Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Le yarsagumba est sans doute l’organisme le plus convoité de l’Himalaya. Ce petit champignon brun qui sort de la tête d’une chenille momifiée vaut, au kilo, plus d’un million de roupies sur les alpages du Népal. Chaque printemps, des dizaines de milliers de montagnards montent le chercher à quatre pattes dans les prairies d’altitude. Si vous partez au Dolpo, au Manang ou dans l’ouest du pays en mai ou en juin, vous croiserez cette ruée. Voici ce qu’est le yarsagumba, comment se déroule la récolte en 2026, ce qu’elle rapporte, pourquoi elle décline et ce que cela change pour votre trek. Informations vérifiées le 4 novembre 2026.
Le yarsagumba (yarchagumba, ou cordyceps), de son nom scientifique Ophiocordyceps sinensis, est un champignon parasite. Ses spores infectent dans le sol des chenilles de papillons de nuit ; le champignon envahit la larve, la tue et la momifie, puis fait sortir de sa tête une fine tige brune qui pointe à travers l’herbe au printemps. Son nom tibétain signifie à peu près « herbe d’été, ver d’hiver ». Prisé de longue date dans la médecine traditionnelle chinoise et tibétaine, il est surnommé dans la presse le « viagra de l’Himalaya ».
Au Népal, il pousse entre 3 000 et 5 000 m et se récolte en mai et en juin, dans une douzaine de districts de montagne de l’ouest et de l’extrême ouest, rapporte le Kathmandu Post (septembre 2023). Le Dolpo et Mugu, dans la province de Karnali, sont parmi les principaux districts producteurs, et la récolte a lieu aussi plus à l’est, au Manang. Les cueilleurs observent que le champignon remonte : on le trouve désormais rarement sous 4 000 m, faute de neige dans les alpages les plus bas (Kathmandu Post, novembre 2025). L’UICN classe l’espèce vulnérable (évaluation datée de 2019, publiée en 2020) : la surexploitation aurait réduit ses populations d’au moins 30 % en quinze ans, rappelait le Kathmandu Post en 2023.
| Repère | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|
| Nom scientifique | Ophiocordyceps sinensis |
| Altitude | De 3 000 à 5 000 m |
| Saison de récolte | Mai et juin ; en 2026, ouverture au Dolpo le 24 mai pour un mois |
| Régions | Une douzaine de districts de l’ouest (Dolpo, Mugu, Jumla, Humla…), et le Manang |
| Prix sur place (2026) | 700 à 1 000 NPR la pièce, 1,6 à 1,8 million de NPR le kilo à Mugu |
| Redevance | 31 000 NPR le kilo, payée par les négociants pour le permis de transport |
| Statut | Vulnérable (UICN, 2019) ; commerce légalisé au Népal en 2001 |
Au Dolpo, une réunion des autorités à Dunai a décidé d’ouvrir les alpages d’altitude pour un mois à partir du 24 mai 2026, avec un plan de réglementation en douze points (Kathmandu Post, 6 mai 2026). Le parc national de Shey Phoksundo a fixé trois tarifs d’entrée pour les cueilleurs : 500 NPR pour les habitants de la zone tampon, 2 000 NPR pour les autres habitants du Dolpo et 3 000 NPR pour ceux venus d’ailleurs. Pendant la récolte, il est interdit d’abandonner des plastiques, de planter sa tente hors des zones prévues, d’utiliser des outils ou armes prohibés, d’allumer des feux au hasard et de creuser des trous. Police et gardes du parc étaient mobilisés, avec les collectivités locales, contre la récolte précoce illégale.
Au total, 6 205 cueilleurs sont entrés dans 21 alpages du parc, qui a encaissé 10,7 millions de roupies de droits ; à Mugum Karmarong, dans le district de Mugu, ils étaient environ 4 000 (Kathmandu Post, 13 juillet 2026). Au Manang, l’ACAP a plafonné le droit d’inscription des cueilleurs à 35 000 NPR et fixé à 20 000 NPR celui des acheteurs, tandis que Kantipur annonçait le même jour l’interdiction des alpages de Nar et de Phu aux cueilleurs venus de l’extérieur, sans en détailler les modalités (Kantipur, 1er mai 2026).
La récolte est dangereuse : en 2026, quatre cueilleurs sont morts du mal d’altitude et près de cinquante personnes atteintes ont été secourues (Kathmandu Post, 13 juillet 2026).
Les chiffres réunis par le Kathmandu Post en juillet 2026 sont sans appel. Depuis la province de Karnali, le yarsagumba transporté est passé de 2 169 kg en 2017-2018 et 2 414 kg en 2018-2019 à 1 900 kg en 2023-2024, puis à 941 kg l’an dernier. Au parc de Shey Phoksundo, les permis de transport portaient sur 150 kg l’an dernier, contre 20,5 kg seulement à la mi-juillet 2026. À Mugum Karmarong, aucun permis n’avait encore été demandé, contre 107 kg l’année précédente.
