Simraungadh : les ruines de la capitale médiévale du Tirhut, dans le district de Bara

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • Simraungadh, dans le district de Bara (province de Madhesh), fut la capitale des rois karnat du Mithila (Tirhut), dynastie fondée par Nanyadeva en 1097 ; l’armée du sultan Ghiyasuddin Tughlaq a détruit la ville en 1324.
  • Il ne reste presque rien de la cité fortifiée : on visite surtout le temple de Kankali, le Ranivas et son temple de Ram-Janaki, et de grands étangs anciens, dans un paysage rural de la plaine.
  • Du 19 novembre au 10 décembre 2024 environ, le Département d’archéologie a fouillé à Hariharpur et mis au jour des maisons, des sanctuaires, des briques et des poteries ; huit zones ont été déclarées protégées.
  • Accès : vol Katmandou–Simara (Buddha Air, 15 à 20 minutes), puis route vers Birgunj et l’est du district ; Simraungadh est à 13 km du temple de Gadhimai, environ une heure de piste en jeep.
  • Aucun billet d’entrée signalé, aucune infrastructure touristique : venez avec un chauffeur ou un guide local, de l’eau et de la patience.
Pierre sculptée de l’ancienne porte de Simraungadh (Bara)
Pierre sculptée de l’ancienne porte de Simraungadh (Bara). Photo : Scyfie, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Simraungadh est l’un des sites historiques les plus importants et les moins visités du Népal. Sous les rizières et les villages du district de Bara, à deux pas de la frontière indienne, dort l’ancienne capitale du royaume de Mithila, que les historiens appellent aussi le Tirhut. Pendant plus de deux siècles, des rois venus du sud y ont régné, avant que la ville ne soit rasée au XIVe siècle. Aujourd’hui, le voyageur n’y trouve ni musée ni billetterie, mais des temples encore très fréquentés, des étangs creusés il y a des siècles et des fragments de sculptures dispersés dans les champs. Voici ce qu’il faut savoir pour comprendre le site, y aller et le visiter dans de bonnes conditions. Informations vérifiées le 4 novembre 2026.

Simraungadh en bref

Simraungadh est aujourd’hui une municipalité du district de Bara, dans la province de Madhesh, au cœur du Teraï central. Le site antique déborde la frontière : selon Wikipédia, il s’étend au nord dans le district de Bara et au sud dans le district indien du Champaran oriental, au Bihar. On y parle surtout le maïthili et le bhojpuri, rappelle OnlineKhabar.

RepèreCe qu’il faut savoir
SituationMunicipalité de Simraungadh, district de Bara, province de Madhesh, contre la frontière indienne
Repères de distance28 km à l’est de Birgunj selon Wikipédia ; 13 km du temple de Gadhimai selon OnlineKhabar
Période de gloireCapitale des Karnat du Mithila de 1097 à 1324
À voirTemple de Kankali, Ranivas et temple de Ram-Janaki, étangs anciens, fragments sculptés
Fouilles récentesDépartement d’archéologie, novembre-décembre 2024, à Hariharpur (quartier 4)
Durée de visiteUne demi-journée sur place, une journée avec le trajet depuis Birgunj

L’histoire de Simraungadh, capitale du Tirhut

Les sources concordent sur l’essentiel. En 1097, le roi Nanyadeva fonde la dynastie des Karnat, qui règne sur le Mithila, la région qui correspond au nord du Bihar actuel et aux plaines voisines du sud-est du Népal, et fait de Simraungadh sa capitale (Wikipédia, Nepal Traveller, OnlineKhabar). Ses rois portent le titre de seigneurs du Mithila. Le dernier d’entre eux, Harisimhadeva, règne de 1295 à 1324.

En 1324, l’armée du sultan de Delhi Ghiyasuddin Tughlaq envahit le Mithila. Harisimhadeva abandonne la forteresse et fuit vers le nord, dans les collines ; selon OnlineKhabar, il meurt en chemin à Tinpata, dans le district de Sindhuli. La ville est détruite, mettant fin à 229 ans de règne karnat, souligne Nepal Traveller. La région passe ensuite aux rois oiniwar ou aux rois de Makwanpur, jusqu’à l’unification du Népal en 1768.

L’épisode a laissé une trace durable dans la vallée de Katmandou : l’article d’OnlineKhabar rapporte que des inscriptions du roi Pratap Malla, au XVIIe siècle, évoquent la route de Harisimhadeva, et que la tradition lui attribue l’arrivée dans la vallée de la déesse Tulaja Bhawani, venue de Simraungadh. Selon Wikipédia, son fils Jagatsimha épouse une princesse de Bhaktapur. Les historiens débattent encore de la place exacte de cette lignée dans l’histoire de la vallée : retenez surtout que Simraungadh relie le Teraï au monde newar. Pour le contexte général, voyez notre page sur l’histoire du Népal.

