Par Louis-Simon Roy, qui a vécu au total 8 ans au Népal au cours des 15 dernières années · Informations vérifiées le
En bref
Le parti maoïste du Népal a profondément marqué l’histoire récente du pays : une insurrection armée de dix ans, la fin de la monarchie, trois mandats de Premier ministre pour son chef historique, puis un net recul électoral. Depuis novembre 2025, il n’existe plus sous ce nom : il s’est fondu dans un nouveau Parti communiste népalais. Voici son parcours, présenté de façon neutre et sourcée, sa place au 16 octobre 2026 et ce que cela change concrètement pour votre voyage. Informations vérifiées le 16 octobre 2026.
| Date | Événement |
|---|---|
| 1991 | Le Front populaire uni, vitrine électorale de l’aile radicale des communistes, devient le troisième parti du Parlement avec 9 sièges |
| 1994-1995 | Scission : la faction de Prachanda prend le nom de Parti communiste du Népal (maoïste) en mars 1995 |
| 13 février 1996 | Premières attaques de postes de police : début de la « guerre populaire » |
| 21 novembre 2006 | Accord de paix global |
| 10 avril 2008 | Les maoïstes arrivent en tête de l’Assemblée constituante (220 des 575 sièges élus) |
| 15 août 2008 | Prachanda est élu Premier ministre |
| 13 janvier 2009 | Fusion et nouveau nom : Parti communiste unifié du Népal (maoïste) |
| 2016 | Le parti devient le Parti communiste du Népal (Centre maoïste) |
| 17 mai 2018 – mars 2021 | Fusion avec le CPN-UML, annulée par la Cour suprême le 7 mars 2021 |
| 26 décembre 2022 | Troisième mandat de Prachanda, jusqu’à la perte d’un vote de confiance le 12 juillet 2024 |
| 5 novembre 2025 | Naissance du Parti communiste népalais (NCP) |
| 5 mars 2026 | Élections législatives : 17 sièges sur 275 pour le NCP |
Le mouvement communiste népalais remonte au Parti communiste du Népal, fondé en 1949. En 1990, le mouvement populaire (Jana Andolan) impose le multipartisme et une monarchie constitutionnelle. L’aile la plus radicale des communistes se présente aux élections de 1991 sous la bannière du Front populaire uni, qui obtient 9 sièges et devient la troisième force du Parlement. Le mouvement se divise ensuite : en 1994, la faction menée par Pushpa Kamal Dahal, dit Prachanda, et Baburam Bhattarai refuse de participer aux élections, puis adopte en mars 1995 le nom de Parti communiste du Népal (maoïste).
Le 4 février 1996, Baburam Bhattarai remet au Premier ministre Sher Bahadur Deuba un mémorandum de 40 revendications, regroupées sous trois thèmes : la nation, la démocratie populaire et les conditions de vie. On y trouve notamment l’abrogation des traités jugés inégaux avec l’Inde, dont celui de 1950 et le traité de la Mahakali sur le partage des eaux, la fermeture des centres de recrutement des Gurkhas, la suppression des privilèges royaux et l’élection de représentants chargés de rédiger une nouvelle constitution. Le gouvernement est sommé de répondre sous deux semaines ; sans attendre l’échéance, les maoïstes attaquent des postes de police dans plusieurs districts dans la nuit du 13 février 1996.
L’insurrection part des collines de Rolpa et de Rukum, pays des Magar kham, avant de s’étendre à une grande partie des campagnes. Le village de Thabang, à Rolpa, est souvent présenté comme le berceau de la révolution maoïste. Le bilan diffère selon les sources. Le rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), publié en octobre 2012, recense au moins 13 000 morts et 1 300 disparus, en précisant que le bilan final est probablement plus élevé ; les chiffres officiels népalais dépassent 17 000 morts (environ 17 800 selon le ministère de la Paix et de la Reconstruction en juin 2012). Le HCDH décrit des exécutions illégales, des disparitions forcées, des actes de torture et des violences sexuelles imputables aux deux camps. Tous les détails sont sur notre page guerre civile au Népal.
