Les 8000 du Népal : huit géants de l’Himalaya et comment les approcher

Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le

En bref

  • Le Népal compte 8 des 14 sommets de plus de 8 000 m de la planète : Everest (8 849 m), Kanchenjunga (8 586 m), Lhotse (8 516 m), Makalu, Cho Oyu, Dhaulagiri I (8 167 m), Manaslu (8 163 m) et Annapurna I (8 091 m).
  • Cinq se dressent sur une frontière, avec la Chine ou avec l’Inde ; le Dhaulagiri, le Manaslu et l’Annapurna sont entièrement népalais.
  • Le premier 8 000 gravi au monde est népalais : l’Annapurna I, le 3 juin 1950, par les Français Maurice Herzog et Louis Lachenal.
  • Pour les voir : treks des camps de base (Everest 5 364 m, Annapurna 4 130 m), Gokyo Ri (5 357 m), Poon Hill (3 210 m) ou vol panoramique de 50 minutes à une heure depuis Katmandou.
  • Permis au 14 octobre 2026 : de 2 000 à 3 000 NPR d’entrée dans l’aire protégée, plus un permis de zone réglementée au Kanchenjunga et au Manaslu ; la crue du 11 octobre 2026 a coupé le sentier du Manaslu entre Philim et Jagat.
Le Dhaulagiri (8 167 m), au-dessus de la vallée de la Kali Gandaki
Le Dhaulagiri (8 167 m), au-dessus de la vallée de la Kali Gandaki. Photo : Vyacheslav Argenberg, Wikimedia Commons, CC BY 4.0.

Les 8000 du Népal sont huit des quatorze sommets de la planète qui dépassent 8 000 m d’altitude : l’Everest, le Kanchenjunga, le Lhotse, le Makalu, le Cho Oyu, le Dhaulagiri, le Manaslu et l’Annapurna I. Nul besoin d’être alpiniste pour les approcher : des treks mènent au pied de la plupart d’entre eux, et des vols panoramiques en longent plusieurs en une heure au plus. Voici leurs altitudes, leur histoire, les meilleurs points de vue, l’accès aux camps de base, les permis et les précautions à prendre en cette fin d’année 2026. Informations vérifiées le 14 octobre 2026.

Les 8000 du Népal en un coup d’œil

L’Office du tourisme du Népal (NTB) consacre une fiche à chacun des huit sommets de plus de 8 000 m situés au Népal, soit huit des quatorze « huit-mille » de la planète. Le tableau les classe par altitude, avec leur rang mondial, leur situation et leur première ascension, d’après les fiches du NTB, complétées par d’autres références quand elles divergent.

Rang mondialSommetAltitudeSituationPremière ascension
1Everest (Sagarmatha)8 849 mFrontière Népal–Chine, parc national de Sagarmatha29 mai 1953, Edmund Hillary et Tenzing Norgay
3Kanchenjunga8 586 mFrontière Népal–Inde (Sikkim), à 128 km à l’est de l’Everest25 mai 1955, George Band et Joe Brown
4Lhotse8 516 mFrontière Népal–Chine, relié à l’Everest par le col Sud18 mai 1956, Ernst Reiss et Fritz Luchsinger
5Makalu8 485 m (8 463 m selon le NTB)Frontière Népal–Chine, à 20 km à l’est de l’Everest15 mai 1955, Jean Couzy et Lionel Terray
6Cho Oyu8 188 m (8 201 m selon le NTB)Frontière Népal–Chine, à 20 km à l’ouest de l’Everest19 octobre 1954, Herbert Tichy, Joseph Jöchler et Pasang Dawa Lama
7Dhaulagiri I8 167 mNépal, district de Myagdi, au nord-ouest de Pokhara13 mai 1960, expédition menée par des Suisses
8Manaslu8 163 mNépal, entre les districts de Gorkha et de Manang9 mai 1956, expédition japonaise
10Annapurna I8 091 mNépal, aire de conservation de l’Annapurna3 juin 1950, Maurice Herzog et Louis Lachenal

Les rangs 2 et 9 manquent : ils reviennent au K2 (8 611 m), à la frontière du Pakistan et de la Chine, et au Nanga Parbat (8 125 m), au Pakistan. Depuis le vol panoramique de l’Everest, on aperçoit aussi le Shishapangma (8 027 m), le seul 8 000 entièrement situé en Chine, au Tibet. Pour tout savoir sur le toit du monde, lisez notre page l’Everest en faits et en chiffres.

