Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Les grues demoiselles offrent l’un des plus beaux spectacles naturels de l’Himalaya. Chaque automne, ces élégantes grues grises au long plumet blanc derrière l’œil quittent les steppes d’Asie centrale, franchissent le plateau tibétain puis la plus haute chaîne du monde, et s’engouffrent dans la vallée de la Kali Gandaki, entre le Dhaulagiri et l’Annapurna I. Pour qui se trouve au Mustang au bon moment, voir passer des vols de centaines d’oiseaux au-dessus des falaises est inoubliable. Voici quand venir, où se placer, comment y aller en 2026 et comment observer sans déranger. Informations vérifiées le 4 novembre 2026.
La grue demoiselle (Grus virgo, ou Anthropoides virgo) est appelée karyang kurung au Népal, d’après son cri, un nom que l’on applique parfois aussi à la grue cendrée. Selon Bird Conservation Nepal, partenaire de BirdLife International, les oiseaux qui nichent en Mongolie, en Chine et en Sibérie franchissent l’Himalaya par les vallées de la Kali Gandaki et de la Karnali, puis hivernent surtout au Gujarat et au Rajasthan, en Inde. Le trajet atteint près de 3 000 km dans chaque sens, écrivait Rajendra Suwal, du WWF Népal, dans le Nepali Times en octobre 2020.
Pourquoi la Kali Gandaki ? Parce que cette gorge, creusée entre deux sommets de plus de 8 000 m, forme un couloir naturel à travers la chaîne : Kagbeni, à la sortie du Haut-Mustang, est un point de passage clé où la vallée canalise les oiseaux. Les études par balise satellite décrivent un trajet en boucle : les grues survolent le Népal à l’automne, mais rentrent au printemps par une autre route, via la Mongolie. Au Népal, l’automne est donc la seule saison pour les voir. Pour comprendre la géographie de la vallée, voyez notre page sur les gorges de la Kali Gandaki.
| Repère | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|
| Espèce | Grue demoiselle, Grus virgo ; « karyang kurung » en népali |
| Origine | Mongolie, Chine, Sibérie |
| Destination | Surtout Gujarat et Rajasthan (Inde) |
| Couloirs au Népal | Kali Gandaki (Mustang) et Karnali, avec le couloir de la Bheri |
| Période | Fin août à octobre ; grands vols de la dernière semaine de septembre à la fin octobre |
| Heures | Arrivées surtout entre 9 h et midi |
| Effectifs | 14 448 grues comptées en 2016 ; environ 20 000 par an selon Bird Conservation Nepal |
| Statut | Préoccupation mineure (UICN) ; espèce protégée par la loi népalaise sur les parcs nationaux et la faune |
Bird Conservation Nepal situe la migration d’automne de la fin août à octobre. Les grands vols traversent l’Himalaya de la dernière semaine de septembre à la fin octobre, rapportait le Kathmandu Post en novembre 2016. Le calendrier varie selon la météo : cette année-là, une mousson longue et irrégulière avait retardé les arrivées de plus d’une semaine, selon l’ornithologue Jyotendra Jyu Thakuri. En 2019, Bird Conservation Nepal notait aussi que le mauvais temps avait détourné une partie des grues du couloir de la Kali Gandaki.
L’heure compte autant que la date. Une étude de terrain menée en 2017 dans le Haut-Mustang (université Tribhuvan) a observé que les grues arrivaient entre 9 h et midi, avant que les forts vents de face de l’après-midi ne se lèvent ; le vent, la couverture nuageuse et l’heure influaient sur les comptages, et des nuages bas pouvaient faire changer les oiseaux de direction. Selon une étude de Bird Conservation Nepal citée par le Kathmandu Post en 2019, des grues parties du Tibet tôt le matin atteignent le Mustang vers midi.
Le premier comptage systématique, mené par Bird Conservation Nepal à Samar, dans le Haut-Mustang, du 27 septembre au 24 octobre 2016, a recensé 14 448 grues demoiselles ; le Kathmandu Post arrondissait à environ 15 000. En 2017, une étude de l’université Tribhuvan en a compté 8 166 en 40 vols, soit des groupes de deux cents oiseaux en moyenne. D’après quatre années d’étude au Mustang, Bird Conservation Nepal estimait en 2019 qu’environ 20 000 grues entrent au Népal chaque année par la Kali Gandaki.
Les effectifs varient beaucoup d’une année à l’autre. Rajendra Suwal relevait que ses propres comptages maximaux étaient passés d’environ 50 000 oiseaux en 2004 à 5 000 en 2009. À l’échelle mondiale, l’espèce n’est pas menacée : sa population dépasse 200 000 oiseaux, et BirdLife International la classe en préoccupation mineure sur la liste rouge de l’UICN. Nous n’avons trouvé aucun comptage publié pour l’automne 2026 au 4 novembre 2026.
