 2023Est du pays, Kanchenjunga, Ilam, frontière de Kakarbhitta
Madhesh (ex-province 2)JanakpurJanvier 2022Teraï central, Janakpur, frontière de Birgunj
Bagmati (ex-province 3)Hetauda12 janvier 2020Vallée de Katmandou, Langtang, Chitwan
Gandaki (ex-province 4)Pokhara2018Annapurnas, Manaslu, Mustang
Lumbini (ex-province 5)Deukhuri (Bhalubang, district de Dang)6 octobre 2020Lumbini, Bardia, frontière de Belahiya
Karnali (ex-province 6)Birendranagar (Surkhet)2018Rara, Dolpo, Humla
Sudurpashchim (ex-province 7)Godawari (Kailali) ; Dhangadhi provisoirement28 septembre 2018Extrême ouest, Khaptad, Shuklaphanta

Ces choix ont souvent été disputés. Le nom de Gandaki a provoqué des manifestations de partisans d’un nom ethnique, « Tamuwan » ; à Koshi, le nom a été adopté le 1er mars 2023 par 82 voix contre 4, malgré l’opposition de partis et de mouvements kirat et limbuwan qui réclamaient un nom identitaire. Pour situer ces régions sur la carte, consultez notre page sur les régions du Népal, ainsi que nos pages sur Pokhara, Janakpur, Biratnagar, Birendranagar et Dhangadhi.

Les provinces à l’échelle d’un voyage

Un premier voyage au Népal se joue souvent dans trois provinces seulement. Bagmati réunit la vallée de Katmandou, ses sites classés et le parc national de Chitwan ; Gandaki rassemble Pokhara et la plupart des grands treks, des Annapurnas au Manaslu ; Lumbini, plus au sud, abrite le lieu de naissance du Bouddha et l’aéroport international de Bhairahawa. Un circuit Katmandou–Chitwan–Lumbini–Pokhara traverse ainsi trois provinces, et passer de l’une à l’autre ne demande aucune démarche particulière : le visa relève de l’État fédéral, et les permis de trek dépendent des parcs et zones protégées traversés, pas des provinces.

Les quatre autres provinces attirent des voyageurs plus aventureux : Koshi pour l’est montagnard et les jardins de thé, Madhesh pour la culture du Teraï, Karnali et Sudurpashchim pour l’ouest reculé, ses parcs et ses lacs. Ces régions sont moins équipées pour le tourisme : prévoyez plus de temps pour les trajets, de l’argent liquide et un hébergement réservé à l’avance.

Le mouvement madhesi et le blocus de 2015-2016

La constitution n’a pas fait l’unanimité. Les Madhesi du Teraï réclamaient davantage de pouvoir constitutionnel : une province plus grande, une meilleure représentation et plus d’autonomie locale. Leurs manifestants bloquent la frontière avec l’Inde à partir de septembre 2015, notamment le grand point de passage de Birgunj–Raxaul. Selon l’agence AP, les affrontements avec les forces de l’ordre font plus de 50 morts ; le carburant, le gaz et les produits de base manquent pendant des mois, et le rationnement du carburant ne prend fin que le 23 février 2016. Beaucoup de Népalais accusent alors New Delhi d’avoir soutenu tacitement les revendications des manifestants. Cet épisode pèse encore sur les relations entre les deux pays : voir notre page sur le Népal entre l’Inde et la Chine.

La constitution a depuis été amendée, notamment en juin 2020 pour y inscrire une nouvelle carte du pays incluant Lipulekh, Kalapani et Limpiyadhura, territoires que l’Inde considère comme les siens.

La révision de la constitution en débat (2026)

Le soulèvement de septembre 2025 a relancé le débat sur les institutions. Après les élections du 5 mars 2026, le gouvernement de Balendra Shah a confié à un groupe de travail, formé le 30 mars 2026 et coordonné par Asim Shah, principal conseiller politique du Premier ministre, le soin de recueillir des propositions. Selon le Kathmandu Post, son rapport, remis le 16 juillet 2026, compile des suggestions touchant 245 des 308 articles : élection directe d’un président exécutif, réforme du mode de scrutin et vote des Népalais de l’étranger, réforme judiciaire, réduction du nombre d’élus, réexamen du fédéralisme.

