Mal des montagnes au Népal : reconnaître, prévenir et réagir

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • Le mal aigu des montagnes (MAM) menace tout voyageur non acclimaté qui dort à 2 450 m ou plus, parfois plus bas, selon le CDC ; l’entraînement et la forme physique ne protègent pas.
  • Signe clé : un mal de tête avec nausées, perte d’appétit, fatigue ou vertiges, en général 2 à 12 heures après l’arrivée en altitude ; avec des symptômes, on ne monte plus.
  • Urgences : confusion ou démarche ivre (œdème cérébral, OCHA), essoufflement au repos ou toux (œdème pulmonaire, OPHA) imposent une descente immédiate.
  • Prévention selon le CDC : au-dessus de 3 000 m, pas plus de 500 m d’altitude de nuit en plus par jour et une nuit supplémentaire tous les 1 000 m ; la France conseille 400 m dès 2 500 m.
  • L’Himalayan Rescue Association tient des postes médicaux saisonniers à Pheriche et à Manang ; les secours en hélicoptère sont payants, l’assurance est indispensable.
Dingboche (4 410 m), étape d'acclimatation face au Lhotse
Dingboche (4 410 m), étape d'acclimatation face au Lhotse. Photo : Superikonoskop, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Le mal des montagnes est l’un des problèmes les plus fréquents des trekkeurs au Népal, et l’un des plus sous-estimés. Il frappe les sportifs comme les autres, dès que l’on monte trop haut trop vite, et il peut tuer si l’on ne réagit pas. Bonne nouvelle : il se prévient par une montée lente, et ses formes graves se soignent d’abord par la descente. Voici comment le reconnaître, les règles d’acclimatation des autorités de santé, les étapes à risque des grands treks, la conduite à tenir, les postes médicaux de l’Himalaya et ce que doit couvrir votre assurance. Ces conseils généraux ne remplacent pas l’avis d’un professionnel de santé ou d’une clinique santé-voyage. Informations vérifiées le 16 octobre 2026.

Qu’est-ce que le mal des montagnes ?

Plus on monte, plus la pression de l’air baisse et moins chaque inspiration apporte d’oxygène. Le corps s’adapte en accélérant la respiration et le cœur, mais il lui faut du temps ; si l’altitude est atteinte trop vite, il réagit par une série de symptômes, le mal aigu des montagnes, qui peut évoluer vers un œdème du cerveau ou des poumons. Le seuil varie selon les autorités :

  • le CDC américain considère que tout voyageur non acclimaté qui dort à 2 450 m ou plus est à risque, et parfois plus bas ;
  • France Diplomatie situe le mal aigu des montagnes au-delà de 2 500 m ;
  • le gouvernement du Canada évoque les séjours à partir de 2 000 m.

Le risque dépend surtout de l’altitude atteinte et de la vitesse de montée. Selon le CDC, l’entraînement et la forme physique ne modifient pas le risque, et la façon dont vous avez réagi lors d’un précédent séjour en altitude reste le meilleur indicateur. Les plus sportifs doivent donc se méfier : ce sont souvent eux qui montent trop vite. Le CDC note aussi que sur certains itinéraires du Népal, en particulier vers le camp de base de l’Everest, la fréquence du mal d’altitude peut approcher 30 % aux altitudes les plus élevées, même avec un programme d’acclimatation classique.

Reconnaître les trois formes : MAM, OCHA et OPHA

FormeSignesQue faire
Mal aigu des montagnes (MAM)Mal de tête accompagné d’au moins un de ces signes : perte d’appétit, nausées ou vomissements, fatigue, vertiges ; apparition en général 2 à 12 heures après l’arrivée en altitudeNe plus monter et se reposer ; sans nouvelle montée, il disparaît en général en 12 à 48 heures ; s’il s’aggrave, redescendre
Œdème cérébral de haute altitude (OCHA)Aggravation du MAM : confusion, somnolence, démarche titubante, troubles du comportement ; coma possible dans les 24 heures ; rare sous 4 300 mDescente immédiate, de jour comme de nuit, oxygène si disponible, alerte des secours
Œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA)Essoufflement anormal à l’effort, toux, poitrine encombrée, baisse nette des performances, puis essoufflement au repos ; peut survenir sans mal de têteDescente urgente, oxygène si disponible, effort minimal pour le malade