L’étude de 2017 cite comme haltes Damodar Kunda, Lo Manthang, Chaile, Chuksang, Kagbeni, Tukuche et Marpha, surtout dans des zones humides, des champs et des berges ; le WWF ajoute Larjung, dans les plaines d’inondation de l’aire de conservation de l’Annapurna. Mais les haltes autour de Jomsom et de Marpha, autrefois régulières, étaient devenues rares quelques années avant 2016 : routes et villages en extension ont perturbé les oiseaux, selon le Kathmandu Post.
| Secteur | Permis | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| Kagbeni | Aire de conservation de l’Annapurna (ACAP) | Point de passage clé de la vallée, à l’entrée du Haut-Mustang ; accessible sans permis spécial |
| Jomsom, Marpha, Tukuche, Larjung | ACAP | Fond de vallée large ; haltes plus rares qu’autrefois, mais vols visibles en matinée |
| Chuksang, Chaile, Samar | Zone réglementée du Haut-Mustang | Site du comptage de Samar ; permis spécial, guide et agence obligatoires |
| Lo Manthang, Damodar Kunda | Zone réglementée du Haut-Mustang | Haltes en altitude, pour les treks du Haut-Mustang |
Pour la plupart des voyageurs, le plus simple est de se placer entre Kagbeni et Marpha, sur l’itinéraire classique de la basse vallée. Le village de Tukuche, plus au sud, est aussi cité parmi les haltes. Choisissez un point dégagé, une terrasse ou une butte face à la vallée, et scrutez le ciel vers le nord en matinée : les vols arrivent haut, en V ou en longues lignes, souvent signalés par leurs cris avant d’être visibles.
L’accès au Mustang a été perturbé cet automne. Les vols réguliers Pokhara–Jomsom ont été suspendus pour cinq mois, seuls des vols affrétés continuant, selon le chef de l’aéroport de Jomsom (Nepal News, 22 octobre 2026). Côté route, le tronçon de Myagdi de la route Beni–Jomsom, coupé par les glissements de terrain et les crues de la Kali Gandaki fin septembre, a rouvert après réparation ; bus et jeeps circulent, mais les travaux se poursuivent pour fluidifier le trafic (Ratopati, 23 octobre 2026). Vérifiez l’état de la route auprès de votre agence et de la police de district avant de partir.
La grue demoiselle est protégée par la loi népalaise sur les parcs nationaux et la conservation de la faune, rappelait le Kathmandu Post en 2019. Sur sa route, elle fait face à la destruction des haltes, aux changements de pratiques agricoles, aux chiens errants et à la chasse, selon l’étude de 2017. Plus loin, les graines traitées aux pesticides tuent aussi : 37 grues ont été trouvées mortes près de Jodhpur, en Inde, en novembre 2019, et au Pakistan des chasseurs capturent encore des grues au lasso lesté (Nepali Times, 2020).
Pour d’autres sites et saisons d’observation, consultez notre page sur l’observation des oiseaux au Népal. Pour bâtir l’ensemble de votre séjour, voyez notre page pilier voyage au Népal.
À l’automne : Bird Conservation Nepal situe la migration de la fin août à octobre, et les grands vols passent de la dernière semaine de septembre à la fin octobre. Les grues arrivent surtout entre 9 h et midi.
Entre Kagbeni et Marpha, dans la basse vallée du Mustang, et plus au nord à Samar, Chuksang ou Lo Manthang, dans le Haut-Mustang. Les haltes se trouvent dans les zones humides, les champs et sur les berges.
Bird Conservation Nepal a compté 14 448 grues à Samar du 27 septembre au 24 octobre 2016 et estime qu’environ 20 000 grues passent chaque année par la Kali Gandaki. Les effectifs varient fortement selon les années et la météo.
Elles nichent en Mongolie, en Chine et en Sibérie, franchissent le Tibet et l’Himalaya, puis hivernent surtout au Gujarat et au Rajasthan, en Inde. Au printemps, elles rentrent par une autre route, via la Mongolie.
À Kagbeni, Jomsom et Marpha, il faut le permis de l’aire de conservation de l’Annapurna (3 000 NPR), la carte TIMS et un guide licencié pour un trek. Samar et le Haut-Mustang exigent en plus le permis spécial à 50 USD par jour, demandé par une agence.
Les vols réguliers Pokhara–Jomsom sont suspendus pour cinq mois depuis la mi-octobre 2026, seuls des vols affrétés continuant. La route Beni–Jomsom a rouvert aux bus et aux jeeps après les crues, avec des travaux en cours : vérifiez son état avant de partir.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
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