L’histoire de l’alpinisme au Népal, de l’Annapurna en 1950 aux records des Sherpas

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • Le Népal, fermé aux étrangers sous les Rana, ne s’ouvre aux alpinistes qu’en 1949-1950 ; la première expédition complète autorisée est française.
  • Le 3 juin 1950, Maurice Herzog et Louis Lachenal atteignent le sommet de l’Annapurna I (8 091 m), premier 8 000 gravi au monde ; l’Everest suit le 29 mai 1953.
  • Repères : Junko Tabei, première femme au sommet de l’Everest le 16 mai 1975 ; Messner et Habeler, sans oxygène, le 8 mai 1978 ; Pasang Lhamu Sherpa, première Népalaise, le 22 avril 1993.
  • Records au 4 novembre 2026 : 32 ascensions de l’Everest pour Kami Rita Sherpa et 11 pour Lhakpa Sherpa, atteintes le même jour, le 17 mai 2026.
  • Pour retrouver cette histoire : musée international de la montagne de Pokhara, Lukla rebaptisé Tenzing-Hillary en 2008, camps de base de l’Annapurna et de l’Everest.
L’Annapurna I (8 091 m), premier sommet de plus de 8 000 m gravi, en 1950
L’Annapurna I (8 091 m), premier sommet de plus de 8 000 m gravi, en 1950. Photo : Jean-Marie Hullot from France, Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

L’histoire de l’alpinisme au Népal est récente : elle commence vraiment en 1950, quand un pays longtemps fermé laisse entrer une expédition française. En trois quarts de siècle, les montagnes népalaises ont vu le premier 8 000 gravi, la conquête de l’Everest, les grandes faces, les ascensions sans oxygène, l’essor des expéditions commerciales, et surtout l’affirmation des alpinistes népalais, longtemps cantonnés au rôle de porteurs. Voici les grandes étapes, les drames qui ont changé les règles, et où retrouver cette histoire pendant votre voyage, même sans jamais chausser de crampons. Informations vérifiées le 4 novembre 2026.

Avant 1950 : un pays fermé

Pendant plus d’un siècle, le régime des Rana interdit le Népal aux explorateurs et aux alpinistes. Les premières tentatives sur l’Everest, dans les années 1920 et 1930, partent donc du Tibet, par le versant nord ; c’est là que George Mallory disparaît en 1924. En 1949, le Népal commence à s’ouvrir aux Occidentaux, d’abord en n’admettant les alpinistes qu’avec des missions scientifiques. L’autorisation de la première véritable expédition d’alpinisme est accordée aux Français pour 1950, selon l’article de Wikipédia consacré à l’expédition. La même année, en octobre, la Chine occupe le Tibet, qui se ferme à son tour : pour une génération, c’est par le Népal que l’on aborde les géants de l’Himalaya.

1950-1960 : l’âge d’or des premières

L’Annapurna, premier 8 000

L’expédition française, menée par Maurice Herzog, rejoint en avril 1950 le bourg marchand de Tukuche, dans la vallée de la Kali Gandaki, dont elle fait sa base. Elle étudie d’abord le Dhaulagiri, jugé impossible, puis cherche longtemps l’Annapurna, caché derrière le Nilgiri et mal placé sur les cartes de l’époque. Le 3 juin 1950, vers 14 h, Herzog et Louis Lachenal atteignent le sommet de l’Annapurna I (8 091 m) par la face nord. La descente tourne au calvaire : gravement gelés, Herzog perd ses doigts et ses orteils, Lachenal ses orteils. Le sirdar Ang Tharkay, qui s’était vu offrir une place dans la cordée finale, l’avait déclinée, sentant ses pieds geler.

Le récit d’Herzog, Annapurna premier 8000, reste un classique, que nous présentons sur notre page livres sur le Népal. Il existe désormais en népali : une traduction financée par l’ambassade de France a été présentée à Katmandou en décembre 2025, avec l’Alliance française, rapporte le Kathmandu Post.

L’Everest, puis tous les 8 000 du Népal

Le 29 mai 1953, le Néo-Zélandais Edmund Hillary et Tenzing Norgay Sherpa atteignent le sommet de l’Everest par l’arête sud-est, au sein d’une expédition britannique : voyez notre page sur Edmund Hillary. En une décennie, tous les sommets de plus de 8 000 m du Népal sont gravis, du Cho Oyu en 1954 au Dhaulagiri en 1960, en passant par le Makalu, réussi par les Français Jean Couzy et Lionel Terray en 1955. Les dates et les cordées de chaque première sont détaillées sur notre page sur les sommets de plus de 8 000 m du Népal.