Les explications avancées par les forestiers et les botanistes se recoupent : pluies et neige insuffisantes, réchauffement, dégradation des habitats, incendies de forêt et pression humaine croissante sur les alpages. Des pièces infectées par un autre champignon ont même été refusées par les négociants cette année. Les cueilleurs y perdent gros : un habitant de Mugu cité par le journal n’a trouvé que 210 pièces cette saison, après environ 350 000 roupies de gains l’an dernier, et certains sont redescendus au bout de deux semaines, contre au moins six autrefois. La province de Karnali prépare un plan directeur de conservation du yarsagumba.
Pour les familles des hautes vallées, le yarsagumba est vital : selon une étude de la banque centrale citée par le Kathmandu Post (2023), il représente en moyenne 56 % du revenu annuel des foyers qui le récoltent. Sa cueillette, illégale jusqu’en 2001, a été légalisée cette année-là, et la redevance est passée de 20 000 à 30 000 NPR le kilo, puis à 31 000 NPR aujourd’hui. Les prix ont flambé : environ 5 dollars le kilo en 1992, 1 400 en 2002, 100 000 dollars en Chine et à Hong Kong en 2012. Ils baissent désormais au Népal : un négociant du Dolpo cite 2,7 millions de roupies le kilo il y a deux ans, 2,4 millions l’an dernier, et 1,6 à 1,8 million en 2026 à Mugu.
Le projet de directive du ministère des Forêts publié en 2023 prévoyait un permis de cueillette par personne et par an, l’interdiction aux moins de 16 ans, une récolte limitée à 30 jours entre la mi-avril et la mi-juin, et des camps encadrés avec eau, gestion des déchets, soins et sécurité. Au cours de l’exercice 2022-2023, le Népal a exporté 683 kg de yarsagumba pour 443,19 millions de roupies, surtout vers le Cambodge, la Chine, les États-Unis, le Vietnam, la Malaisie et Singapour.
Si vous partez en mai ou en juin vers le lac Phoksundo et le Bas-Dolpo, le Haut-Dolpo, le Manang ou la vallée de Nar-Phu, attendez-vous à partager les sentiers avec la ruée vers les alpages.
Hors saison, en automne, les alpages ont retrouvé leur calme, et c’est la meilleure période pour la plupart de ces treks.
Notre conseil est clair : non. Le commerce est encadré par des permis de cueillette, de transport et des redevances que le voyageur ne peut pas vérifier : un office forestier de district déclarait ainsi ne pas pouvoir légaliser la vente ni l’exportation d’un yarsagumba récolté sans son autorisation (Kathmandu Post, juillet 2020). Un avis publié en 2019 au Journal officiel népalais, en vertu de la loi sur le contrôle des importations et des exportations, inscrivait même le yarsagumba, avec le jatamansi et le kutki, parmi les produits forestiers interdits d’importation et d’exportation (The Himalayan Times, 7 juillet 2019) ; des négociants agréés déclarent pourtant des exportations en douane sous permis. Nous n’avons trouvé aucune règle officielle permettant à un touriste d’en emporter dans ses bagages : considérez que c’est interdit. Votre pays d’arrivée peut en outre restreindre l’entrée de champignons, de produits d’origine animale ou de remèdes traditionnels. Enfin, l’espèce est vulnérable : chaque pièce achetée encourage la surexploitation d’alpages déjà épuisés. Pour les règles générales de sortie du territoire, voyez notre page sur la douane et les souvenirs, et pour les autres plantes de l’Himalaya, celle sur les plantes médicinales de l’Himalaya.
Le yarsagumba raconte beaucoup de la montagne népalaise : la dureté de la vie en altitude, la dépendance à un marché lointain et les effets du réchauffement. Le voir de loin, en respectant le travail des cueilleurs, est la meilleure façon de s’y intéresser. Pour préparer l’ensemble de votre séjour, consultez notre page pilier voyage au Népal.
C’est un champignon, Ophiocordyceps sinensis, qui parasite et momifie une chenille de papillon de nuit dans le sol des alpages. Il pousse entre 3 000 et 5 000 m et est très recherché par la médecine traditionnelle chinoise.
En mai et en juin. En 2026, les alpages du Dolpo ont ouvert le 24 mai pour un mois, selon le Kathmandu Post.
En 2026, les cueilleurs de Mugu le vendaient de 700 à 1 000 roupies la pièce, soit 1,6 à 1,8 million de roupies le kilo, contre 2,7 millions deux ans plus tôt. Les négociants paient en plus une redevance de 31 000 roupies le kilo.
Les forestiers et botanistes citent le manque de pluie et de neige, le réchauffement, la dégradation des habitats, les incendies et la pression humaine. Depuis la province de Karnali, les volumes transportés sont passés de 2 414 kg en 2018-2019 à 941 kg l’an dernier.
Oui, mais attendez-vous à des camps de cueilleurs, à des villages vidés et à des alpages fermés aux personnes extérieures. Respectez les consignes des gardes et montez progressivement pour éviter le mal d’altitude.
Non. Un avis du Journal officiel de 2019 le range parmi les produits forestiers interdits d’exportation, aucune règle officielle n’autorise un touriste à en emporter, votre pays d’arrivée peut en restreindre l’entrée, et l’espèce est classée vulnérable par l’UICN.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
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