Le tournant est politique. Après la prise de pouvoir du roi Gyanendra le 1er février 2005, les sept partis parlementaires et les maoïstes signent à New Delhi, le 22 novembre 2005, un accord en 12 points contre la monarchie absolue. Le soulèvement d’avril 2006 rétablit le Parlement, et l’accord de paix global de novembre 2006 met fin à la guerre : les maoïstes entrent dans la vie politique. Le récit de cette transition est sur notre page fin de la monarchie en 2008.
Le 10 avril 2008, les maoïstes remportent 220 des 575 sièges élus de l’Assemblée constituante et deviennent le premier parti du pays ; l’Assemblée proclame la république le 28 mai 2008. Prachanda est élu Premier ministre le 15 août 2008, mais démissionne le 4 mai 2009 : il avait limogé le chef de l’armée, le général Rookmangud Katawal, opposé à l’intégration des anciens combattants maoïstes, et le président Ram Baran Yadav l’avait rétabli dans ses fonctions. En janvier 2009, une fusion donne naissance au Parti communiste unifié du Népal (maoïste), dont le vice-président Baburam Bhattarai sera Premier ministre d’août 2011 à mars 2013.
Le parti alterne ensuite rue et gouvernement. Début mai 2010, il lance une grève générale illimitée pour obtenir la démission du Premier ministre Madhav Kumar Nepal ; le pays est paralysé six jours, avant que la pression de la population et de la communauté internationale n’obtienne la levée du mouvement. En 2012, l’aile dure de Mohan Baidya fait scission. Aux élections de novembre 2013, le parti tombe au troisième rang, avec 80 sièges sur 601. Devenu Centre maoïste en 2016, il ramène Prachanda au pouvoir : élu Premier ministre le 3 août 2016, celui-ci démissionne le 24 mai 2017, en vertu d’un accord de partage du pouvoir avec le Nepali Congress de Sher Bahadur Deuba.
Le 17 mai 2018, le Centre maoïste fusionne avec le CPN-UML de K. P. Sharma Oli dans un Parti communiste du Népal. Le 7 mars 2021, la Cour suprême annule cette fusion, le nom ayant déjà été enregistré par un autre parti : le Centre maoïste renaît. Avec 32 sièges en 2022, il reste le troisième groupe de la Chambre, et Prachanda redevient Premier ministre le 26 décembre 2022, avant de perdre un vote de confiance le 12 juillet 2024, par 63 voix contre 194.
Après le soulèvement « Gen Z » de septembre 2025, qui pousse K. P. Sharma Oli à la démission, la gauche se réorganise avant les élections. Le 5 novembre 2025, à Katmandou, le Centre maoïste, le Parti communiste du Népal (socialiste unifié) de Madhav Kumar Nepal et huit autres formations fusionnent dans le Parti communiste népalais (Nepali Communist Party, NCP). Prachanda en est élu coordinateur et Madhav Kumar Nepal co-coordinateur ; quelques dirigeants, dont Ghanashyam Bhusal, refusent de suivre. Le CPN-UML d’Oli reste en dehors.
Le scrutin du 5 mars 2026 est un revers. Le Rastriya Swatantra Party (RSP) remporte 182 sièges sur 275 ; le NCP n’en obtient que 17 (8 au scrutin majoritaire, 9 à la proportionnelle), derrière le Nepali Congress (38) et le CPN-UML (25), avec environ 811 000 voix à la proportionnelle selon Ratopati. Prachanda gagne toutefois sa circonscription du Rukum oriental avec 10 240 voix contre 3 462 à son premier rival, ce qui lui assure, selon le Kathmandu Post, un cinquième mandat consécutif de député. Balendra « Balen » Shah est Premier ministre depuis le 27 mars 2026 : le contexte complet est sur notre page crise de 2025 et élections de 2026.