Une cité fortifiée hors norme

Les récits anciens décrivent une ville imposante. Le moine tibétain Dharmasvamin, de passage en 1236, parle d’une cité entourée de sept hautes murailles, avec un palais à onze portes et vingt et un fossés remplis d’eau (Wikipédia). Le missionnaire italien Cassiano Beligatti, qui traverse les ruines le 29 février 1740, note encore des murs très hauts. Les relevés modernes décrivent une enceinte rectangulaire de remparts de terre et de fossés comblés, d’environ 7,5 km du nord au sud et 4,5 km d’est en ouest. Au sol, ne vous attendez pas à voir ces murailles : en 2012, les habitants interrogés par l’auteur d’OnlineKhabar ne savaient plus montrer de vestiges du palais ou du fort.

Les fouilles de 2024 et la protection du site

Simraungadh intéresse les archéologues depuis longtemps : au début des années 1990, des chercheurs ont dressé un plan de la ville et ouvert une tranchée d’essai à travers les fortifications, d’après les publications de Vidale et Lugli (1992-1993) citées par Wikipédia. Plus récemment, selon Kantipur (20 décembre 2024), une équipe du Département d’archéologie a mené pendant trois semaines, du 4 au 25 Mangsir 2081 (environ du 19 novembre au 10 décembre 2024), des fouilles d’urgence à Hariharpur, dans le quartier 4 de la municipalité, sur le site de Sandukiya Mai. Elles avaient été déclenchées par un projet de mur et de salle de réunion.

Les archéologues y ont trouvé des structures de maisons et de sanctuaires, des briques de plusieurs tailles, des poteries, des jouets en terre cuite, des clous et anneaux de métal et des éléments décoratifs, avec les traces de plusieurs phases d’occupation. Huit secteurs ont été déclarés zones protégées, dont le temple de Kankali, le Ranivas, l’étang Mahanth, le site de Kameshwarnath Mahadev, le site de Sandukiya Mai, le talus de terre d’Amarpur et le Kotwali ; des panneaux rappellent que toute fouille non autorisée est sanctionnée en vertu de la loi de 2013 (calendrier népalais) sur la protection des monuments anciens. Le même article indique que l’université britannique de Durham avait déjà repéré la zone pour de futures recherches.

Ce que cela change pour vous : ne ramassez rien. Les tessons de poterie et les fragments de terre cuite qui affleurent dans les champs font partie du site, et des statues ont déjà été volées par le passé, rappelle Wikipédia.

Que voir à Simraungadh

La visite tient en quelques lieux, reliés par des routes de campagne. Le plus simple est de les enchaîner avec un chauffeur qui connaît le secteur.

  • Le temple de Kankali : sanctuaire de style shikhara dédié à Kankali Mai, dont l’idole est une pierre noire. Nepal Traveller signale des inscriptions de cloches datées de 1340, une restauration au début du XIXe siècle et une reconstruction en 1967 ; c’est le temple le plus fréquenté du site, notamment à Ram Navami. À côté se trouvent l’étang d’Ishra et le tombeau à coupole d’un saint vénéré, Mansha Baba.
  • Le Ranivas et le temple de Ram-Janaki : la « résidence de la reine » aurait été bâtie par le roi oiniwar Shiva Singh pour sa fille Isri Devi ; il n’en reste que des vestiges. Sur son terrain, un temple de Ram-Janaki, avec les statues de Ram, Sita et Lakshman et un grand Hanuman, a été élevé au XIXe siècle par la famille Rana à la mémoire de Jung Bahadur Rana ; les sources divergent sur la date et le nom du fondateur. OnlineKhabar décrivait en 2019, d’après une visite de 2012, des bâtiments de pèlerins délabrés.
  • Les étangs anciens : la ville comptait de nombreux étangs creusés entre le XIe et le XIIIe siècle, dont peu subsistent. Le Jharokhar Pokhari, près de la frontière, a fondu de 52 à 22 bighas selon Nepal Traveller (juillet 2024). Ce sont de beaux lieux à observer en fin de journée, quand les villageois y viennent.
  • Les fragments sculptés : statues de Brahma, de Bouddha, de Garuda ou de Bhairava ont été retrouvées sur le site (Wikipédia). Certaines sont rassemblées près des temples ; regardez sans toucher.

Soyons honnêtes : Simraungadh déçoit ceux qui cherchent des monuments spectaculaires. Elle séduit ceux qui aiment l’histoire, la vie rurale du Teraï et les lieux où le passé affleure sans mise en scène.

Comment aller à Simraungadh

Simraungadh se rejoint par Birgunj, la grande ville frontalière du district voisin de Parsa, ou par la région de Gadhimai, dans le Bara.

