Plantes médicinales de l’Himalaya : ce que le Népal récolte, vend et interdit d’exporter

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • Dans la seule province de Karnali, on trouve quelque 300 variétés de plantes médicinales, et environ 2 600 tonnes en sont cueillies chaque année selon les négociants (Onlinekhabar, janvier 2024) ; la cueillette fait vivre des milliers de familles de montagne.
  • Plantes phares : timur (poivre du Sichuan népalais), chiraito (tonique amer contre la fièvre), jatamansi (nard de l’Himalaya), kutki, sugandhawal.
  • Prix de gros en mars 2026 (ANSAB) : timur 975 NPR le kilo à Katmandou, chiraito 700 NPR, jatamansi 1 200 NPR, kutki 2 000 NPR.
  • Le jatamansi, inscrit à l’annexe II de la CITES depuis 1997, ne peut pas être exporté brut ; le sugandhawal et le sugandhakokila sont soumis à la même règle, avec l’autorisation du Département des forêts.
  • Pour le voyageur : n’achetez ni racine, ni rhizome, ni orchidée sauvage ; préférez les épices du quotidien et déclarez tout végétal à l’arrivée.

Les plantes médicinales de l’Himalaya sont au cœur de la vie des montagnes népalaises. Racines, rhizomes, écorces et baies récoltés sur les pentes alimentent les médecines ayurvédique, tibétaine et populaire, et partent par tonnes vers l’Inde et la Chine. Le voyageur les croise partout : le timur qui fait fourmiller la langue, le chiraito amer réputé contre la fièvre, les cueilleurs croisés sur les sentiers d’altitude. Mais plusieurs de ces plantes sont menacées et leur exportation est strictement encadrée. Voici les espèces à connaître, les prix, les règles de récolte et de commerce, et ce que vous pouvez ou non rapporter. Informations vérifiées le 4 novembre 2026.

Le Népal, réservoir de plantes médicinales

Le nombre exact d’espèces médicinales du Népal varie fortement selon les auteurs et selon ce que l’on compte (plantes cultivées ou sauvages, champignons, lichens) : nous ne retenons donc pas de chiffre national. Les ordres de grandeur du commerce parlent d’eux-mêmes. Dans la seule province de Karnali poussent quelque 300 variétés de plantes médicinales, et environ 2 600 tonnes sont cueillies chaque année dans les forêts nationales, pour un revenu d’environ un milliard de roupies, selon l’association des négociants citée par Onlinekhabar (janvier 2024).

Le commerce passe surtout par Nepalgunj, à la frontière indienne : au cours de l’exercice 2022-2023, 4,3 millions de kilos de plantes y sont partis vers l’Inde, et 252 000 kg vers d’autres pays, selon le même article. Pour les familles des hautes vallées, ces récoltes complètent l’agriculture et l’élevage, comme le yarsagumba, le plus précieux de tous.

Les plantes à connaître

PlanteNom scientifiqueUsage traditionnelPrix de gros, mars 2026 (Katmandou)Règle
TimurZanthoxylum armatumÉpice ; tonique contre la fièvre et l’indigestion975 NPR le kilo (avec graines)Commerce courant
ChiraitoSwertia chirayitaTonique amer ; fièvre, troubles biliaires700 NPR le kiloClassée vulnérable par le gouvernement népalais
JatamansiNardostachys jatamansiRhizome aromatique, huile essentielle de nard1 200 NPR le kiloAnnexe II de la CITES ; exportation brute interdite
KutkiPicrorhizaRacine amère de haute altitude2 000 NPR le kiloAnnexe II de la CITES depuis 1997 ; exportation soumise à l’accord du Département des forêts
SugandhawalValerianaRacine aromatique700 NPR le kiloExportation brute interdite

Timur, l’épice qui fait vibrer la langue

Le timur est le poivre de montagne du Népal, cousin du poivre du Sichuan : ses petites baies brunes donnent une sensation d’engourdissement et de fourmillement. Selon l’association népalaise des plantes médicinales (Jadibuti Association of Nepal), citée par SBS en 2018, ses fruits et graines servent de tonique aromatique contre la fièvre et l’indigestion, et son écorce à nettoyer les dents ; les preuves scientifiques de ces effets restent toutefois limitées. En mars 2026, l’ONG ANSAB le relevait à 975 NPR le kilo à Katmandou et 650 NPR à Nepalgunj. C’est la plante médicinale la plus facile à goûter : elle relève les achars et certaines sauces. Notre page sur les épices népalaises vous dit comment l’utiliser.