Pourquoi les altitudes changent d’une source à l’autre

Ne soyez pas surpris de lire des chiffres différents d’un guide à l’autre. L’Office du tourisme du Népal donne 8 463 m pour le Makalu et 8 201 m pour le Cho Oyu, quand la liste de référence des huit-mille publiée par Wikipédia retient 8 485 m et 8 188 m ; le Film Development Board, autre organisme du gouvernement népalais, indique lui aussi 8 485 m pour le Makalu. La fiche de l’Everest du NTB affiche encore 8 848 m, l’ancienne altitude officielle : la mesure conjointe du Népal et de la Chine, annoncée en 2020, a fixé l’altitude du sommet à 8 849 m une fois arrondie.

Ces écarts reflètent des relevés différents. Ils ne changent rien pour le voyageur, mais ils expliquent pourquoi deux panneaux, deux cartes ou deux agences ne donnent pas toujours le même chiffre. Dans ce guide, nous indiquons la valeur la plus courante et signalons l’écart quand il existe.

Une histoire écrite en partie en français

Les francophones ont une place à part dans l’histoire des 8000 du Népal. Le premier sommet de plus de 8 000 m jamais gravi est l’Annapurna I, atteint le 3 juin 1950 par Maurice Herzog et Louis Lachenal, d’une expédition française, par la face nord : selon l’Office du tourisme, ils ont touché le sommet deux jours avant la date annoncée pour l’arrivée de la mousson. Cinq ans plus tard, le 15 mai 1955, une autre expédition française, dirigée par Jean Franco, réussissait le Makalu : Lionel Terray et Jean Couzy au sommet le premier jour, puis Jean Franco, Magnone et Gyaltsen Norbu le lendemain.

Les Suisses ne sont pas en reste. Ernst Reiss et Fritz Luchsinger réussissent le Lhotse le 18 mai 1956, et une expédition menée par des Suisses gravit le Dhaulagiri le 13 mai 1960, avec six hommes au sommet, dont Kurt Diemberger et deux sherpas, Nawang Dorjee et Nima Dorjee. Quelques autres anecdotes rapportées par le NTB :

  • au Kanchenjunga, le 25 mai 1955, les Britanniques George Band et Joe Brown s’arrêtent à cinq pieds, environ 1,5 m, sous le sommet ;
  • au Manaslu, en 1956, l’équipe japonaise devient la première expédition asiatique à réussir la première ascension d’un 8 000 ; le nom de la montagne, d’origine sanscrite, signifie « montagne de l’esprit » ;
  • le Cho Oyu, gravi en 1954 par l’arête nord-ouest, est considéré comme le plus facile des 8 000 ;
  • les premiers Népalais au sommet : au Dhaulagiri, dès 1960, Nawang Dorjee Sherpa, membre de l’expédition de la première ascension ; au Manaslu, Urkien Tshering Sherpa le 22 avril 1973, qui réussit aussi le Lhotse le 8 mai 1977 ; à l’Annapurna I, Sonam Wolang Sherpa le 13 octobre 1977.

Où voir les 8000 pendant votre voyage

Bonne nouvelle : plusieurs 8 000 se laissent admirer sans matériel d’alpinisme. Voici les meilleurs points de vue, du plus accessible au plus engagé.

Sommets visiblesPoint de vuePour qui
Everest, Lhotse, Cho Oyu, ShishapangmaVol panoramique au départ de Katmandou, de 50 minutes à une heureTout le monde, sans marche ni acclimatation
Dhaulagiri, Annapurna, ManasluPokhara et ses environs, par temps clairTout le monde
Dhaulagiri, AnnapurnaPoon Hill (3 210 m), à une heure de montée de Ghorepani : le Dhaulagiri s’y voit « de la base au sommet »Marcheurs moyens, trek court depuis Pokhara
Cho Oyu, Everest, Lhotse, MakaluGokyo Ri (5 357 m), au-dessus des lacs de GokyoTrekkeurs bien acclimatés
EverestKala Patthar (5 600 m selon le Film Development Board), au-dessus de Gorak Shep, pour un panorama à 360 degrésTrekkeurs bien acclimatés
Kanchenjunga, Makalu, Manaslu, Dhaulagiri, Annapurna ITreks de leurs camps de baseTrekkeurs expérimentés

Le vol panoramique de Buddha Air part chaque matin de l’aéroport de Katmandou à partir de 6 h 15 et longe une vingtaine de sommets de l’est du pays ; la compagnie recommande la période de septembre à avril. Tous les détails sont sur notre page vol panoramique vers l’Everest. Pour Gokyo, voyez notre guide des lacs de Gokyo, d’où la vue s’étend, selon l’Office du tourisme, de l’Everest et du Lhotse jusqu’au Makalu, avec le Cho Oyu au nord.