Le gouvernement du Canada ajoute à la liste des signes graves la perte de coordination, une toux persistante ou nouvelle et une coloration bleutée des lèvres ou de la peau. Nos auteurs le rappellent depuis longtemps : un mal de tête tenace malgré les antalgiques, des vomissements, une perte d’équilibre ou une oppression dans la poitrine imposent d’arrêter de monter. À l’inverse, une respiration irrégulière pendant le sommeil, avec de courtes pauses, devient presque universelle en altitude selon le CDC : elle impressionne, mais ce sont les autres symptômes qui doivent alerter.

Les règles d’acclimatation

RègleRecommandationSource
Premier jourDepuis une altitude inférieure à 1 200 m, ne pas dormir à 2 750 m ou plus le soir mêmeCDC
Au-dessus de 3 000 mPas plus de 500 m d’altitude de nuit en plus par jourCDC
Nuits d’acclimatationUne nuit supplémentaire tous les 1 000 m d’altitude de nuit gagnésCDC
Au-dessus de 2 500 mPas plus de 400 m de dénivelé positif entre deux nuits consécutivesFrance Diplomatie
Avant de monter plus hautDeux ou trois nuits entre 2 500 et 3 000 m, puis une nuit d’acclimatation tous les 600 à 900 mGouvernement du Canada
PréacclimatationDeux ou trois nuits vers 2 450 à 2 750 m avant la montéeCDC
Premières 48 heures en altitudePas d’alcoolCDC

Ce qui compte, c’est l’altitude où vous dormez, pas celle que vous atteignez dans la journée : « monter haut, dormir bas ». Une journée de repos ne se passe pas au lit : on monte quelques centaines de mètres, puis on redescend dormir au même endroit. Et la règle d’or du CDC : ne jamais monter dormir plus haut avec des symptômes, si légers soient-ils.

Coucher de soleil sur Pheriche, dans le Khumbu
Coucher de soleil sur Pheriche, dans le Khumbu. Photo : Babin Dulal, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Au Népal : les étapes où la vigilance s’impose

ÉtapeAltitudeCe qu’il faut savoir
Lukla, porte de l’Everest2 846 m (aéroport)L’avion fait passer sans transition de la vallée de Katmandou à la haute montagne : premier soir tranquille
Namche Bazaar3 440 mPresque tous les itinéraires y prévoient une journée d’acclimatation
Pheriche et DingbochePlus de 4 200 mSelon la règle du CDC, une deuxième nuit d’acclimatation s’impose à ce niveau ; poste médical à Pheriche en saison
Camp de base de l’Everest5 364 mItinéraire où le CDC signale jusqu’à près de 30 % de mal d’altitude aux plus hautes étapes
Manang3 519 à 3 540 mDeux nuits au moins avant de monter vers le Thorong La (5 416 m) ; poste médical en saison
Jeep jusqu’à ManangDepuis Besisahar, vers 760 mY dormir le soir même dépasse toutes les règles : faites étape plus bas
Camp de base de l’Annapurna4 130 mOn y monte en quelques jours depuis Pokhara : respectez les étapes intermédiaires

Avant de choisir votre itinéraire, comparez les points culminants sur notre liste des treks au Népal. Pour les étapes d’acclimatation, voyez nos pages Namche Bazaar, Manang, et nos dossiers du camp de base de l’Everest et du circuit des Annapurnas.

Que faire en cas de symptômes ?