Dans l’opposition, le NCP débat de son avenir. Début avril 2026, il a rendu public un comité central de coordination de 45 membres, que des cadres plus jeunes ont critiqué en réclamant un passage de témoin entre générations, selon Ratopati. En juin 2026, le parti a formellement décidé de rechercher une coopération avec les autres forces de gauche, y compris le CPN-UML, selon le Kathmandu Post. Le congrès qui doit élire une nouvelle direction était prévu pour le mois népalais de Mangsir (de la mi-novembre à la mi-décembre 2026), mais Kantipur le jugeait incertain le 23 septembre 2026 : le parti reste dirigé par un comité provisoire autour de son coordinateur et de son co-coordinateur.
L’héritage de la guerre, lui, n’est pas soldé. Plus de 83 000 plaintes ont été déposées auprès des deux commissions de justice transitionnelle, chargées l’une de la vérité et de la réconciliation, l’autre des disparitions forcées, selon un éditorial du Kathmandu Post du 6 août 2026. Leurs dix dirigeants ont été relevés de leurs fonctions la première semaine de mai 2026 par une ordonnance du gouvernement de Balendra Shah qui visait des centaines de nominations politiques, et, au 6 août, aucune initiative concrète n’avait été prise pour les remplacer.
La guerre est terminée depuis l’accord de paix de 2006, et l’ancien parti rebelle siège au Parlement. Pour le voyageur, l’héritage maoïste se lit surtout dans le paysage et l’histoire, mais quelques réflexes restent utiles :
Pour qui s’intéresse à cette histoire, le Nepal Tourism Board fait la promotion depuis 2009 d’un « Guerrilla Trek » sur les traces de l’insurrection : de Beni, dans le Myagdi, il traverse le Baglung, la réserve de chasse de Dhorpatan et le Rukum jusqu’à Thabang, puis Sulichaur, dans le Rolpa, en 13 jours au plus selon le Nepali Times. L’office du tourisme reconnaissait lui-même la faiblesse des infrastructures : préparez ce trek avec une agence enregistrée et lisez nos pages trek de Dhorpatan et peuple magar. Pour replacer le maoïsme dans la longue durée, voyez notre histoire du Népal, notre guide sécurité au Népal en 2026 et la page pilier voyage au Népal.
Plus sous ce nom : le Parti communiste du Népal (Centre maoïste) s’est fondu le 5 novembre 2025 dans le Parti communiste népalais (NCP), avec d’autres formations de gauche. Prachanda en est le coordinateur et Madhav Kumar Nepal le co-coordinateur.
Pushpa Kamal Dahal, dit Prachanda, a dirigé l’insurrection maoïste de 1996 à 2006, puis a été trois fois Premier ministre : en 2008-2009, en 2016-2017 et de 2022 à 2024. Il a été réélu député du Rukum oriental le 5 mars 2026.
Au moins 13 000 morts et 1 300 disparus selon le rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme publié en 2012, qui juge le bilan final probablement plus élevé ; les chiffres officiels népalais dépassent 17 000 morts. Le conflit a duré de février 1996 à l’accord de paix global de novembre 2006.
Le Parti communiste népalais, qui a absorbé le Centre maoïste, a obtenu 17 sièges sur 275 le 5 mars 2026 (8 au scrutin majoritaire, 9 à la proportionnelle), loin derrière le RSP et ses 182 sièges.
La guerre est terminée depuis l’accord de paix de 2006 et le parti siège au Parlement. Les précautions actuelles portent sur les grèves générales (bandhs) et les manifestations, auxquelles les étrangers n’ont pas le droit de participer.
Oui : le Guerrilla Trek, dont le Nepal Tourism Board fait la promotion depuis 2009, relie Beni au district de Rolpa par Dhorpatan, le Rukum et Thabang, présenté comme le berceau de l’insurrection. Les infrastructures restent simples : organisez-le avec une agence enregistrée.
Vous préparez un voyage au Népal ? Retrouvez toutes nos réponses dans le guide complet, ou partez avec un petit groupe francophone accompagné par Louis-Simon Roy, du 3 au 23 novembre 2027.
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