Les grandes dates de l’alpinisme au Népal

DateÉvénement
3 juin 1950Annapurna I, premier 8 000 gravi (Herzog, Lachenal)
29 mai 1953Everest (Hillary, Tenzing Norgay)
1963Arête ouest de l’Everest (Hornbein, Unsoeld)
Automne 1975Face sud-ouest de l’Everest, expédition britannique de Chris Bonington
16 mai 1975Junko Tabei, première femme au sommet de l’Everest
8 mai 1978Reinhold Messner et Peter Habeler au sommet de l’Everest sans oxygène
17 février 1980Première ascension hivernale de l’Everest (Wielicki, Cichy)
22 avril 1993Pasang Lhamu Sherpa, première Népalaise au sommet, morte à la descente
18 mai 2000Lhakpa Sherpa, première Népalaise à redescendre vivante du sommet
18 avril 2014Avalanche dans la cascade de glace du Khumbu : 16 guides népalais tués
17 mai 202632e ascension de Kami Rita Sherpa, 11e de Lhakpa Sherpa

Ces dates viennent d’Onlinekhabar (mai 2023), du Kathmandu Post (mai 2026), de The Himalayan Times (mai 2026) et de History.com pour 2014.

1960-1990 : grandes faces, sans oxygène et en hiver

Une fois les sommets atteints, les alpinistes cherchent des voies plus dures et des styles plus purs. Sur l’Everest, les Américains Tom Hornbein et Willi Unsoeld ouvrent l’arête ouest en 1963, et l’équipe de Chris Bonington gravit la face sud-ouest à l’automne 1975, Dougal Haston et Doug Scott en tête. Le 16 mai 1975, la Japonaise Junko Tabei devient la première femme au sommet, deux semaines après avoir été prise dans une avalanche, rappelle le Kathmandu Post.

Le 8 mai 1978, Reinhold Messner et Peter Habeler atteignent le sommet sans oxygène en bouteille, alors que des scientifiques jugeaient l’exploit impossible. Le 17 février 1980, les Polonais Krzysztof Wielicki et Leszek Cichy réussissent la première ascension hivernale de l’Everest, avec de l’oxygène. Ces années ouvrent l’ère de l’alpinisme himalayen moderne, plus léger et plus rapide.

Les Sherpas et les alpinistes népalais : de l’ombre aux records

Dès 1950, rien ne se fait sans les sherpas, mot qui désigne à la fois un peuple du Khumbu et, par extension, le métier de guide et de porteur d’altitude. Longtemps, leurs noms restent dans l’ombre des « chefs » étrangers, à l’exception de Tenzing Norgay. Notre page sur les Sherpas raconte leur culture.

Les femmes népalaises s’imposent à leur tour. Le 22 avril 1993, Pasang Lhamu Sherpa devient la première Népalaise au sommet de l’Everest et meurt à la descente, vers 8 750 m ; il faut attendre le 18 mai 2000 pour que Lhakpa Sherpa réussisse l’ascension et redescende vivante, selon le Kathmandu Post. Le 17 mai 2026, Lhakpa Sherpa signe sa 11e ascension, un record féminin, et Kami Rita Sherpa, né en 1970 à Thame et monté pour la première fois en 1994, sa 32e, un record absolu, selon The Himalayan Times.

Les Népalais dominent aussi les grands défis. En 2019, Nirmal Purja enchaîne les quatorze 8 000 de la planète en 189 jours, et le 16 janvier 2021, une équipe de dix alpinistes népalais réussit la première hivernale du K2, au Pakistan. Nirmal Purja est mort, à 43 ans, dans l’avalanche qui a emporté son expédition sur le Broad Peak, au Pakistan, le 30 juillet 2026 ; son corps a été retrouvé le 2 août vers 5 700 m, selon l’Alpine Club of Pakistan cité par Al Jazeera et le quotidien pakistanais Dawn.

Le temps des expéditions commerciales et des drames

À partir des années 1990, des agences proposent l’Everest à des clients guidés. Les ascensions se multiplient, et avec elles les accidents. La tempête de mai 1996, racontée par Jon Krakauer, frappe les esprits. Le 18 avril 2014, une avalanche de séracs dans la cascade de glace du Khumbu tue seize guides népalais, pour la plupart sherpas ; les sherpas boycottent la fin de la saison pour protester contre leurs conditions de travail. Le séisme d’avril 2015 déclenche une autre avalanche sur le camp de base. Notre page sur les avalanches dans l’Himalaya revient sur ces risques.

Les chiffres disent à la fois le danger et ses progrès. Selon le Kathmandu Post (mai 2026), 348 personnes étaient mortes sur l’Everest à la fin de la saison 2025, dont 96 travailleurs sherpas, mais la mortalité est passée sous 1 % des tentatives au cours de la dernière décennie.