  1. Arrêtez de monter et reposez-vous à la même altitude. Dites-le à votre guide et à vos compagnons : France Diplomatie insiste sur la nécessité de communiquer en permanence sur son état.
  2. Redescendez si les symptômes s’aggravent ou ne cèdent pas au repos. Selon le CDC, une descente d’au moins 300 m améliore rapidement le mal aigu des montagnes ; France Diplomatie conseille de redescendre au minimum sous 4 000 m, accompagné, et de consulter un médecin.
  3. Face à un signe grave (confusion, démarche ivre, essoufflement au repos), la descente est immédiate, même de nuit, avec de l’oxygène si possible, et l’on alerte les secours. Ne laissez jamais un malade seul ni « dormir pour voir ».
  4. Ne masquez pas les symptômes : un antalgique soulage le mal de tête, il ne soigne pas le mal des montagnes.

Le CDC le résume ainsi : personne ne devrait mourir du mal d’altitude, sauf s’il est bloqué par la météo ou le terrain là où la descente est impossible. D’où l’intérêt de garder des jours de marge et de ne jamais forcer un col par mauvais temps.

Médicaments : la place du médecin

L’acétazolamide (Diamox) accélère l’acclimatation et peut traiter un mal aigu des montagnes débutant ; le CDC ne le recommande pas en prévention aux voyageurs à faible risque, l’envisage pour un risque moyen et l’encourage fortement pour un risque élevé, avec de la dexaméthasone à emporter pour les urgences. La dexaméthasone soulage plus vite les formes modérées à sévères, et la nifédipine sert d’appoint dans l’œdème pulmonaire. Ces médicaments ont des contre-indications : ils se prescrivent après une consultation, de préférence six semaines avant le départ selon le gouvernement du Canada. Tout est détaillé sur notre page Diamox et altitude.

Certaines personnes doivent redoubler de prudence. France Diplomatie demande un avis médical spécialisé avant toute randonnée en altitude, déconseille la haute altitude aux enfants et considère la grossesse et les antécédents cardiaques, pulmonaires, neurologiques ou rénaux comme des contre-indications ; le CDC juge prudent que les femmes enceintes ne dorment pas au-dessus de 3 050 m, et rappelle que les enfants sont aussi sensibles que les adultes.

Évacuation en hélicoptère d'un trekkeur atteint du mal aigu des montagnes
Évacuation en hélicoptère d'un trekkeur atteint du mal aigu des montagnes. Photo : valcker from Paris, Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

Les postes médicaux de l’Himalayan Rescue Association

Fondée en 1973 pour réduire le nombre de victimes dans l’Himalaya népalais, l’Himalayan Rescue Association (HRA) tient des postes médicaux animés par des médecins bénévoles pendant les saisons de trek :

PosteAltitude selon l’HRADepuisQuand y trouver un médecin
Pheriche (route du camp de base de l’Everest)4 250 mAutomne 1973Deux fois par an, pendant les saisons de trek ; la saison de printemps commence en mars
Manang (circuit des Annapurnas)3 550 mNovembre 1981Un médecin chaque jour des principales saisons de trek
Everest ER, au camp de base de l’Everest5 350 mPrintemps 2003D’environ le 1er avril à la fin de la saison d’alpinisme de printemps (fin mai)
Gosainkunda—1997Camp temporaire pendant le pèlerinage de Janai Purnima
Thorong Phedi (circuit des Annapurnas)4 550 mAutomne 2007Clinique qui n’est plus en service

À Pheriche et à Manang, les médecins donnent chaque après-midi de saison une causerie sur l’altitude : assistez-y, et faites-vous examiner au moindre doute. Les dates d’ouverture varient d’une année à l’autre : en 2019, par exemple, le poste de Manang a ouvert du 14 mars au 20 mai, puis du 24 septembre à la fin novembre, et celui de Pheriche du 13 mars au début de juin, puis du 23 septembre à la fin novembre. Au 16 octobre 2026, l’HRA n’avait publié aucune date pour la saison d’automne : renseignez-vous auprès de votre agence avant de compter sur ces postes. Hors saison, ne comptez pas sur un médecin en montagne ; la clinique du camp de base de l’Everest, elle, ne fonctionne qu’au printemps. Voyez aussi notre page Pheriche, et, en ville, nos hôpitaux et cliniques de Katmandou et Pokhara.

