Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Dans le lit de galets de la Kali Gandaki, au Mustang, les pèlerins cherchent des pierres noires qui, une fois ouvertes, révèlent une spirale parfaite : ce sont les shaligrams (ou saligrams), des fossiles d’ammonites que les hindous vénèrent comme une présence vivante de Vishnou. Comprendre ce que sont ces pierres, c’est mieux vivre une visite à Muktinath, à Kagbeni ou à Ridi, et éviter un achat qui n’a rien d’anodin. Voici leur histoire géologique et religieuse, les lieux où les voir, et ce que disent les règles sur leur collecte et leur sortie du pays. Informations vérifiées le 4 novembre 2026.
Un shaligram est un fossile d’ammonite, mollusque marin apparenté aux calmars actuels et disparu à la fin du Crétacé. Ceux de la Kali Gandaki proviennent des schistes de Spiti, une formation de schistes noirs déposée sur le plateau continental de l’océan Téthys, qui séparait autrefois l’Inde de l’Asie. La collision des deux continents a soulevé ces fonds marins jusqu’à plusieurs milliers de mètres d’altitude.
Les géologues datent ces couches du Jurassique moyen au début du Crétacé : entre environ 166 et 140 millions d’années pour l’ensemble des schistes de Spiti, selon un article de vulgarisation de l’université de Bristol (2023). Ces schistes, riches en matière organique, se sont formés dans une eau de mer pauvre en oxygène, d’où leur couleur noire. L’ammonite est souvent enfermée dans un nodule noir et lisse que le courant arrondit ; la spirale n’apparaît que lorsque la pierre se fend.
| Repère | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|
| Nature | Fossile d’ammonite, souvent dans un nodule de roche noire |
| Âge | Environ 166 à 140 millions d’années (Jurassique moyen à début du Crétacé) |
| Roche d’origine | Schistes de Spiti, anciens fonds de l’océan Téthys |
| Zone de récolte | Haute vallée de la Kali Gandaki (Mustang), galets charriés vers l’aval |
| Sens religieux | Forme non figurative de Vishnou pour les hindous |
| Règle principale | Collecte en grande quantité interdite ; pas d’exportation d’idoles ni d’objets d’importance archéologique |
Pour les hindous, le shaligram n’est pas une image de Vishnou : c’est Vishnou lui-même, sous une forme non figurative. La spirale est rapprochée du chakra, le disque que le dieu tient dans la main. Les pierres sont gardées dans les maisons et les temples, baignées, parées et traitées comme des membres de la famille, explique l’anthropologue Holly Walters (Wellesley College), qui a consacré ses recherches aux shaligrams. Selon elle, ces fossiles sont vénérés depuis plus de 2 000 ans par les hindous, les bouddhistes et les adeptes du bön.
La Kali Gandaki elle-même est une rivière sainte, et ses lieux de pèlerinage sont partagés : à Muktinath, les bouddhistes vénèrent l’image du sanctuaire comme Avalokiteshvara, le bodhisattva de la compassion, tandis que les hindous y voient Vishnou. Pour le contexte, voyez nos pages sur l’hindouisme et les dieux hindous du Népal.
Le cœur du pays des shaligrams est la haute vallée de la Kali Gandaki, dans le district de Mustang. Holly Walters décrit le pèlerinage classique : environ cinq jours de marche de Jomsom au temple de Muktinath, avec une étape à Kagbeni, en fouillant les galets de la rivière à la recherche d’une spirale noire dans le sable. Les saisons de pèlerinage vont d’avril à juin et de la fin août à novembre. À Muktinath, situé entre 3 760 et 3 800 m selon les sources, les pèlerins baignent leurs shaligrams sous les 108 fontaines du temple et célèbrent l’arrivée des nouvelles pierres avant de rentrer chez eux. Kagbeni, au confluent de la Kali Gandaki, est l’autre étape sacrée.
Ces lieux se visitent avec le permis de l’aire de conservation de l’Annapurna (ACAP, 3 000 NPR au 13 octobre 2026) et un guide licencié, obligatoire dans les aires de conservation depuis le 1er avril 2023.
Le lac glaciaire de Damodar Kunda, au Haut-Mustang, passe pour la source des shaligrams, qui proviennent de couches fossilifères d’altitude. Il se trouve en zone réglementée : le permis spécial coûte 50 USD par personne et par jour selon le Département de l’immigration, et il se demande par une agence enregistrée, avec un guide licencié. Notre page sur le trek de Damodar Kunda détaille l’itinéraire.