Chiraito, l’amer contre la fièvre

Le chiraito (Swertia chirayita) est l’une des plantes les plus amères de l’Himalaya. Le guide de bonnes pratiques de culture et de récolte publié par le Département des ressources végétales rappelle sa présence dans l’ayurveda, l’unani, le siddha, la médecine amchi et les remèdes populaires ; la médecine tibétaine l’emploie contre les troubles biliaires et la fièvre. Le Népal fournit plus de 45 % du volume mondial exporté, et le gouvernement classe l’espèce vulnérable (Nepal Journal of Science and Technology). Son prix a atteint un record de 1 000 NPR le kilo en janvier 2023 (Kathmandu Post) ; il était de 700 NPR à Katmandou en mars 2026 (ANSAB).

Jatamansi, le nard menacé

Le jatamansi (Nardostachys jatamansi), dont on tire l’huile essentielle de nard, pousse en haute altitude. Inscrit à l’annexe II de la CITES depuis 1997, il est classé en danger critique d’extinction par l’UICN, et le Népal en est le principal pays exportateur, selon une fiche de la CITES. Son exportation sous forme brute est interdite : seuls les produits transformés au Népal, comme l’huile essentielle, peuvent sortir, avec l’accord du Département des forêts (ANSAB).

Les règles de récolte et d’exportation

La liste de prix de l’ANSAB de mars 2026 signale quatre plantes interdites d’exportation hors du Népal sans transformation, avec autorisation préalable du Département des forêts exigée : jatamansi, kutki, sugandhawal et sugandhakokila, le kutki étant présenté comme une exception à l’interdiction de l’exportation brute. Le kutki (Picrorhiza) a été inscrit à l’annexe II de la CITES en 1997, la même année que le jatamansi. Pour les espèces inscrites à la CITES, tout commerce international exige des permis délivrés par l’autorité nationale.

Le cadre général est plus strict encore. Un avis publié en 2019 au Journal officiel népalais, en vertu de la loi sur le contrôle des importations et des exportations, frappait d’une interdiction absolue d’importation et d’exportation une liste de produits forestiers : Dactylorhiza hatagirea (orchidée panch aunle), noyer, Neopicrorhiza (kutki), lichens, Nardostachys (jatamansi), sapin de l’Himalaya, ifs (Taxus), sal, palissandres, shilajit non traité et yarsagumba (The Himalayan Times, 7 juillet 2019). Les négociants agréés exportent des produits transformés ou sous permis ; un touriste, lui, n’a aucun moyen d’obtenir ces autorisations.

La récolte elle-même est encadrée par les plans d’action des offices forestiers. Dans la province de Karnali, la cueillette dans les forêts nationales s’est arrêtée le 17 juillet 2023, faute de plan quinquennal approuvé dans plusieurs districts, dont Jumla, Dolpa, Kalikot, Salyan, Jajarkot et Rukum Ouest, selon les négociants cités par Onlinekhabar (janvier 2024). L’Inde avait aussi cessé d’importer une douzaine de plantes népalaises en 2019, et des stocks d’environ 300 tonnes de jatamansi s’abîmaient en entrepôt. La principale saison de cueillette va d’octobre à novembre, précisait un herboriste interrogé.

Les orchidées médicinales posent un problème particulier : leur commerce est illégal en pratique faute de plans de gestion, ce qui n’empêche pas les saisies, comme celle de 75 kg de Dactylorhiza hatagirea séché dans le district de Gorkha (Mongabay, 2022). Voyez notre page sur les orchidées du Népal.