Assurance, secours et évacuation

Au Népal, tous les secours en montagne sont payants, et les hélicoptères ne décollent que s’ils ont la garantie d’être payés, rappelle France Diplomatie. Une assurance qui prend en charge la recherche et l’évacuation en montagne est donc impérative. Points à vérifier :

  • Les maladies, pas seulement les accidents : certains contrats ne couvrent que les accidents, et non le mal des montagnes ; selon France Diplomatie, la garantie « neige et montagne » de la carte Visa ne permet pas d’avancer les frais de secours, sauf accord avec les prestataires locaux, rarement conclu au Népal.
  • L’altitude maximale couverte, qui doit dépasser le point culminant de votre trek.
  • Le bon usage de l’hélicoptère : selon France Diplomatie, il est réservé aux situations d’extrême urgence, comme un œdème cérébral ; en cas d’abus, l’assureur peut se retourner contre l’assuré.
  • Les fraudes : le gouvernement du Canada signale des évacuations inutiles et des surfacturations. Appelez vous-même votre assureur, obtenez son accord avant toute évacuation, et gardez sur vous votre numéro de contrat et votre passeport.

Notre guide assurance voyage et sauvetage en hélicoptère détaille les clauses à lire.

Les erreurs qui coûtent cher

  • Se croire protégé par sa forme physique et monter au rythme de ses jambes plutôt qu’à celui de l’acclimatation.
  • Cacher ses symptômes pour ne pas ralentir le groupe.
  • Raccourcir l’itinéraire en jeep ou en avion sans ajouter de nuits d’acclimatation.
  • Boire de l’alcool les premiers jours en altitude.
  • Attendre le matin face à une confusion ou à un essoufflement au repos.
  • Laisser un malade redescendre seul : France Diplomatie le rappelle, on n’abandonne jamais une personne malade.

Votre guide est un allié précieux : un bon professionnel connaît les signes d’alerte et sait organiser une descente ; voyez notre page guide de trek au Népal. Montez lentement, dormez bas, redescendez sans regret, et parlez de votre itinéraire jour par jour à un professionnel de santé ou à une clinique santé-voyage avant de partir. Pour préparer le reste du séjour, retrouvez tous nos dossiers sur la page voyage au Népal.

Questions fréquentes

À partir de quelle altitude a-t-on le mal des montagnes ?

Selon le CDC, tout voyageur non acclimaté qui dort à 2 450 m ou plus est à risque, et parfois plus bas ; France Diplomatie situe le mal aigu des montagnes au-delà de 2 500 m.

Quels sont les symptômes du mal des montagnes ?

Un mal de tête accompagné de nausées, de perte d’appétit, de fatigue ou de vertiges, en général 2 à 12 heures après l’arrivée en altitude. Confusion, démarche ivre ou essoufflement au repos signalent une urgence vitale.

Que faire en cas de mal des montagnes en trek ?

Ne plus monter et se reposer ; si les symptômes s’aggravent, redescendre, une descente d’au moins 300 m améliorant rapidement l’état selon le CDC. En cas de signe grave, descente immédiate, accompagnée, et alerte des secours.

Combien de mètres peut-on monter par jour en altitude ?

Au-dessus de 3 000 m, le CDC recommande de ne pas dormir plus de 500 m plus haut que la veille, avec une nuit supplémentaire tous les 1 000 m ; France Diplomatie conseille 400 m au plus entre deux nuits dès 2 500 m.

Faut-il prendre du Diamox pour un trek au Népal ?

Pas systématiquement : l’acétazolamide se prescrit selon votre itinéraire et vos antécédents, et il ne remplace jamais une montée progressive. Consultez un professionnel de santé de préférence six semaines avant le départ.

Où trouver un médecin en altitude au Népal ?

L’Himalayan Rescue Association tient des postes médicaux à Pheriche (Everest) et à Manang (Annapurnas) pendant les saisons de trek, et une clinique au camp de base de l’Everest au printemps. Ailleurs, la descente et l’évacuation restent les seuls recours : l’assurance est indispensable.

Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.

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Sources consultées