Le consensus est loin : le Nepali Congress défend le régime parlementaire et les sept provinces, plusieurs partis se sont retirés du processus, et le Rastriya Prajatantra Party réclame le retour de la monarchie et d’un État hindou. Selon le même journal, une commission de révision ne pourrait être formée qu’après un accord entre tous les partis représentés au Parlement. Nous n’avons trouvé aucune révision votée au 14 octobre 2026. Suivez l’évolution sur notre page crise de 2025 et élections de 2026.

Ce que la constitution change pour votre voyage

  • Les noms des provinces : sur les cartes anciennes et dans certains guides, vous verrez encore « Province 1 » ou « Province 5 ». Ce sont les noms adoptés depuis (Koshi, Madhesh, Bagmati, Gandaki, Lumbini, Karnali, Sudurpashchim) que vous lirez dans l’actualité et les documents récents.
  • Les capitales régionales : Pokhara, capitale de Gandaki, est aussi la base des treks des Annapurnas ; Janakpur, capitale de Madhesh, est l’une des grandes villes du Teraï.
  • La fête de la Constitution : célébrée le 3 Asoj, elle est tombée le 19 septembre 2026. Les administrations ferment ce jour-là ; la date de 2027 sera fixée par la liste officielle de l’année 2084, non publiée au 14 octobre 2026. Voir notre page sur les jours fériés.
  • Les tensions politiques : les débats constitutionnels peuvent entraîner manifestations et grèves générales, surtout à Katmandou et dans le Teraï. Les étrangers n’ont pas le droit de participer aux manifestations : tenez-vous à l’écart et gardez de la marge avant vos vols.
  • Le Teraï : si vous passez la frontière indienne par voie terrestre, renseignez-vous sur la situation locale avant de partir, comme le montre l’épisode du blocus de 2015.

Pour replacer la constitution de 2015 dans la longue histoire du pays, lisez notre page sur l’histoire du Népal, et retrouvez tous nos dossiers sur la page voyage au Népal.

Questions fréquentes

Quand la constitution du Népal a-t-elle été adoptée ?

L’Assemblée constituante l’a votée le 16 septembre 2015 par 507 voix contre 25, et le président Ram Baran Yadav l’a promulguée le 20 septembre 2015. La fête de la Constitution est tombée le 19 septembre en 2026.

Combien de provinces compte le Népal ?

Sept : Koshi, Madhesh, Bagmati, Gandaki, Lumbini, Karnali et Sudurpashchim. Le pays compte aussi 77 districts et 753 collectivités locales.

Quelles sont les capitales des provinces du Népal ?

Biratnagar (Koshi), Janakpur (Madhesh), Hetauda (Bagmati), Pokhara (Gandaki), Deukhuri dans le district de Dang (Lumbini), Birendranagar (Karnali) et Godawari (Sudurpashchim), avec Dhangadhi comme capitale provisoire.

Combien de députés compte le Parlement népalais ?

La Chambre des représentants compte 275 sièges, dont 165 élus au scrutin majoritaire et 110 à la proportionnelle ; l’Assemblée nationale compte 59 membres.

Pourquoi la constitution de 2015 a-t-elle été contestée ?

Les partis madhesi du Teraï réclamaient une province plus grande et plus d’autonomie. Les affrontements liés à leurs manifestations ont fait plus de 50 morts selon AP, et leur blocus de la frontière indienne a imposé un rationnement du carburant jusqu’au 23 février 2016.

La constitution va-t-elle changer en 2026 ?

Un groupe de travail a remis le 16 juillet 2026 des propositions touchant 245 des 308 articles, dont l’élection directe d’un président exécutif, mais les partis ne s’accordent pas. Nous n’avons trouvé aucune révision votée au 14 octobre 2026.

Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.

Je découvre le voyage guidé Le guide complet du Népal

Sources consultées