Où voir et comprendre ces plantes en voyage

  • En trek : dans les vallées de haute altitude de l’ouest, vous croiserez peut-être des cueilleurs, surtout en octobre et novembre, principale saison de cueillette. Demandez avant de photographier, et ne cueillez rien vous-même dans les parcs et les aires de conservation.
  • Dans les marchés : à Katmandou, le quartier d’Asan aligne les étals d’épices où les habitants font leurs courses ; voyez notre page sur les marchés d’Asan et d’Indra Chowk.
  • Au jardin : le jardin botanique national de Godavari présente des plantes du pays dans un cadre soigné ; voyez notre page sur le jardin botanique de Godavari.
  • Médecines traditionnelles : la médecine amchi des peuples tibétains du nord utilise largement ces plantes ; lisez notre page sur la médecine amchi. Pour les soins ayurvédiques proposés aux voyageurs, voyez celle sur le massage et l’ayurvéda au Népal.

Ce que vous pouvez rapporter, et ce qu’il faut éviter

Le principe est simple : plus un produit est brut, sauvage et rare, plus il pose problème.

  • À éviter : racines, rhizomes et tubercules sauvages (jatamansi, kutki, sugandhawal), orchidées ou poudres d’orchidées, yarsagumba, et tout produit issu d’une espèce inscrite à la CITES. Sans permis, leur sortie du Népal et leur entrée dans votre pays peuvent être illégales.
  • Plus simple : les épices courantes, comme le timur, achetées en petite quantité dans un emballage fermé et étiqueté.
  • À l’arrivée : la plupart des pays exigent de déclarer graines, plantes et produits végétaux ; renseignez-vous auprès de leurs services de douane et d’inspection des aliments avant le départ.
  • Règles népalaises : consultez notre page sur la douane et les souvenirs.

Plantes médicinales et santé

Une plante traditionnelle n’est pas un médicament sans risque : les remèdes à base de plantes peuvent provoquer des effets indésirables et interagir avec vos traitements, et leur composition n’est pas contrôlée quand ils sont vendus en vrac. Avant d’en consommer, et à plus forte raison en trek, en cas de grossesse ou de traitement en cours, consultez un professionnel de santé ou une clinique santé-voyage. N’utilisez jamais une plante à la place d’un traitement prescrit, contre le paludisme, la diarrhée ou le mal d’altitude notamment.

Les plantes médicinales de l’Himalaya racontent un savoir précieux et une économie fragile. Les observer sur les sentiers, goûter le timur et laisser les racines sauvages dans la montagne est la meilleure façon de les apprécier. Pour préparer l’ensemble de votre séjour, consultez notre page pilier voyage au Népal.

Questions fréquentes

Combien de plantes médicinales récolte-t-on au Népal ?

Les décomptes nationaux varient selon les auteurs. Dans la seule province de Karnali poussent quelque 300 variétés, et environ 2 600 tonnes en sont cueillies chaque année selon les négociants cités par Onlinekhabar (janvier 2024).

Qu’est-ce que le timur ?

C’est le poivre de montagne du Népal, Zanthoxylum armatum, cousin du poivre du Sichuan, utilisé comme épice et, traditionnellement, comme tonique contre la fièvre et l’indigestion. En mars 2026, il valait 975 roupies le kilo en gros à Katmandou.

À quoi sert le chiraito ?

Le chiraito, Swertia chirayita, est un tonique très amer employé contre la fièvre et les troubles biliaires dans les médecines traditionnelles. Le Népal fournit plus de 45 % du volume mondial exporté.

Peut-on exporter du jatamansi du Népal ?

Pas sous forme brute. Le jatamansi est inscrit à l’annexe II de la CITES depuis 1997, et le Népal n’autorise que l’exportation de produits transformés, comme l’huile, avec l’accord du Département des forêts.

Quelles plantes peut-on rapporter du Népal ?

Préférez les épices courantes, comme le timur, en petite quantité et sous emballage étiqueté. Évitez racines et rhizomes sauvages, orchidées et yarsagumba, et déclarez tout végétal à l’arrivée.

Les remèdes népalais à base de plantes sont-ils sans danger ?

Pas forcément : ils peuvent avoir des effets indésirables ou interagir avec vos traitements. Consultez un professionnel de santé ou une clinique santé-voyage avant d’en prendre.

Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.

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Sources consultées