L’alpinisme au Népal aujourd’hui

L’alpinisme est devenu une ressource majeure pour le pays. Depuis septembre 2025, un alpiniste étranger paie 15 000 USD de redevance au printemps pour la voie normale de l’Everest, 7 500 USD en automne et 3 750 USD en hiver et en été, d’après les chiffres du Department of Tourism rapportés par la presse ; au 30 avril 2026, 1,16 milliard de roupies de redevances avaient déjà été perçues pour 29 sommets, un record selon Kantipur. Les règles, les assurances et les sommets accessibles aux trekkeurs expérimentés sont expliqués sur nos pages gravir l’Everest et alpinisme au Népal.

Où retrouver l’histoire de l’alpinisme pendant votre voyage

LieuCe qu’il racontePour qui
Musée international de la montagne, PokharaExpéditions, peuples de montagne, géologieTous, en famille
Aéroport Tenzing-Hillary de LuklaConstruit en 1964 sous la supervision d’Hillary, rebaptisé en 2008Trekkeurs de l’Everest
Camp de base de l’Everest (5 364 m)Le décor des grandes expéditions, animé au printempsTrekkeurs bien acclimatés
Camp de base nord de l’AnnapurnaLe versant de la première de 1950Trekkeurs expérimentés, nuits en abri temporaire ou sous tente
Tukuche, vallée de la Kali GandakiLa base de l’expédition française de 1950Voyageurs du Bas-Mustang

Le musée international de la montagne de Pokhara est la visite la plus simple : il présente les grandes expéditions et les peuples de montagne, et se visite en une demi-journée. L’aéroport de Lukla, construit en 1964 sous la supervision d’Edmund Hillary, a été rebaptisé Tenzing-Hillary en 2008 en mémoire des deux hommes, selon le Himalayan Trust. De là part le trek du camp de base de l’Everest, où, au printemps, vous croiserez les expéditions en route vers le sommet. Pour l’Annapurna de 1950, le trek du camp de base nord de l’Annapurna rejoint le versant de la première ascension.

  • Le bon moment : le printemps est la saison des expéditions à l’Everest ; l’automne celle des treks, avec un ciel souvent plus clair.
  • L’altitude : un camp de base n’est pas une promenade ; montez progressivement et consultez un professionnel de santé ou une clinique santé-voyage avant le départ.
  • Le respect : les mémoriaux qui jalonnent les sentiers de l’Everest rendent hommage aux disparus, sherpas comme étrangers. Ne vous asseyez pas dessus et ne déplacez aucune pierre.

Pour situer l’Everest dans les chiffres, lisez notre page l’Everest en faits et en chiffres, et pour préparer l’ensemble de votre séjour, notre page pilier voyage au Népal.

Questions fréquentes

Quel est le premier sommet de 8 000 m gravi au monde ?

L’Annapurna I (8 091 m), au Népal, atteint le 3 juin 1950 par les Français Maurice Herzog et Louis Lachenal, par la face nord. L’Everest a été gravi trois ans plus tard, le 29 mai 1953.

Pourquoi l’alpinisme au Népal n’a-t-il commencé qu’en 1950 ?

Parce que le régime des Rana a fermé le pays aux explorateurs et aux alpinistes pendant plus d’un siècle. Le Népal s’ouvre en 1949, et la première véritable expédition d’alpinisme autorisée est française, pour 1950.

Qui a été la première femme au sommet de l’Everest ?

La Japonaise Junko Tabei, le 16 mai 1975. La première Népalaise, Pasang Lhamu Sherpa, a atteint le sommet le 22 avril 1993 et est morte à la descente.

Qui détient le record d’ascensions de l’Everest ?

Kami Rita Sherpa, avec 32 ascensions, la dernière le 17 mai 2026. Le même jour, Lhakpa Sherpa a porté le record féminin à 11 ascensions.

Où découvrir l’histoire de l’alpinisme au Népal sans grimper ?

Au musée international de la montagne de Pokhara, à Lukla, dont l’aéroport porte depuis 2008 le nom de Tenzing et d’Hillary, et sur le trek du camp de base de l’Everest, animé par les expéditions au printemps.

Combien coûte le permis pour gravir l’Everest en 2026 ?

Pour un étranger, la redevance de la voie normale est de 15 000 USD au printemps, 7 500 USD en automne et 3 750 USD en hiver et en été, en vigueur depuis septembre 2025, sans compter le coût de l’expédition.

Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.

Je découvre le voyage guidé Le guide complet du Népal

Sources consultées