Le massif du Kangchenjunga (8 586 m), ici vu depuis Darjeeling, en Inde
Le massif du Kangchenjunga (8 586 m), ici vu depuis Darjeeling, en Inde. Photo : Istiakuddin Ahmed, Wikimedia Commons, CC BY 4.0.

Les treks des camps de base : accès, durée, saison

Le Film Development Board, organisme du gouvernement népalais, publie pour chaque grand camp de base l’accès, la durée de marche et la meilleure saison. Ses données, résumées ci-dessous, sont indicatives : gardez toujours des jours de marge pour la météo et l’acclimatation.

TrekAccès depuis KatmandouMarcheMeilleure période
Camp de base de l’Everest (5 364 m)Vol vers Lukla (25 min), ou route jusqu’à Manthali (140 km) puis vol de 15 min65 km et 8 jours de Lukla au camp de baseMi-septembre à mi-décembre
Kanchenjunga (camp nord de Pangpema, au-dessus de 5 000 m)Vol vers Suketar (1 h), près de Taplejung, ou bus jusqu’à Birtamod (506 km, 13 h) puis route jusqu’à Phungling (237 km, 8 h)21 jours de trek depuis TaplejungMi-septembre à mi-décembre
Makalu (camp de base vers 5 000 m)Vol vers Tumlingtar (45 min), puis 4 h de jeep jusqu’à Num8 jours de Num au camp de base, 4 jours de retourMi-septembre à mi-décembre
Tour du Manaslu (col du Larkya La, à plus de 5 100 m)Bus jusqu’à Arughat (122 km, 5 h), puis SotiDeux semaines pour le tour completMi-février à mi-juin, mi-septembre à mi-décembre
Camp de base du Dhaulagiri (trek du sanctuaire)Bus jusqu’à Beni (282 à 288 km, 9 à 10 h selon les rubriques)4 jours de Beni au camp de base, 3 jours de retour ; camping obligatoire au-delà de Ghyasikharka, faute de lodgesOctobre-novembre
Camp de base de l’Annapurna (4 130 m)Pokhara, puis 52 à 67 km de route selon les fiches (environ 3 h) jusqu’à Ghandruk par Nayapul4 jours de Ghandruk au camp de base, 3 jours de retourMi-septembre à mi-décembre

Pour les itinéraires détaillés, voyez nos guides du trek du camp de base de l’Everest, du camp de base du Kanchenjunga, du camp de base du Makalu, du tour du Manaslu et du camp de base de l’Annapurna. Les camps de base de l’Everest et de l’Annapurna ne demandent aucun permis de zone réglementée ; le Kanchenjunga et le Manaslu, ainsi que certains secteurs du Makalu, en exigent un.

Permis et règles au 14 octobre 2026

Chaque 8 000 se trouve dans une aire protégée dont l’entrée est payante, et certains secteurs exigent en plus un permis de zone réglementée, délivré par le Département de l’immigration par l’intermédiaire d’une agence. Tarifs pour un étranger :

RégionAire protégéePermis supplémentaire
Everest, Lhotse, Cho OyuParc national de Sagarmatha : 3 000 NPRPermis local de Khumbu Pasang Lhamu : 3 000 NPR ; carte TIMS non exigée par la municipalité (règle à faire confirmer)
MakaluParc national de Makalu-Barun : 3 000 NPRSelon les secteurs traversés, zone réglementée : 20 USD par semaine les 4 premières semaines, puis 25 USD par semaine
KanchenjungaAire de conservation du Kanchenjunga : 2 000 NPRZone réglementée : 20 USD par semaine les 4 premières semaines, puis 25 USD par semaine
ManasluAire de conservation du Manaslu : 3 000 NPRZone réglementée : de septembre à novembre, 100 USD la première semaine puis 15 USD par jour ; de décembre à août, 75 USD puis 10 USD par jour
AnnapurnaAire de conservation de l’Annapurna : 3 000 NPR, le double au poste de contrôleCarte TIMS : 2 000 NPR

Depuis le 1er avril 2023, un guide licencié est obligatoire pour les trekkeurs étrangers dans les parcs nationaux et les aires de conservation, sauf dans la municipalité rurale de Khumbu Pasang Lhamu, dans la région de l’Everest, qui n’applique ni l’obligation de guide ni la carte TIMS. Attention : la page TIMS de l’Office du tourisme cite encore les treks de l’Everest parmi ceux qui exigent guide et carte TIMS ; avant de partir sans guide, faites confirmer la règle par écrit auprès de la municipalité, du bureau du parc de Sagarmatha à Monjo ou du NTB. En zone réglementée, le permis passe toujours par une agence enregistrée, avec un guide licencié ; depuis mars 2026, un trekkeur seul peut l’obtenir. Les enfants de moins de 10 ans ne paient pas l’entrée des aires protégées, selon l’Office du tourisme. Pour le Dhaulagiri, les permis dépendent de l’itinéraire : faites-les préciser par votre agence. Le tableau complet par région est sur notre page permis de trek au Népal en 2026.