ÉtapeMoyenÀ savoir au 4 novembre 2026
Katmandou → SimaraAvion (Buddha Air)Vol de 15 à 20 minutes environ (15 minutes au programme du 5 novembre 2026 pour le retour Simara–Katmandou, selon FlightStats) ; l’aéroport de Simara dessert Birgunj
Katmandou → BirgunjBus ou voiturePar Hetauda : voir notre page sur la frontière de Birgunj et sur Hetauda
Birgunj → SimraungadhVoiture avec chauffeur ou jeep28 km à l’est de Birgunj selon Wikipédia
Gadhimai → SimraungadhJeep13 km selon OnlineKhabar ; environ une heure de piste cahoteuse selon Nepal Traveller

Le récit de Nepal Traveller (juillet 2024) décrit une heure de jeep sur des routes poussiéreuses et bosselées, entre champs, potagers et étangs. Le plus pratique est de partir de Birgunj ou de Kalaiya, le chef-lieu du Bara, avec un chauffeur local. Sur la route de Katmandou, lisez nos pages sur Hetauda et sur la frontière Birgunj–Raxaul, qui détaille l’aéroport de Simara et les trajets.

Où dormir

Il n’existe pas d’hébergement touristique à Simraungadh même. Dormez à Birgunj, qui offre des hôtels de toutes catégories, ou à Kalaiya, où l’on trouve des hôtels simples, et faites l’aller-retour dans la journée.

Quand venir et combiner la visite

Le Teraï est une plaine chaude : la meilleure période va d’octobre à mars. Les matins d’hiver, de décembre à janvier, sont souvent brumeux. Au printemps, la chaleur monte vite, et pendant la mousson, qui s’installe normalement vers le 13 juin et se retire vers le 2 octobre selon le service météorologique népalais, les pistes deviennent boueuses. Ram Navami, la fête qui remplit le temple de Kankali, tombe au printemps : la date de 2027 relève de l’année népalaise 2084, dont la liste officielle n’est pas publiée au 4 novembre 2026. Voyez notre page sur Chaite Dashain et Ram Navami.

Simraungadh se combine avec le temple de Gadhimai, à 13 km : lisez notre page sur la fête de Gadhimai pour son contexte, ses décisions sur les sacrifices et son calendrier. Plus à l’est, Janakpur prolonge la découverte du monde mithila.

Conseils pratiques et erreurs à éviter

  • Venez accompagné : les sites sont dispersés et peu signalés ; un chauffeur ou un guide local vous fera gagner des heures.
  • Tenue et temples : couvrez épaules et genoux, retirez vos chaussures à l’entrée des sanctuaires et ne touchez ni aux idoles ni aux offrandes.
  • Photos : demandez avant de photographier les fidèles et les prêtres.
  • Patrimoine : ne ramassez aucun tesson ni fragment et n’achetez aucun objet présenté comme ancien ; leur exportation est réglementée.
  • Eau et argent : emportez de l’eau, un chapeau et des petites coupures ; il n’y a pas de distributeur sur les sites.
  • Sécurité : roulez de jour, et renseignez-vous sur place sur l’état des pistes après de fortes pluies.

Pour le comportement dans les lieux sacrés, consultez notre page sur les usages et l’étiquette au Népal, et pour la cuisine que vous goûterez en route, notre page sur la cuisine du Teraï.

Simraungadh dans votre voyage

Simraungadh est une étape pour voyageurs curieux qui traversent le Teraï central, entre Birgunj, Gadhimai et Janakpur. Elle n’exige qu’une journée et offre ce que peu de sites népalais donnent encore : une histoire immense presque sans touristes. Pour bâtir votre itinéraire dans les plaines, voyez notre itinéraire dans le Teraï, et pour préparer l’ensemble du séjour, notre page pilier voyage au Népal.

Questions fréquentes

Où se trouve Simraungadh ?

Simraungadh est une municipalité du district de Bara, dans la province de Madhesh, contre la frontière indienne. Wikipédia la situe à 28 km à l’est de Birgunj, et OnlineKhabar à 13 km du temple de Gadhimai.

Pourquoi Simraungadh est-elle célèbre ?

C’était la capitale des rois karnat du Mithila (Tirhut), dynastie fondée par Nanyadeva en 1097. La ville a été détruite en 1324 par l’armée du sultan Ghiyasuddin Tughlaq, et son dernier roi, Harisimhadeva, a fui vers les collines du Népal.

Que reste-t-il à voir à Simraungadh ?

Surtout des lieux de culte et des étangs : le temple de Kankali, le Ranivas et son temple de Ram-Janaki, l’étang d’Ishra et le Jharokhar Pokhari, ainsi que des fragments sculptés. Les murailles décrites par les voyageurs anciens ne sont plus visibles.

Y a-t-il eu des fouilles récentes ?

Oui : du 19 novembre au 10 décembre 2024 environ, le Département d’archéologie a fouillé à Hariharpur, dans le quartier 4, et trouvé maisons, sanctuaires, briques et poteries. Huit secteurs ont été déclarés zones protégées.

Comment aller à Simraungadh depuis Katmandou ?

Le plus rapide est le vol Katmandou–Simara (Buddha Air, 15 à 20 minutes environ), puis la route vers Birgunj et l’est du district avec un chauffeur. Comptez une journée avec la visite, en dormant à Birgunj ou à Kalaiya.

Faut-il payer une entrée à Simraungadh ?

Nous n’avons trouvé aucune source signalant un billet d’entrée au 4 novembre 2026. Prévoyez seulement de petites coupures pour les offrandes et le transport local.

Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.

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Sources consultées