Les galets descendent loin vers le sud. Un article de Republica décrit une « zone des shaligrams » de Kagbeni jusqu’à Devghat. À Ridi (Ruru Kshetra), au confluent de la Kali Gandaki et de la Ridi Khola, aux confins des districts de Gulmi, Palpa et Syangja, le temple de Rishikesh est dédié à Vishnou ; Nepal Traveller rappelle que les shaligrams se trouvent le long de la Kali Gandaki, ce qui fait de Ridi l’une de leurs grandes étapes de pèlerinage. La Ridi Mela, grande fête accompagnée d’un bain rituel, s’y tient chaque année à Maghe Sankranti, le 15 janvier 2027 selon la liste officielle des jours fériés de l’année 2083. Voyez nos pages sur Ridi Bazar et Devghat.
C’est la question pratique la plus importante, et la réponse demande de la prudence.
Des vendeurs proposent des shaligrams à Jomsom, à Muktinath et dans les boutiques de Pokhara et de Katmandou. Méfiez-vous des faux (ammonites d’autres origines, moulages) et des pièces présentées comme anciennes. Notre page sur la douane et les souvenirs du Népal explique le contrôle des objets d’aspect ancien.
Le gisement n’est pas inépuisable. Holly Walters rapporte que le changement climatique, la fonte accélérée des glaciers et l’extraction de graviers déplacent le cours de la Kali Gandaki, qui s’éloigne des couches fossilifères : chaque année, on trouve moins de shaligrams. Republica décrit aussi une demande religieuse et commerciale croissante, y compris de la part d’étrangers, et des habitants qui peinent à trouver des pierres autrefois abondantes. Laisser les shaligrams dans la rivière, c’est aussi protéger un patrimoine vivant pour les pèlerins.
| Destination | Accès | À savoir au 4 novembre 2026 |
|---|---|---|
| Jomsom, Kagbeni, Muktinath | Route Pokhara–Beni–Jomsom en bus ou jeep ; avion Pokhara–Jomsom | Vols réguliers suspendus depuis la mi-octobre 2026, pour cinq mois selon l’aéroport de Jomsom ; route rouverte le 9 octobre après les crues |
| Damodar Kunda | Trek depuis le Haut-Mustang | Permis spécial à 50 USD par jour, agence et guide obligatoires |
| Ridi | Route depuis Tansen ou Butwal | Grande fête à Maghe Sankranti (15 janvier 2027) |
| Devghat | Route depuis Chitwan (Bharatpur) | Confluent sacré, pèlerinage hindou |
Coupée par les crues de la fin septembre 2026, la route Beni–Jomsom a rouvert le 9 octobre selon The Annapurna Express et Onlinekhabar, mais restait difficile par endroits à la mi-octobre. Seuls des vols affrétés relient encore Pokhara à Jomsom, selon Nepal News (22 octobre 2026). Vérifiez l’état de la route auprès de votre agence et de la police de district avant de partir ; notre page sur les jeeps partagées explique comment fonctionne la liaison par la route.
Un shaligram ne se résume pas à un joli fossile : c’est la clé d’un des grands pèlerinages de l’Himalaya. En marchant de Jomsom à Muktinath, regardez les galets de la rivière, observez les pèlerins venus d’Inde et du Népal et entrez au temple avec respect : chaussures retirées, épaules et genoux couverts, photos seulement là où c’est permis. Si vous rapportez un souvenir, préférez une photo ou un objet d’artisanat récent à une pierre sacrée. Pour situer cette vallée dans votre séjour, consultez notre page pilier voyage au Népal.
C’est un fossile d’ammonite, animal marin disparu, trouvé dans la Kali Gandaki au Népal. Les hindous le vénèrent comme une forme non figurative de Vishnou ; les fossiles ont environ 166 à 140 millions d’années selon les géologues.
Dans la haute vallée de la Kali Gandaki, au Mustang, autour de Kagbeni, de Muktinath et du lac de Damodar Kunda, et plus bas le long de la rivière jusqu’à Ridi et Devghat.
La collecte en grande quantité est interdite : en avril 2025, la police a saisi 894 kg de shaligrams au Mustang et les a remis à l’ACAP. Par respect pour les fidèles et pour préserver le gisement, laissez les pierres dans la rivière.
Le Népal interdit l’exportation des idoles et des objets d’importance archéologique, ainsi que des galets et du sable. Aucun texte trouvé ne nomme expressément les shaligrams : renseignez-vous auprès du Département de l’archéologie avant d’en emporter un.
Par la route Pokhara–Beni–Jomsom, rouverte le 9 octobre 2026 après les crues, puis en jeep ou à pied. Les vols réguliers Pokhara–Jomsom sont suspendus depuis la mi-octobre 2026 ; seuls des vols affrétés continuent.
Oui : le lac est au Haut-Mustang, zone réglementée où le permis spécial coûte 50 USD par personne et par jour, demandé par une agence enregistrée avec un guide licencié, en plus du permis ACAP.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
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