Vous rêvez de gravir l’un de ces sommets ? Les redevances d’ascension, les assurances exigées et la progression conseillée sont expliquées sur notre page alpinisme au Népal.

Sécurité : ce qu’il faut savoir à l’automne 2026

  • Crue de la Budhi Gandaki : le dimanche 11 octobre 2026, une crue a emporté cinq ponts, dont quatre passerelles, dans le nord du district de Gorkha, la région du tour du Manaslu, selon le Kathmandu Post. Entre Philim et Jagat, « il ne reste plus de sentier », a déclaré un responsable du projet de conservation du Manaslu. Sur 97 touristes enregistrés à Jagat, 12 ont pu faire demi-tour et les autres sont restés bloqués trois jours ; 19 étrangers ont été évacués par hélicoptère, et le journal jugeait une réouverture rapide peu probable. Avant de partir, faites confirmer l’état du sentier par votre agence.
  • Altitude : les camps de base de l’Everest, du Kanchenjunga et du Makalu se situent vers 5 000 m ou plus. Montez lentement, prévoyez des nuits d’acclimatation et redescendez au moindre signe d’aggravation, comme l’explique notre guide acclimatation en altitude. Consultez un professionnel de santé ou une clinique santé-voyage avant le départ.
  • Météo : la mousson s’installe normalement vers le 13 juin et se retire vers le 2 octobre selon le service météorologique népalais. Même en saison sèche, le temps change vite en altitude : gardez une journée de réserve avant chaque col.
  • Assurance : vérifiez par écrit que votre contrat couvre le trek à l’altitude visée et l’évacuation par hélicoptère.

Notre conseil pour choisir

Pour un premier contact avec les 8000, combinez le vol panoramique depuis Katmandou et un trek court comme Poon Hill, face au Dhaulagiri. Si vous disposez de deux semaines et d’une bonne condition physique, le camp de base de l’Everest (8 jours de montée depuis Lukla, puis 4 jours de retour, selon le Film Development Board) ou celui de l’Annapurna (7 jours aller-retour depuis Ghandruk) vous mènent au pied d’un 8 000. Pour sortir des sentiers les plus parcourus, le Kanchenjunga, le Makalu ou le tour du Manaslu demandent davantage de jours ou un permis de zone réglementée, toujours avec une agence enregistrée. Pour préparer l’ensemble du séjour, partez de notre page pilier voyage au Népal.

Questions fréquentes

Combien de sommets de plus de 8 000 m y a-t-il au Népal ?

Huit des quatorze que compte la planète : l’Everest, le Kanchenjunga, le Lhotse, le Makalu, le Cho Oyu, le Dhaulagiri I, le Manaslu et l’Annapurna I. Les trois derniers sont entièrement népalais, les cinq autres sont sur une frontière.

Quel est le premier 8 000 gravi au monde ?

L’Annapurna I (8 091 m), atteint le 3 juin 1950 par les Français Maurice Herzog et Louis Lachenal, par la face nord. L’Everest n’a été gravi que trois ans plus tard, le 29 mai 1953.

Peut-on voir des 8 000 sans faire de trek ?

Oui. Le vol panoramique au départ de Katmandou, de 50 minutes à une heure, longe notamment l’Everest, le Lhotse et le Cho Oyu. Depuis Pokhara, le Dhaulagiri, l’Annapurna et le Manaslu sont visibles par temps clair.

Quel trek permet d’approcher un 8 000 ?

Sans permis de zone réglementée : le camp de base de l’Everest (5 364 m), à 8 jours de marche de Lukla, et celui de l’Annapurna (4 130 m), à 4 jours de Ghandruk. Le Kanchenjunga et le tour du Manaslu, ainsi que certains secteurs du Makalu, exigent en plus un permis de zone réglementée.

Combien coûtent les permis pour le Kanchenjunga ou le Manaslu ?

Au 14 octobre 2026, le Kanchenjunga demande 2 000 NPR pour l’aire de conservation et 20 USD par semaine de zone réglementée les quatre premières semaines. Le Manaslu demande 3 000 NPR et, de septembre à novembre, 100 USD la première semaine puis 15 USD par jour.

Pourquoi les altitudes du Makalu et du Cho Oyu varient-elles ?

Les sources ne retiennent pas les mêmes relevés : l’Office du tourisme du Népal donne 8 463 m pour le Makalu et 8 201 m pour le Cho Oyu, d’autres références 8 485 m et 8 188 m.

Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.

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Sources consultées